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Violences sexuelles contre les Palestiniens : une enquête du New York Times ébranle Israël

Une enquête du New York Times sur les violences sexuelles contre les détenus palestiniens dévoile le véritable visage d’Israël.

Sonia Lyes
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On aura tout vu ou presque sur les violences commises par l’armée israélienne contre les Palestiniens. Mais nous ne sommes jamais au bout de nos surprises.

Dans une enquête inédite publiée par le célèbre quotidien américain The New York Times, pourtant peu critique jusqu’ici à l’égard d’Israël, un de ses réputés chroniqueurs, Nicholas Kristof, révèle des témoignages glaçants de violences sexuelles et de tortures infligées à des prisonniers palestiniens par des soldats et des colons israéliens.

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S’appuyant sur des témoignages recueillis en Cisjordanie occupée, Nicholas Kristof décrit un système de brutalités qui dépasse l’entendement.

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Usage de chiens, de bâtons, de carottes : tout y passe pour violenter les détenus Palestiniens dans un comportement qui fleure la haine et un racisme primaire.

Nicholas Kristof rapporte ainsi le récit d’un journaliste palestinien affirmant avoir été filmé pendant qu’il était agressé sexuellement par des soldats israéliens, hommes et femmes, utilisant notamment des matraques en caoutchouc pour le violer.

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Agé de 46 ans, Sami al-Sai raconte avoir été saisi au niveau des parties génitales avec une telle violence qu’il suppliait ses geôliers d’arrêter.

Le journaliste américain évoque également le cas d’une femme palestinienne qui affirme avoir perdu connaissance à plusieurs reprises sous les coups de soldats israéliens, sans pouvoir confirmer avec certitude si elle avait été violée.

« J’étais déshabillée et battue plusieurs fois par jour (…) Au début de chaque quart de travail, ils faisaient venir les hommes pour me déshabiller ».

Dans son article, Kristof souligne que des décennies de déshumanisation des Palestiniens ont contribué à banaliser de telles pratiques.

Il estime également que l’ampleur réelle des violences sexuelles demeure probablement inconnue, tant le sujet reste tabou dans une société palestinienne conservatrice, particulièrement lorsqu’il s’agit d’hommes victimes d’agressions sexuelles.

Le chroniqueur insiste sur le caractère systémique des abus rapportés. Peu de victimes ont accepté de témoigner publiquement sous leur identité réelle, mais les récits recueillis formaient « un schéma qui témoigne d’un problème systémique », selon lui.

Kristof cite également de nombreux rapports d’ONG et d’organisations internationales ayant documenté ces violences, notamment Euro-Med Monitor, Save the Children, le Comité pour la protection des journalistes ou encore B’Tselem.

Il affirme aussi avoir interrogé des avocats israéliens reconnaissant l’existence d’un phénomène de violences sexuelles contre les détenus palestiniens.

Tollé en Israël

Sitôt publiée, l’enquête n’a pas manqué de provoquer la colère des autorités israéliennes. Le ministère israélien des affaires étrangères a dénoncé « l’une des pires accusations de crime rituel jamais publiées dans la presse moderne », accusant Kristof de transformer « la victime en accusé ».

Les autorités israéliennes ont également reproché au quotidien américain d’avoir publié ce reportage au moment même de la diffusion d’un rapport israélien consacré aux violences sexuelles attribuées au Hamas lors du 7 octobre 2023.

Et très vite l’affaire a pris une tournure judiciaire. Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ainsi annoncé jeudi le lancement d’une procédure en diffamation contre le journal américain, d’après le journal « Le Monde ».

Certains soutiens d’Israël ont même tenté de discréditer l’enquête en relevant qu’elle avait été publiée dans la rubrique « Opinions » du New York Times plutôt que dans les pages d’information générale. Un ancien présentateur de la chaîne israélienne i24 news a ainsi affirmé sur X que le quotidien envisageait de retirer l’article car celui-ci serait « problématique ». 

Le New York Times a toutefois démenti ces affirmations. « Ces allégations sont totalement infondées », a assuré le journal, rappelant que Nicholas Kristof est un double lauréat du prix Pulitzer ayant enquêté depuis des décennies sur les violences sexuelles à travers le monde.

De son côté, le journaliste a défendu son travail. « Je crois profondément que le meilleur journalisme d’opinion repose sur des reportages inédits », a-t-il écrit sur X.

Il interpelle même les autorités israéliennes sur leur refus d’autoriser des inspections indépendantes dans les prisons où sont détenus des Palestiniens.

« Pour les sceptiques, pourquoi ne pas convenir de visites de la Croix-Rouge et d’avocats auprès des 9 000 prisonniers palestiniens détenus pour des raisons de sécurité ? », s’interroge-t-il.

« Si vous pensez que ces allégations de mauvais traitements sont fausses, de telles visites de contrôle seraient protectrices. Alors pourquoi pas ? », ironise-t-il.

Il convient de rappeler qu’Israël n’autorise pas la Croix-Rouge à inspecter les conditions de détention des palestiniens dans les prisons israéliennes depuis des années. 

« Si l’ambassadeur américain rendait visite aux survivantes de viol avec des caméras à la main, si nous conditionnions les transferts d’armes à la fin des agressions sexuelles, nous pourrions envoyer un message moral et pratique selon lequel la violence sexuelle est inacceptable quelle que soit l’identité de la victime », a encore écrit Kristof.

Des accusations déjà documentées

Il faut dire que les accusations de violences sexuelles contre les détenus palestiniens ne sont pas nouvelles.

Le média « Middle East Eye » avait déjà révélé récemment plusieurs témoignages similaires issus d’un rapport du West Bank Protection Consortium.

En mars dernier, Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, avait, elle aussi, dénoncé dans un rapport au Conseil des droits de l’homme de l’ONU que « le système carcéral israélien a dégénéré en un laboratoire de cruauté calculée », avec des actes qui incluent le viol de palestiniens à l’aide de bouteilles, de barres de métal et de couteaux.

Si le choc aujourd’hui est retentissant et l’affaire ébranle au plus haut point l’entité sioniste, c’est parce que les révélations émanent du New York Times, l’un des journaux les plus influents au monde, longtemps accusé d’avoir traité avec prudence, voire avec complaisance, les accusations visant Israël.

Le fait que ce média, basé à New York, ville qui abrite une importante communauté juive, publie une enquête aussi accablante explique sans doute l’onde de choc politique et médiatique provoquée par cette affaire.

 

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