
Le Maroc a lâché une nouvelle fois sa bombe migratoire sur l’Espagne, mais les dirigeants européens préfèrent charger Madrid, tout en ménageant Rabat.
Des milliers de Marocains ont pris d’assaut ces derniers jours l’enclave espagnole de Ceuta. Hommes, femmes, enfants, des familles entières ont réussi à traverser la frontière, étrangement laissée sans surveillance par les autorités marocaines.
A lire aussi : Jamel Debbouze : son restaurant à Paris épinglé pour vente de vins israéliens
Fuite massive de Marocains vers Ceuta : l’Italie s’en prend à l’Espagne
La fuite massive de Marocains a suscité de nombreuses réactions en Europe. Rapidement, l’Italie a appelé à suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, sans évoquer la responsabilité du Maroc, l’enfant gâté de l’Europe, qui se montre soit incapable de surveiller ses frontières, soit qu’il utilise l’arme migratoire contre son voisin espagnol.
A lire aussi : Le Sahara occidental au Ticad 2025 : nouveau revers pour le Maroc
« Je suis favorable à la fermeture de l’espace Schengen avec l’Espagne (…). L’immigration irrégulière et incontrôlée représente un danger pour la sécurité nationale », a déclaré Antonio Tajani, ministre italien des Affaires étrangères.
Le chef de la diplomatie italienne a saisi l’occasion pour s’en prendre à la politique migratoire de l’Espagne qui est à contre-courant de celle de plusieurs pays européens, notamment ceux dirigés par l’extrême droite, comme l’Italie.
A lire aussi : Gaza : l’ONU déclare officiellement l’état de famine et accuse Israël
« Les images qui arrivent de Ceuta démontrent comment le choix du gouvernement de Madrid de donner la citoyenneté espagnole, donc européenne, à plus de 500 000 immigrés irréguliers est profondément erroné et encourage le trafic d’êtres humains », a ajouté Tajani.
Les images impressionnantes de la fuite massive de jeunes marocains vers Ceuta. #Ceuta #maroc pic.twitter.com/O4NNIv3Mdw
— TSA Algérie (@TSAlgerie) July 30, 2026
José-Manuel Albares n’a pas tardé à répondre à son homologue italien en dénonçant un message « indigne » de la part « d’un pays partenaire et ami dont nous attendons la solidarité européenne et non la démagogie partisane. »
« Les faits d’aujourd’hui ont un rapport avec une sentence, rien à voir avec ce que dit le tweet », a-t-il ajouté en annonçant la convocation de l’ambassadeur d’Italie à Madrid. Comme Tajani, Albares, qui est réputé être pro-marocain, a ménagé, lui aussi, le Palais royal.
José Manuel Albares « se fâche contre l’Italie parce qu’elle a suggéré de fermer l’espace Schengen après les événements de Ceuta, mais il ne hausse pas le ton face au Maroc qui a permis à des dizaines de milliers de Marocains de prendre une ville espagnole. Les forces de sécurité marocaines laissent entrer à Ceuta et, hier soir, elles ont commencé aussi à regarder ailleurs à Melilla », a constaté Ignacio Cembrero, journaliste espagnol spécialiste du Maghreb et bête noire de Rabat.
Dans sa réaction, la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a pointé la responsabilité de l’Espagne et menacé de suspendre l’espace Schengen avec ce pays.
Le immagini che arrivano da Ceuta sono impressionanti e dimostrano, ancora una volta, che l’immigrazione clandestina fuori controllo rappresenta una minaccia concreta per la sicurezza dei confini europei.
Mi sono confrontata con il Ministro dell’Interno Matteo Piantedosi.…
— Giorgia Meloni (@GiorgiaMeloni) July 30, 2026
« L’Italie ne restera pas les bras croisés. Nous convoquons les organismes compétents, et à l’issue de ces réunions, nous sommes prêts à intervenir également avec des instruments extraordinaires pour défendre les frontières et la sécurité des citoyens, comme la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne », a-t-elle déclaré.
Fuite massive de Marocains vers Ceuta : Jordan Bardella et Bruno Retailleau sur la même ligne
En France, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a réagi ce vendredi 31 juillet en annonçant le renforcement des contrôles aux frontières avec l’Espagne.
« Face à la situation constatée dans l’enclave de Ceuta, j’ai, dès hier soir, donné des instructions pour renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole. Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il déclaré.
Toujours en France, les dirigeants de la droite et de l’extrême droite, ménagent eux aussi le Maroc, mais profitent de l’occasion offerte par le royaume pour attaquer l’Espagne et pointer les dangers de sa politique migratoire.
« En régularisant des centaines de milliers de clandestins, le Premier ministre socialiste de l’Espagne, Pedro Sanchez, a ouvert les portes de l’Europe à tous les dangers. Le résultat est là : depuis plusieurs jours, des milliers de migrants affluent dans l’enclave de Ceuta. Ils seront demain dans nos rues, contre la volonté du peuple français », a réagi le président du Rassemblement national, Jordan Bardella.
Sur la même ligne, Bruno Retailleau, président de Les Républicains (droite) et candidat à l’élection présidentielle de 2027, accuse lui aussi Madrid sans souffler un mot sur Rabat.
L’Espagne fait aujourd’hui face à une vague migratoire massive à Ceuta.
Ce qui était une évidence est désormais une réalité : la régularisation de centaines de milliers de clandestins par Pedro Sánchez a créé un appel d’air.
L’Espagne aujourd’hui, l’Europe demain, paient le…
— Bruno Retailleau (@BrunoRetailleau) July 31, 2026
« L’Espagne fait aujourd’hui face à une vague migratoire massive à Ceuta. Ce qui était une évidence est désormais une réalité : la régularisation de centaines de milliers de clandestins par Pedro Sánchez a créé un appel d’air. L’Espagne aujourd’hui, l’Europe demain, paient le prix de la politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », a-t-il dit, en estimant que les règles de Schengen avec l’Espagne « ne sont plus tenables. »