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Algérie – France – Maroc : le rêve impossible d’Emmanuel Macron

L’Algérie renforce ses liens avec l’Italie, l’Espagne et l’Italie au moment où ses relations avec la France traversent une crise inédite provoquée par le président Macron.

Algérie – France – Maroc : le rêve impossible d’Emmanuel Macron
Macron a plus cédé aux anti-Algériens qu'il n'a exaucé le vœu des partisans de la « marocanité » du Sahara occidental / Source : Facebook Emmanuel Macron pour TSA
Riyad Hamadi
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Ségolène Royal l’avait dit d’une manière on ne peut plus claire lors de sa visite en Algérie fin janvier dernier : si rien ne marche entre Alger et Paris, il faut chercher la faute du côté français.

La présidente de l’association France-Algérie (AFA) avait invité à voir ce que sont les relations de l’Algérie avec les voisins européens de la France. Des relations excellentes avec l’Italie, plutôt bonnes et apaisées avec l’Allemagne, l’Espagne ou encore la Belgique.

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Quelques semaines après la remarque de Mme Royal, plusieurs capitales européennes cueillent les dividendes de leur entente avec Alger, dans un contexte mondial de guerre et de tensions sur l’énergie.

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Tour à tour, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni et le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares se sont rendus dans la capitale algérienne où ils ont sollicité et obtenu les quantités de gaz qui permettent à leur pays d’amortir l’impact de la crise mondiale générée par la guerre au Moyen-Orient.

Dans la foulée, le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf s’est rendu mardi 31 mars à Bruxelles où il a étalé avec son homologue belge Maxime Prévot toute l’entente actuelle entre l’Algérie et la Belgique et la solidité de leur relation, au centre de laquelle se trouve, encore une fois, l’énergie comme « cœur battant », pour reprendre la description du chef de la diplomatie belge.

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L’Algérie renforce ses liens avec la Belgique, l’Espagne et l’Italie

Attaf est revenu de Bruxelles avec un accord sur la libre circulation des porteurs de passeports diplomatiques qui annihile de facto le « levier » que certains à Paris croyaient tenir. Sur la lutte contre l’immigration clandestine, l’Algérie et la Belgique ont signé un accord « historique » de réadmission, selon les propos de la ministre belge de l’Asile et de la Migration Anneleen Van Bossuyt.

La guerre en Iran a confirmé aux yeux du monde la place importante de l’Algérie sur la carte énergétique mondiale et surtout son statut de fournisseur sûr et fiable, qui ne marchande pas ses engagements par quelque dividende diplomatique.

Le poids stratégique de l’Algérie a-t-il échappé aux conseillers du président français quand, en juillet 2024, ils lui ont suggéré de faire le choix d’un Maroc inutile sur le plan économique et géopolitique ? Sans doute pas.

La décision de Macron de s’aligner sur les thèses du royaume sur le Sahara occidental, qui a déclenché la crise qui dure avec l’Algérie depuis plus d’une année et demie, semble plutôt procéder d’un mauvais calcul, d’un rêve impossible que le président français a cru réalisable : celui d’ouvrir « une nouvelle page » avec l’Algérie tout en cédant à la pression de la partie de la classe politique la plus hostile à l’Algérie qui réclamait un « rééquilibrage » de la politique maghrébine de la France, en faveur du Maroc.

Le problème est aussi là et non exclusivement dans le changement de la position de Paris dans le dossier sahraoui. Les États-Unis l’ont fait, l’Espagne aussi et cela n’a pas donné lieu à une crise comparable à la longue brouille entre Alger et Paris.

Les décisions de Washington et de Madrid ont été prises pour des considérations qui n’ont rien à voir avec l’Algérie. Celle de Paris, en revanche, est perçue comme un soutien franc au Maroc au moment où, sous l’impulsion d’Israël, l’hostilité de ce dernier à l’égard de son voisin était à son paroxysme.

Une lecture qui sonne juste puisque le président Macron a fini par reconnaître la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental suite à la conjugaison des pressions des lobbies pro-marocains, de l’extrême-droite anti-algérienne et des nostalgiques de l’Algérie française.

« Vous n’allez rien gagner et vous allez nous perdre »

Prise dans un tel contexte, la décision de Paris ne pouvait pas être interprétée autrement que comme un parti pris en faveur de Rabat dans la crise avec Alger, au-delà de la question sahraouie, voire comme une provocation. Pour dire les choses autrement, Macron a plus cédé aux anti-Algériens qu’il n’a exaucé le vœu des partisans de la « marocanité » du Sahara occidental.

Pourtant, le président français a été mis en garde par son homologue algérien lorsqu’il l’a informé de son projet en marge d’un sommet du G7, en juin 2024 en Italie.

« Je l’ai alors prévenu : vous faites une grave erreur ! Vous n’allez rien gagner et vous allez nous perdre », a révélé Abdelmadjid Tebboune dans un entretien accordé en février 2025 au journal français L’Opinion. La suite a montré qu’Emmanuel Macron a eu tort de s’accrocher à son rêve impossible.

Sa politique du « en même temps » n’avait aucune chance de fonctionner avec l’Algérie et le Maroc tant la rivalité entre ces deux pays est forte, et que le poids historique de la France au Maghreb est lourd.

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