
« Le vrai danger, ce n’est pas le Maghreb. C’est que la France finisse par oublier la valeur stratégique, économique et humaine de son voisinage le plus proche. »
La sentence est de Karim Amellal, ancien ambassadeur d’Emmanuel Macron à la Méditerranée.
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Dans une contribution publiée dans le journal les Échos, l’enseignant franco-algérien de sciences politiques a égrené tout ce que la France gagne et a à gagner avec les pays de la rive sud de la Méditerranée : des marchés, des talents, des étudiants, des investissements, des coopérations essentielles, mais aussi des relais d’influence.
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France-Maghreb : une réalité différente du discours ambiant
Chiffres et faits à l’appui, Karim Amellal soutient que la réalité est bien différente du discours ambiant en France où l’on ne parle, quand on évoque le Maghreb, que d’immigration, de tensions, de crispations identitaires, d’insécurité…
Il y a d’abord les échanges commerciaux qui s’élèvent chaque année à plusieurs dizaines de milliards d’euros.
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Avec le Maroc, les échanges de la France ont atteint 15 milliards d’euros en 2024.
Vers l’Algérie. et “malgré les tensions diplomatiques”, les entreprises françaises exportent chaque année pour près de 5 milliards d’euros.
La Tunisie, elle, est au cœur de nombreuses chaînes de valeur franco-européennes dans le textile technique, les composants automobiles, les industries électriques, les services numériques…
Ces échanges permettent l’essor de PME et de grands groupes français et la préservation de centaines de milliers d’emplois en France.
Le Maghreb, un « voisinage vital et un levier d’influence » pour la France
Aussi, le Maghreb constitue “un voisinage vital” pour la France et pour l’Europe et c’est le plus important aux yeux de Karim Amellal.
Les trois pays de la région offrent d’importants atouts : l’Algérie avec son gaz et ses ressources minières, le Maroc avec ses investissements dans les énergies renouvelables et le port de Tanger Med et la Tunisie reste une plateforme industrielle et logistique précieuse.
L’écrivain franco-algérien insiste par ailleurs sur l’importance des pays du Maghreb comme “levier d’influence”.
Exemple : beaucoup des 90 000 étudiants marocains, algériens et tunisiens inscrits en France retourneront dans leur pays pour devenir cadres et conserveront la langue française, des réseaux français et une connaissance durable de la France.
“Cette influence est un actif stratégique dont peu de nations disposent à une telle échelle”, estime l’ancien ambassadeur.
Ces maghrébins qui font tourner la France
Il y a aussi les Français d’origine maghrébine, les binationaux et les immigrés qui font tourner l’économie française.
Même ceux qui sont arrivés plus récemment occupent souvent des métiers pénibles ou en tension.
Les hôpitaux français reposent en partie sur des milliers de médecins diplômés à l’étranger, notamment en Algérie, au Maroc et en Tunisie et sans lesquels, dans de nombreux territoires, “il n’y aurait tout simplement plus d’offre de soins”.
S’il est vrai que la France doit maîtriser sa politique migratoire, exiger l’intégration républicaine et combattre les trafics, les radicalismes et la délinquance, cela n’est pas incompatible avec la réalité, à savoir que le Maghreb contribue à la prospérité de la prospérité, sécurise ses approvisionnements, renforce sa présence en Afrique, nourrit son enseignement supérieur, soutient son système de santé et accroît sa profondeur stratégique “dans un monde devenu plus dangereux”, estime Karim Amellal.