
CONTRIBUTION. Le 7 août 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a rejeté le recours de l’Association culturelle d’Aulnay-Sud (ACAS), gestionnaire de la mosquée Attaqwa, dite « mosquée de Chanteloup », contre l’arrêté préfectoral du 27 juillet 2026 ordonnant sa fermeture pour une durée de six mois.
La préfecture avait motivé cette décision par des propos et des contenus qu’elle considérait comme susceptibles d’inciter à la violence, à la haine ou à la discrimination, ainsi que par des faits relevant, selon elle, de l’apologie du terrorisme.
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Cette nouvelle fermeture, après d’autres mesures similaires prises ces dernières années, doit nous conduire à nous interroger plus largement sur la place et le rôle des mosquées dans notre société. Elles souffrent aujourd’hui d’une image souvent réduite aux questions de radicalisation, de séparatisme ou de sécurité, alors que leur réalité est bien plus diverse.
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En France, les mosquées sont régulièrement classées dans des catégories telles que « salafistes », « Frères musulmans », « tablighies » ou « soufies », alors même que ces catégories ne rendent pas compte de leur diversité réelle et que nombre d’entre elles ne peuvent être sérieusement rattachées à ces courants.
Mosquée en France : une catégorisation déconnectée de la réalité
Cette catégorisation, lorsqu’elle est déconnectée de la réalité du terrain, peut contribuer à installer une logique permanente de suspicion, de surveillance et de mise sous pression, avec le risque de voir la sanction prendre le pas sur le dialogue et la prévention, alors même que les situations et les responsabilités peuvent être très différentes d’une mosquée à l’autre.
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Cette méthode a pourtant montré ses limites. Elle risque de stigmatiser les lieux de culte, de les enfermer dans des étiquettes et, in fine, de favoriser leur marginalisation.
Or, le cadre républicain repose sur un double principe : la liberté de conscience et de culte, d’une part, et le respect de la loi et de l’ordre public, d’autre part.
Chaque citoyen est libre de vivre sa foi et sa spiritualité comme il l’entend, à condition de respecter les valeurs qui constituent notre socle commun et de ne pas troubler l’ordre public.
Cela ne signifie évidemment pas que les mosquées, comme les autres lieux de culte, doivent échapper au contrôle de la loi. Lorsqu’un lieu de culte devient le support de discours appelant à la violence, à la haine, à la discrimination ou au terrorisme, les autorités doivent agir avec fermeté. Mais cette fermeté doit s’exercer sur la base de faits établis et de comportements précis, et non sur la base d’une appartenance supposée à telle ou telle mouvance.
C’est précisément sur le respect de ces principes qu’il faut être intransigeant à l’égard de tous les cultes. Les mêmes garanties doivent être offertes à tous les lieux de culte, comme les mêmes exigences légales doivent s’appliquer à chacun d’entre eux, en fonction de faits objectivement établis. Ce qui doit être évalué, ce ne sont pas les étiquettes apposées sur les mosquées, mais les faits, les comportements et le respect effectif de la loi et de l’ordre public.
Il est temps de dépasser les logiques de méfiance et de classification pour privilégier une approche fondée sur le dialogue, la responsabilité et le respect mutuel.
Les mosquées ne doivent pas être perçues uniquement à travers le prisme du séparatisme ou de la division. Elles peuvent aussi être des espaces d’apaisement social, de transmission de valeurs spirituelles, d’éducation, de solidarité et d’engagement citoyen.
Ce que demandent les mosquées en France
Reconnaître ce rôle positif et associer pleinement les lieux de culte à la vie de la cité ne signifie pas renoncer à la vigilance ni à l’application de la loi. Cela implique au contraire de garantir à tous les cultes les mêmes libertés et de leur appliquer les mêmes exigences, sur la base de faits établis et de comportements précis, sans hiérarchisation et sans deux poids, deux mesures.
C’est à cette condition que nous pourrons sortir d’une relation fondée principalement sur la suspicion et construire une relation fondée sur la confiance, la responsabilité et le respect mutuel. La liberté de culte pourra alors devenir non seulement un principe juridique, mais aussi un véritable facteur d’apaisement et de cohésion sociale.
Les mosquées ne demandent pas à être placées en dehors du droit. Elles demandent à être considérées dans le droit, avec les mêmes libertés, les mêmes responsabilités et les mêmes exigences que tous les autres lieux de culte. C’est dans cette égalité de traitement, et non dans la suspicion généralisée, que peut se construire une relation plus saine entre les mosquées, la République et la société française.
*Recteur de la mosquée de Villeurbanne (Rhône)
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