
Malgré les preuves qui se sont accumulées, le Maroc a toujours nié son implication dans le scandale d’espionnage Pegasus qui a éclaté en juillet 2021.
Cinq ans après, de nouveaux éléments tout aussi tangibles sont venus confirmer que l’espionnage de milliers de téléphones d’opposants marocains et de dirigeants étrangers dont des Algériens était bien l’œuvre des services d’ Abdellatif Hammouchi, chef de la DGST et de la Police marocaine, et de Yassine Mansouri, patron du renseignement extérieur, ainsi que d’autres responsables sécuritaires du royaume. Il sera désormais difficile pour la propagande marocaine de nier ces faits.
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Scandale Pegasus : le temps n’a pas fait son œuvre
Le scandale a été révélé en juillet 2021 par le “Projet Pegasus”, un consortium de 16 médias internationaux coordonnés par l’ONG Forbidden Stories et appuyés techniquement par le Security Lab d’Amnesty International.
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Il a été révélé que les services marocains ont eu recours, depuis au moins 2017, au logiciel espion Pegasus de la société israélienne NSO Group pour écouter illégalement des milliers de téléphones au Maroc et dans le monde.
Parmi les cibles, des opposants marocains ainsi que des journalistes et des dirigeants de pays étrangers, dont notamment le président français Emmanuel Macron et le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. L’Algérie était l’un des pays les plus ciblés.
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Toutes les plaintes pour “diffamation” déposées par le Maroc, notamment contre des journalistes en France, en Allemagne et en Espagne, ont été rejetées.
Il faut dire que les preuves qui accablaient le royaume étaient nombreuses et indiscutables. L’Agence française de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) avait effectué des analyses des téléphones de victimes et en a conclu que la partie qui a visé les hauts responsables français avait ciblé des dizaines d’autres personnalités politiques intéressant le Maroc. En Espagne aussi, les mêmes conclusions sont faites concernant l’espionnage du téléphone de Pedro Sanchez.
Dans cette affaire gravissime, le temps ne semble pas avoir fait son œuvre. Cinq ans après, le scandale est relancé avec l’apparition de nouveaux éléments, encore plus accablants pour le Maroc, rapportent les journaux espagnol El Confidencial et français Le Monde.
Scandale Pegasus : de nouveaux documents confirment la responsabilité du Maroc
Les deux médias font état de documents inédits obtenus par le même consortium de médias à l’origine de la divulgation du scandale en 2021.
Ces nouveaux éléments apportent des preuves supplémentaires de l’utilisation du logiciel israélien par les services marocains.
À l’occasion d’un procès aux États-Unis, un document de l’entreprise israélienne NSO Group a été rendu public. Dans ce document, un client de l’entreprise est désigné par le pseudonyme de “Morgan”. Chaque client de NSO Group est désigné en interne par un nom de code qui est une marque automobile dont la première lettre est celle du pays client.
Le quotidien israélien de gauche Haaretz a pu obtenir auprès de ses sources au sein de l’entreprise le pays client qui porte le nom de code de Morgan : il s’agit du Maroc.
En avril dernier, Mediapart a eu accès à une note versée au dossier d’instruction, dans laquelle il est indiqué que le renseignement extérieur français a “établi que les Émirats arabes unis et le Maroc ont utilisé, au moins depuis 2017, des produits de NSO”.
Il y a aussi ce témoignage d’un lanceur d’alerte marocain, portant le pseudonyme de Safir. Cet ancien agent de la DGST marocaine s’est confié au journaliste Hicham Mansouri. Il a assuré que Pegasus a commencé à être utilisé au Maroc en 2017.
Pegasus, un logiciel espion qui laisse des traces
D’autres nouvelles preuves sont citées par les médias internationaux. Le Monde fait état d’un autre document interne de NSO Group qui prouve que l’entreprise israélienne effectuait des tests du logiciel en infectant les téléphones des agents chargés de son utilisation.
Safir a confirmé cette pratique et a transmis la liste des participants à ces premiers tests. Ces derniers se retrouvent bien dans les données de ciblage de Pegasus au Maroc.
Le consortium de médias a pu confirmer que les numéros sont ceux de “caciques” de la DGST qui jouent “un rôle de premier plan” dans l’utilisation du logiciel. Un nom figure en tête : Abdeljalil Taki, le chef de la DGEI, le département de gestion et d’exploitation d’Internet.
La plupart de ces numéros sont à nouveau entrés dans Pegasus en février 2019. C’est à ce moment-là que NSO a mis à disposition une nouvelle méthode pour infecter les téléphones, indiquent des documents issus de la procédure intentée aux États-Unis par WhatsApp contre l’entreprise israélienne.
Selon ces documents, des traces techniques identiques trouvées dans plusieurs téléphones permettent de remonter à un seul client. C’est ainsi que les membres du consortium ont pu établir formellement la responsabilité du Maroc.
L’ANSSI française avait déjà pu établir que les traces techniques retrouvées dans les téléphones des ministres français sont les mêmes que celles laissées sur les téléphones de nombreux journalistes et opposants marocains.