
La pression menée sur le président français Emmanuel Macron jusqu’à lui faire changer sa position sur le Sahara occidental, en juillet 2024, est peut-être le dernier coup réussi des réseaux d’influence du Maroc en France.
La biologie faisant son effet, les principaux lobbyistes du royaume sont poussés vers la sortie les uns après les autres et leur remplacement s’avère problématique.
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Plus de trois siècles d’âge
Comme le constate le journal Le Monde dans une longue enquête sur le sujet, les figures de proue de l’influence marocaine, Rachida Dati, Mehdi Qotbi (président de la fondation des musées du Maroc), Tahar Ben Jelloun, et Jack Lang, ont un âge cumulé de plus de trois siècles.
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Prenant l’épisode de la reconnaissance de la “marocanité” du Sahara occidental, le journal raconte comment ces personnages ont pesé de tout leur poids, pendant la brouille entre Rabat et Paris entre 2021 et 2023, pour amener Emmanuel Macron à se rapprocher du Maroc et à s’aligner sur ses thèses dans le dossier sahraoui. Rachida Dati a même mis à contribution son amitié avec la première dame Brigitte Macron.
Les choses ont cependant changé. “Une partie des relais traditionnels du royaume chérifien dans l’Hexagone a été gelée ces dernières années. Leur recomposition reste incertaine, tandis que les nouvelles voix peinent à remplacer les figures les plus médiatiques”, écrit Le Monde.
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À Paris, les observateurs se demandent qui pour succéder à ces “dinosaures aux carnets d’adresses volumineux et à l’entregent incomparable”.
Exemple : Jack Lang est emporté par le scandale Epstein et son remplacement à la tête de l’Institut du monde arabe (IMA) par Anne-Claire Legendre, une diplomate de carrière, “marque une rupture”.
Selon Le Monde, au Quai d’Orsay, “on se félicite du gel ayant frappé certains maillons des réseaux”, du fait que “ceux qui ont disparu profitaient de la relation”.
Une disparition qui a commencé avec l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 et qui s’est accélérée au fil des scrutins électoraux de ces dix dernières années.
La défaite de Rachida Dati à la Mairie de Paris, un coup dur pour le Maroc
Ce n’est pas pour rien que la vingtaine de consulats du Maroc ont suivi de près les municipales de mars dernier. Certains pro-marocains ont survécu au scrutin comme les maires binationaux Abdelaziz Hamida, Karim Bouamrane et Ali Rabeh, ou le défenseur de la “marocanité” du Sahara occidental Eric Ciotti. Mais la défaite de Rachida Dati à la mairie de Paris est un coup dur pour les réseaux d’influence marocains en France.
La fin des figures médiatiques fait que Rabat privilégie désormais les “profils techniques”. “Le volet affectif entre les deux pays s’épuise. Les réseaux ont vocation à s’appuyer sur des technos, des profils moins enclins aux privilèges et aux familiarités”, explique un haut fonctionnaire marocain sous couvert d’anonymat.
Mais la difficulté est d’intéresser ces profils. Signe que les temps ont changé, la directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor, née au Maroc où elle a vécu pendant quatorze ans, a instruit ses équipes de ne pas mentionner son lien avec le royaume, selon le même média.
La même hésitation est constatée dans la sphère culturelle. La crise passée entre Paris et Rabat a témoigné de la difficulté à identifier de nouvelles têtes dans le domaine de la culture, indique le journal, citant l’écrivaine Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, ou encore Rachid Benzine, qui rechignent désormais “à s’exprimer sur l’actualité marocaine dans les médias français”.
L’historien Pierre Vermeren approché
De l’enquête du Monde, il ressort que Rabat se tourne aussi vers le champ académique, moyennant des financements via l’Office public des phosphate (OCP). Par exemple, depuis qu’il a été approché par des “représentants” du royaume, l’historien Pierre Vermeren mène une “politique de séduction” auprès d’enseignants et de chercheurs français.
Dans la foulée, il s’est violemment attaqué à l’Algérie, en reprenant les thèses de l’extrême droite sur l’existence de la nation algérienne avant l’invasion française en 1830.
Aussi, des politistes et des experts en relations internationales, après être passés par de grandes écoles parisiennes, ont rejoint l’université Mohammed-VI polytechnique ou le centre de réflexion Policy Center for the New South à Rabat. Ces deux institutions sont des émanations de l’OCP.
“Ces recrutements ont conduit à des productions laudatrices à l’égard de Mohammed VI de la part de plumes, jeunes ou moins jeunes, qui interviennent aussi dans des cercles en France”, écrit le journal français.
Les nouvelles recrues dans le domaine académique développent désormais le “discours officiel marocain sous couvert de scientisme”.