
La gestion des importations est au cœur de la politique économique du gouvernement. Depuis juillet 2025, avec l’instauration du PPI (Programme prévisionnel d’importation), l’Algérie a considérablement durci l’acte d’importation afin d’encourager la production nationale. Certains pointent une politique d’austérité, d’autres estiment que ce passage en force est indispensable pour relancer l’industrie algérienne.
« En réalité, plus la croissance économique globale est appréciable, plus il y a des investissements productifs, et plus les importations augmentent. Ce n’est pas une politique d’austérité qui est menée, mais plutôt des arbitrages qui sont réalisés pour justement faire en sorte que la consommation productive provenant des entreprises soit largement satisfaite », explique l’économiste Brahim Guendouzi, en soulignant que l’approfondissement des relations interindustrielles implique une « forte demande en biens intermédiaires qui ne peut être satisfaite par la seule production nationale, faute d’intégration du tissu industriel ».
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Pourquoi les importations de l’Algérie augmentent
Dans ce contexte, l’instauration du PPI aurait provoqué une ruée des importateurs sur les licences d’importation. Selon Echourouk, le montant des demandes du PPI du premier semestre 2026 aurait atteint 120 milliards de dollars alors que l’Algérie n’a jamais importé pour un tel montant.
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Sa facture la plus élevée d’achats à l’étranger a augmenté progressivement à partir des années 2000 pour culminer à 70 milliards de dollars en 2014, avant de baisser.
« Depuis 2024, il y a une tendance haussière des importations en raison de la conjugaison de deux variables essentielles de l’économie nationale que sont la hausse de la consommation et la nouvelle dynamique que connaît l’investissement productif. Il est à rappeler qu’en 2024 et 2025, l’Algérie a enregistré un solde commercial négatif. Ce ne sera pas le cas en 2026 eu égard à la conjoncture pétrolière internationale caractérisée par une augmentation conséquente des cours du pétrole brut, impactant positivement le niveau des exportations en hydrocarbures que ce soit en termes de prix que de quantités exportées. Il semble que depuis 2025, le taux de couverture des importations par les exportations était descendu en dessous de 100 %, ce qui signifie que le pays puise dans ses réserves de change », souligne M. Guendouzi.
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Pour l’année 2026, la balance commerciale de l’Algérie devrait repasser dans le vert. « Pour cette année, l’on s’attend à un solde commercial positif, qui rétablirait le ratio de couverture au-dessus de 100 % à la condition d’une régulation adéquate des flux d’importation par rapport aux besoins du marché », explique-t-il.
Pour expliquer le chiffre de 120 milliards de dollars, certains évoquent le « gonflage des besoins de la part des opérateurs économiques », d’autres des problèmes techniques liés à la saisie des programmes d’importation sur la plateforme dédiée du ministère du Commerce extérieur.
« La consommation a connu un bond significatif, que ce soit celle des ménages, ou la consommation productive émanant des entreprises. La volonté d’assurer un approvisionnement régulier en produits de large consommation ainsi que la demande en produits intermédiaires exprimée par les opérateurs économiques, ont insufflé une croissance des importations. Celles-ci sont désormais utilisées comme un levier de croissance industrielle plutôt que de servir à la simple consommation », analyse l’économiste.
Sur le plan de l’investissement productif, les projets structurants initiés par l’État ainsi que les nombreux projets lancés par le secteur privé dans le cadre de l’AAPI, ont entraîné une « forte demande en biens d’équipement », poursuit-il.
L’équation du PPI
Pour cet économiste, le Programme prévisionnel d’importation (PPI) mis en place par le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations vise en premier lieu la « transparence et la traçabilité des opérations d’achats de l’étranger ».
« C’est également un mécanisme qui opère un effet d’éviction sur certaines marchandises jugées superflues pour la consommation nationale », ajoute M. Guendouzi, en soulignant que le PPI est utilisé comme « levier devant garantir le passage des importations pour la « revente en l’état » à la production locale grâce à l’investissement et la régulation sectorielle ».
Enfin, le PPI est en mesure « d’assurer un arbitrage entre la consommation et l’investissement en termes d’accès aux ressources rares que sont les devises », ajoute-t-il.
Sans se prononcer sur le bilan de ce dispositif, Brahim Guendouzi pose l’équation du PPI : « un équilibre est d’ailleurs recherché entre un marché bien achalandé pour la satisfaction des besoins des consommateurs et un tissu économique approvisionné pour faire fonctionner les unités productives ».
« Au demeurant, le PPI tel qu’il a déjà fonctionné, est décrié par de nombreux opérateurs économiques qui s’interrogent d’ailleurs sur son efficacité et son rendement en faveur de l’activité économique d’ensemble. C’est le temps qui nous le dira ! », conclut-il.