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Le Maroc, une “puissance industrielle” en trompe-l’œil

Le Maroc affiche une double dépendance dangereuse à l’étranger. Son industrie, son agriculture et son tourisme dépendent de l’étranger, et les capitaux étrangers y sont dominants.

Le Maroc, une “puissance industrielle” en trompe-l’œil
Il s'agit toutefois d'une performance en trompe-l'œil compte tenu de la réalité de l'industrie du Maroc | ID 39583434 © Eugenesergeev | Dreamstime.com
Ali Idir
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Le Maroc présente comme un événement majeur son classement comme premier pays industrialisé d’Afrique par la Banque africaine de développement (BAD).

Il s’agit toutefois d’une performance en trompe-l’œil compte tenu de la réalité de l’industrie marocaine, sa forte dépendance à l’Europe, son incidence sur la situation sociale interne et les véritables détenteurs de capitaux.

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Une industrie étrangère en offshore

Si le Maroc est passé devant l’Afrique du Sud comme le soutient la BAD, c’est surtout à cause de la stagnation de l’industrie sud-africaine. Aussi, on ne peut pas parler d’une industrie florissante et performante tant qu’elle ne porte pas le PIB du pays au niveau de ceux des grandes économies africaines.

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Le PIB du Maroc, avec son agriculture, son phosphate et son tourisme, dépasse à peine 190 milliards de dollars, très loin derrière l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Algérie et le Nigeria.

L’industrie représente 17 % de l’économie du Maroc. C’est l’un des secteurs qui contribuent le plus au PIB avec l’agriculture (12 à 15 %) et le tourisme (7 à 8 %). L’industrie marocaine est dominée notamment par la transformation du phosphate, l’automobile (7,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires) et l’aéronautique (1,5 milliard).

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Hormis pour les engrais dont une partie provient du Sahara occidental et donc ne lui appartient pas, il est difficile de parler d’industrie marocaine tant il s’agit dans une large mesure d’usines installées par de grands groupes étrangers sur un territoire offshore.

Le “bénéfice” pour le Maroc réside essentiellement dans les emplois créés (150 000 dans l’automobile et 11 000 dans l’aéronautique par exemple).

Cette industrie que l’on veut présenter comme dynamique ne contribue que peu à l’emploi. À peine 12 % de la population active marocaine est occupée par l’industrie, contre 26 % dans le secteur agricole.

C’est l’une des caractéristiques de l’économie marocaine : beaucoup d’entreprises mais peu d’emplois créés. Un état de fait souligné dans un rapport de la Banque mondiale (BM) début mai. Fait paradoxal, la situation de l’emploi au royaume se dégrade à mesure que le pays avance dans la prétendue “industrialisation”.

Alors que 138 000 nouveaux emplois manquaient en 2000, une année après l’accession de Mohamed VI au trône, ce chiffre est monté à 370 000 entre 2020 et 2024, toujours selon la Banque mondiale. C’est l’une des grandes limites du modèle marocain marqué par la prédominance des capitaux étrangers dans son économie.

Une dépendance massive à l’Europe

Cette hégémonie n’épargne presque aucun secteur de l’économie marocaine. Dans le tourisme et l’agriculture, les groupes étrangers détiennent aussi des parts importantes, notamment dans la production de fruits et légumes destinés au marché européen. Le capital est sous représenté, ce qui accentue la dépendance au royaume aux compagnies étrangères.

Dans un rapport publié en début d’année, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a pointé cette dépendance : dans deux secteurs clés de l’industrie du pays, le capital marocain y est très faiblement représenté : l’automobile (6 %) et l’aéronautique (4 %).

La dépendance à l’exportation, et particulièrement vers l’Europe, est l’autre grande faiblesse de l’économie du Maroc, notamment de son industrie. “Si l’Europe s’enrhume, c’est le Maroc qui tousse”, estime-t-on sur le plateau de TV5 Monde à l’annonce du classement du royaume comme pays “le plus industrialisé d’Afrique”.

Cette chaîne publique française qui vient d’accueillir le Maroc dans son capital a dressé un portrait élogieux de l’industrie marocaine en insistant sur le rôle du roi Mohamed VI dans cette industrialisation en trompe-l’œil.

Cette dépendance aux marchés extérieurs affecte tous les segments de l’économie marocaine, dont le tourisme, l’agriculture et les centres d’appels délocalisés par les entreprises européennes et qui emploient des milliers de Marocains.

Une précarité illustrée par une récente loi adoptée par le Parlement français et qui menace directement des milliers d’emplois, pas en France mais au Maroc. Le nouveau texte, adopté le 30 juin 2025, entrera en vigueur en août prochain. Il interdit toute prospection commerciale à distance sans l’accord explicite du client.

De fait, environ 50 000 employés des centres d’appels basés au Maroc risquent de perdre leur travail. Le chiffre a été avancé par le ministre marocain de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri.

Selon le même responsable, le marché français représente plus de 80 % du chiffre d’affaires des centres d’appels marocains, détenus en grande partie par des entreprises étrangères. Cette très forte dépendance n’épargne presque aucun segment de l’économie du Maroc, y compris l’industrie.

Dans le domaine agricole, les protestations des agriculteurs européens contre les tomates marocaines cultivées sur les terres occupées du Sahara occidental illustrent cette dépendance aux marchés extérieurs. Avec un marché intérieur faible, le Maroc a orienté son agriculture et son industrie vers l’exportation, alors que le tourisme est nourri aussi par les étrangers.

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