
Après une longue quasi-rupture, la relation France-Algérie est officiellement remise sur les rails de la reprise après la visite à Alger de la ministre déléguée française aux Armées Alice Rufo, marquée par des gestes forts de part et d’autre et une certaine chaleur qui contraste avec la froideur de ces derniers mois.
La ministre française, porteuse de la feuille de route de sortie de crise du président Emmanuel Macron, a été reçue par le président Abdelmadjid Tebboune, “très longuement”.
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La précision n’est pas inutile. Dans les usages diplomatiques, la durée d’une audience présidentielle a aussi son importance. Le temps consacré à la ministre française est peut-être un signe supplémentaire de la disposition et de la volonté de l’Algérie de tourner la page de cette brouille qui n’a que trop duré.
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Les deux capitales multiplient depuis quelques mois les pas vers la sortie de crise. En février dernier, à l’issue de la visite du ministre de l’Intérieur français Laurent Nunez, Alger a consenti à relancer la coopération policière et migratoire, synonyme notamment de la reprise de la délivrance des laissez-passer consulaires nécessaires à la reconduite aux frontières des Algériens expulsables de France.
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Gestes forts
L’Algérie a aussi accueilli en avril-mai Patrick Martin, le patron des patrons français venu, à l’invitation de ses vis-à-vis algériens du CREA, pour tenter de relancer un partenariat économique à l’arrêt, et à la même période, la présidente de l’Institut du monde arabe (IMA) Anne-Claire Legendre, invitée par la ministre algérienne de la Culture Malika Bendouda, au même titre que Ségolène Royal qui a effectué son deuxième voyage en Algérie en trois mois.
La visite d’Alice Rufo, qui est réputée très proche du président Emmanuel Macron, a permis de débloquer, du moins symboliquement, le dossier nodal du litige mémoriel.
À l’issue de sa rencontre avec Abdelmadjid Tebboune, la ministre française a révélé que le président algérien a donné son accord pour la reprise des travaux de la commission mixte d’historiens, gelés de facto depuis l’éclatement de la crise bilatérale en juillet 2024.
L’Algérie avait du reste ouvert la voie à la relance du dialogue sur la mémoire en extirpant du projet de loi criminalisant le colonialisme, élaboré par des parlementaires, les revendications d’indemnisation et d’excuses officielles.
Alice Rufo a été aussi reçue par le ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, Saïd Chanegriha, par ailleurs chef d’état-major de l’ANP.
Au cours de l’audience, le général d’armée a tenu des propos très forts qui traduisent une volonté sincère de tourner la page. “Dépasser les séquelles du passé colonial tragique, sans pour autant l’oublier, et aspirer à un avenir fondé sur le respect mutuel”, a-t-il notamment plaidé.
En attendant la nomination d’un ambassadeur à Paris, l’Algérie aura ainsi fait sa part du travail, même s’il reste évidemment le dossier épineux du journaliste Christophe Gleizes.
L’année sera longue
Il faut dire que la partie française n’est pas restée inactive non plus, bien que, à son niveau aussi, demeure pendant le cas de l’agent consulaire algérien incarcéré depuis plus d’une année.
À l’actif du président Macron, on peut mettre son attaque frontale contre les “mabouls qui disent qu’il se fâcher avec l’Algérie”, les mesures de Laurent Nunez pour un meilleur accueil des immigrés, dont un gros contingent d’Algériens, dans les préfectures, l’adoption d’une loi facilitant la restitution des biens historiques et évidemment ce qui s’est passé ce 8 mai 2026.
Le président français a choisi cette date très symbolique pour ordonner à Stéphane Romatet de rejoindre son poste d’ambassadeur à Alger, un an après l’avoir rappelé.
Le premier geste du diplomate à son retour en Algérie a été d’accompagner la ministre déléguée Alice Rufo à Sétif où ils ont assisté à la commémoration des massacres du 8 mai 1945.
Après ces gestes faits de part et d’autre, il reste maintenant à savoir ce qu’il adviendra des engagements réciproques face à l’épreuve du terrain.
L’incertitude entoure davantage la marge de manœuvre d’un Emmanuel Macron en fin de mandat et devant composer avec un Parlement hétéroclite où le courant anti-algérien ne joue pas les figurants.
D’autant plus que le président français s’est astreint, en plus de relancer la relation avec l’Algérie, l’objectif de la sécuriser durablement dans la perspective de l’accession qui n’est plus exclue au pouvoir de ce même courant qui n’en veut pas. Il a une année pour le faire, pas un jour de plus.
“L’année sera longue”, susurrait-on samedi à Alger dans l’entourage de la ministre Alice Rufo.