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Huile d’olive : comment la Tunisie est devenue une championne de l’export

Les exportations tunisiennes d’huile d’olive ont bondi de 50 % ces neuf derniers mois. La Tunisie est devenue championne de l’export, mais ce succès cache un revers de la médaille.

Huile d’olive : comment la Tunisie est devenue une championne de l’export
Huile d’olive : Tunisie, championne de l’export mais à quel prix ?/Source: DR
Djamel Belaid
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La Tunisie a exporté 368.000 tonnes d’huile d’olive ces neuf derniers mois, en hausse de 50 % par rapport à la campagne précédente.

Une prouesse réalisée principalement en vrac avec 86% des quantités expédiées à l’étranger. En parallèle, la consommation d’huile de soja progresse dans le pays.

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C’est l’Observatoire national de l’agriculture tunisien (ONAGRI) qui dresse ce bilan et indique que ce volume d’exportation a permis d’engranger 4,6 milliards de dinars tunisiens, soit 1,33 milliard d’euros.

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Huile d’olive : la Tunisie exporte pour 1,33 milliard d’euros en 9 mois

Le volume produit varie selon les années. Au cours des neuf premiers mois de la campagne 2025/2026, indique l’observatoire, les exportations ont progressé de plus de 55 % par rapport à la campagne précédente.

Parmi ces exportations, la quantité d’huile d’olive conditionnée a augmenté de plus de 50 % par rapport à la campagne précédente, passant de 34.000 tonnes à 51 000 tonnes selon la même source. Cependant, elle ne représente que 14 % des quantités exportées contre 86 % pour l’huile d’olive en vrac.

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Ces exportations concernent principalement la catégorie extra-vierge qui représente à elle seule plus de 83 % du volume total exporté.

En termes de valeur, la recette des exportations enregistrée durant les neuf premiers mois de la campagne 2025/2026 est de 4,605 milliards de dinars tunisiens contre 3,19 milliards DT la campagne précédente soit une hausse de 44 %. Seulement 18,6 % des recettes proviennent des exportations d’huile d’olive conditionnée.

L’huile d’olive tunisienne est ainsi exportée vers plus de 70 pays. À elle seule, l’Union européenne représente plus de 57 % des exportations avec l’Espagne (32 %) et l’Italie (20 %). La Tunisie exporte aussi vers les États-Unis (19,2 %) et le Canada (4,8 %).

Concernant le marché européen, l’accord de coopération avec l’Union européenne permet à la Tunisie d’exporter annuellement un quota de 56 700 tonnes d’huile d’olive sans aucun droit de douane.

L’exportation concerne plus modestement l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Égypte.

La demande en huile d’olive biologique reste forte avec plus de 51 000 tonnes et une valeur de 673 millions de dinars tunisiens. Elle concerne principalement l’Italie, l’Espagne, les USA et la France.

La part de l’huile d’olive biologique conditionnée ne concerne que 6,2 % du total de l’huile d’olive biologique exportée. Avec 12 DT/kg pour le vrac et 16 DT/kg pour le conditionné, les prix témoignent également des enjeux.

Les volumes importants produits en Tunisie s’expliquent par la culture non irriguée. Elle est largement dominante grâce à des variétés locales résilientes et grâce à une faible densité de plantation (moins de 300 arbres par hectare). Cependant, cette production est menacée par le changement climatique.

Huile d’olive : le revers de la médaille du succès de la Tunisie à l’export

Ce succès à l’exportation présente un revers de la médaille : la vente en vrac d’huile d’olive à des clients étrangers qui procèdent à un embouteillage hors de la Tunisie.

Selon le média spécialisé Olive Oil Times « la majeure partie de l’huile d’olive tunisienne est exportée en vrac vers l’Espagne et l’Italie, où elle est mélangée puis réexportée sous des marques espagnoles et italiennes. »

En France, l’huile tunisienne est assemblée avec des huiles d’autres provenances puis mise en bouteille pour être commercialisée en grande surface sous la marque Puget. C’est le cas à Vitrolles, près de Marseille, dans l’usine du groupe agroalimentaire Avril. L’exigence de l’importateur est que les olives soient récoltées et l’huile extraite à froid en moins de 24 heures.

L’assemblage de l’huile tunisienne avec d’autres provenances permet à Puget de garantir un même profil gustatif d’année en année. Cette stratégie nécessite de la part des exportateurs tunisiens de fournir des volumes importants, mais aussi de se plier aux prix imposés par le groupe Avril afin que l’huile soit proposée aux consommateurs français à des prix accessibles en grande surface.

Pour réussir à l’international, l’huile tunisienne est donc obligée de se fondre dans la masse et de perdre son identité.
Seules quelques sociétés tunisiennes arrivent à échapper à cet assemblage industriel basé sur une « constante gustative » à la place de la mise en avant des terroirs tunisiens.

C’est le cas de la marque tunisienne Terra Delyssa, qui a réussi à être présente dans les linéaires de la grande distribution en France.

Réussir à l’international est un combat de tous les jours. Les consommateurs étrangers réclament une huile bio. Et à plusieurs reprises, Terra Delyssa a dû faire face à des critiques de la presse spécialisée.

En 2020, le magazine français 60 millions de consommateurs a évoqué la présence de « contaminants » dont un plastifiant (le phtalate de dibutyle) connu pour être un perturbateur endocrinien, dans 3 huiles d’origine tunisienne dont Terra Delyssa. L’origine du plastifiant serait liée à l’utilisation de « cuves ou de tuyaux en PVC, utilisés lors du stockage ou du transport de ces huiles ».

Autre revers de la médaille en Tunisie, la priorité donnée à l’export fait que l’huile d’olive est devenue hors de prix pour les consommateurs tunisiens.

En décembre 2023, Olive Oil Times faisait remarquer que : « L’orientation du secteur vers l’exportation signifie que les agriculteurs ne peuvent pas vendre beaucoup sur le marché local. Par conséquent, la faible offre d’huile d’olive a entraîné une hausse des prix sur le marché intérieur ».

Aussi, aujourd’hui, les consommateurs tunisiens se tournent vers l’huile de soja proposée par les entreprises de trituration installées en Tunisie, dont Carthage Grains. En 2023/2024, l’USDA, le département américain de l’Agriculture, a estimé que les achats tunisiens de soja devraient s’élever à 540 000 tonnes.

De son côté, après avoir racheté Puget au début des années 2000, le puissant groupe Avril, qui fédère également la filière des oléagineux en France, développe, ces dernières années, la culture du colza dans le nord de la Tunisie. Sa filiale Sanders, spécialisée dans l’alimentation du bétail, valorise les tourteaux de colza issus de la trituration.

Terroirs algériens et médailles à l’international

Selon Olivier Rives, expert oléicole en poste en Algérie en 2024 dans le cadre du programme PASA (Programme d’appui au secteur agricole) financé par l’Union européenne, la place actuellement occupée sur le marché mondial par les producteurs traditionnels (Espagne, Tunisie, Italie, Grèce, …) rend difficile d’envisager une exportation de masse de l’huile d’olive d’Algérie.

Aussi suggérait-il de viser la niche de la production d’huile vierge extra de terroir. À travers les zones de montagne et la steppe, la filière algérienne dispose de terroirs variés, comme en témoignent les médailles raflées par les producteurs algériens dans les concours internationaux. De quoi faire jeu égal avec la Tunisie concernant le segment de l’huile premium.

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