
Le maire sortant de Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne en région parisienne, Pierre Bell-Lloch, est candidat à sa propre succession. Il conduit la liste du Nouveau Front Populaire (NFP) où figurent des candidats d’origine algérienne comme Fayçal Kaddour.
Dans cet entretien à TSA, il décrit la situation en France à quelques jours des municipales, et évoque les relations franco-algériennes qui traversent une crise inédite, le débat sur l’immigration…
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Pierre Bell-Lloch (Parti communiste français, PCF) est à la tête de cette mairie depuis six ans. C’est la commune la plus peuplée du Val-de-Marne où résident des populations issues de l’immigration.
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Dans quelles conditions se déroule la campagne pour les municipales dans votre ville et en France ?
La campagne des municipales 2026 se déroule dans un contexte profondément transformé par l’évolution des modes de communication et par une crise de confiance qui touche la vie démocratique.
L’arrivée des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle permet une circulation de l’information beaucoup plus rapide, mais aussi parfois beaucoup moins fiable.
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Des messages simplificateurs, voire des contre-vérités, peuvent se diffuser très largement en quelques heures, créant un climat de confusion qui fragilise le débat démocratique.
Dans ce contexte, des courants politiques minoritaires, mais très déterminés parviennent parfois à imposer leurs thèmes et leurs obsessions dans l’espace public, même lorsqu’ils ne correspondent ni aux priorités ni aux préoccupations réelles de la majorité de nos concitoyens.
On assiste ainsi à l’ouverture d’un nouveau terrain de confrontation idéologique où l’émotion, la peur ou la division prennent trop souvent le pas sur la réflexion collective et les solutions concrètes.
Face à cela, les élus locaux ont une responsabilité particulière. Dans des villes comme Vitry-sur-Seine, nous faisons le choix de rester au plus près des habitants, de privilégier le dialogue, l’écoute et les politiques publiques concrètes qui améliorent la vie quotidienne : le logement, l’éducation, la culture, la solidarité, l’écologie.
La démocratie locale reste l’un des derniers espaces où la politique peut se faire dans la proximité, la sincérité et le respect. C’est cette exigence que nous portons.
Une partie de la classe politique, notamment la droite et l’extrême droite, s’acharne sur l’immigration et l’Algérie. Ces sujets sont omniprésents dans le débat politique français. Pourquoi ?
L’histoire politique nous montre que dans les périodes de tensions sociales, économiques ou démocratiques, certains responsables cherchent des boucs émissaires pour détourner l’attention des véritables difficultés et de leurs propres responsabilités.
L’immigration devient alors un sujet instrumentalisé, transformé en problème identitaire, alors qu’il s’agit d’abord d’une réalité humaine, sociale et historique.
La relation avec l’Algérie, elle aussi, est parfois utilisée dans ce jeu politique. Pourtant, la France et l’Algérie partagent une histoire profonde, complexe, faite de douleurs, mais aussi de liens humains, culturels et familiaux extrêmement forts.
Des millions de Français ont des attaches, une mémoire ou une histoire liée à l’Algérie. Transformer cette relation en conflit permanent n’a aucun sens et ne sert ni la vérité historique ni l’intérêt des peuples.
En réalité, ces discours cherchent à diviser la société française, à opposer les citoyens entre eux, à installer la peur et la suspicion. Or, notre responsabilité politique est exactement l’inverse : rassembler, protéger la dignité de chacun et construire une République fidèle à ses principes d’égalité, de fraternité et de justice.
Qu’avez-vous fait pour la diversité dans votre commune ?
À Vitry-sur-Seine, le vivre-ensemble n’est pas un slogan : c’est une réalité historique et une construction collective qui dure depuis plus d’un siècle. Notre ville s’est construite avec des femmes et des hommes venus d’horizons très différents, qui ont partagé les mêmes quartiers, les mêmes écoles, les mêmes luttes sociales et les mêmes espoirs pour leurs enfants.
La municipalité a toujours considéré cette diversité comme une richesse humaine et culturelle. Nous agissons concrètement pour qu’elle se traduise par des politiques publiques ambitieuses : des équipements éducatifs de qualité, une offre culturelle ouverte à tous, des infrastructures sportives accessibles, des politiques sociales qui protègent les plus fragiles et favorisent l’émancipation.
Nous soutenons aussi les initiatives associatives qui créent du lien entre les habitants et permettent à chacun de trouver sa place dans la cité. Le dialogue interculturel, la solidarité et l’engagement pour la paix et le respect du droit international font partie de l’identité vitriote. Dans un monde souvent traversé par les tensions, Vitry veut rester une ville de fraternité, où les différences ne divisent pas, mais enrichissent la communauté.
Cette richesse est profondément reconnue par les habitants. Ils y sont attachés parce qu’ils savent que la cohésion sociale est la condition même de la dignité et de la tranquillité collective.
Des personnalités comme Ségolène Royal estiment que la clé de la résolution de la crise passe par la reconnaissance par la France de ses crimes coloniaux en Algérie. Êtes-vous d’accord ?
Je pense, en effet, que la reconnaissance lucide de notre histoire est une étape nécessaire pour construire un avenir apaisé entre la France et l’Algérie. Les blessures du passé colonial existent encore dans les mémoires, des deux côtés de la Méditerranée. Les ignorer ou les minimiser ne permet pas d’avancer.
Reconnaître les faits historiques, reconnaître les souffrances et les responsabilités, ce n’est pas affaiblir la France. Au contraire, c’est faire preuve de maturité démocratique et de courage politique. Les grandes nations sont celles qui savent regarder leur histoire en face pour mieux construire l’avenir.
Nos deux peuples sont liés par une histoire profonde, par des millions de destins croisés, par des familles qui vivent entre les deux rives. Nous avons beaucoup plus à gagner dans la coopération, la fraternité et le dialogue que dans les tensions artificielles.
Il est temps d’ouvrir une nouvelle page de cette relation, fondée sur le respect mutuel, la vérité historique et la solidarité entre les peuples. Dans un monde traversé par de grands bouleversements, la France et l’Algérie ont tout à gagner à construire ensemble une relation tournée vers la paix, la justice et la fraternité.