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Nos enfants n’ont pas à choisir entre leur héritage et la France

Azzédine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne, explique comment les enfants « peuvent être profondément attachés à leur foi (…) tout en étant pleinement Français ».

Nos enfants n’ont pas à choisir entre leur héritage et la France
La rentrée ne doit donc pas seulement être un nouveau départ pour nos enfants. Elle peut être un nouveau départ pour nous-mêmes : Source image : Facebook Azzedine Gaci pour TSA
Azzedine Gaci
Durée de lecture 4 minutes de lecture
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TRIBUNE. À l’heure où les cartables se remplissent, où les emplois du temps se figent et où une nouvelle année scolaire commence, une question mérite d’être posée aux parents : qu’allons-nous réellement transmettre à nos enfants ? Des notes ? Des diplômes ? Une réussite sociale ? Bien sûr. Mais pas seulement.

Nous devons surtout leur transmettre la confiance, le sens des responsabilités, le respect de l’autre, la capacité à reconnaître leurs erreurs et la force de rester debout lorsque le monde les met à l’épreuve. La rentrée scolaire 2026-2027 peut être l’occasion de nous rappeler cette responsabilité essentielle.

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Nos enfants sont une amâna

Dans la tradition islamique, l’enfant est une amâna : un dépôt confié par Dieu à ses parents. Cette notion va bien au-delà de l’obligation de nourrir, vêtir ou scolariser. Elle nous oblige à nous interroger sur ce que nous construisons dans le cœur et dans l’esprit de nos enfants. Le Coran nous rappelle : « Et ordonne la prière à ta famille, et sois constant dans son accomplissement. » (Coran 20/132).

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Cette responsabilité est aujourd’hui exercée dans un environnement particulièrement complexe. Nos enfants grandissent en France. Ils sont à la croisée de plusieurs influences : leur famille, l’école, leurs amis, les réseaux sociaux, la culture populaire et, parfois, des discours contradictoires sur ce qu’ils devraient être.

Certains connaissent les discriminations ou les stéréotypes. D’autres se demandent comment concilier différentes dimensions de leur identité. Certains encore portent silencieusement des questions auxquelles nous, parents, n’avons pas toujours les réponses.

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Notre premier devoir n’est donc peut-être pas de leur donner toutes les réponses. C’est de leur apprendre à poser les bonnes questions.

Transmettre sans enfermer

Nous voulons transmettre à nos enfants notre foi, notre culture, notre histoire et nos valeurs. C’est légitime. Mais transmettre ne signifie pas enfermer. Un enfant ne devrait pas avoir à porter les blessures de ses parents, à répondre aux préjugés de la société ou à devenir le dépositaire de toutes leurs inquiétudes.

Notre héritage doit être pour lui une force, pas un poids. C’est pourquoi nous devons lui permettre de construire son propre chemin, avec des racines solides et un esprit ouvert.

Nos enfants peuvent être profondément attachés à leur foi, tout en étant pleinement Français

Ils peuvent être profondément attachés à leur foi, à leur famille et à leur histoire, tout en étant pleinement Français. Ils peuvent aimer la France, participer à sa vie collective, respecter ses institutions et contribuer à son avenir sans avoir à effacer ce qu’ils ont reçu de leurs parents.

L’identité n’est pas nécessairement un territoire où il faut choisir un camp. Elle peut être un espace où plusieurs héritages se rencontrent et s’enrichissent.

Leur apprendre à répondre sans haine

Nos enfants rencontreront parfois l’injustice. Ils pourront être confrontés aux discriminations, aux préjugés ou à des paroles blessantes. Nous devons évidemment leur apprendre à ne pas accepter l’inacceptable. Mais nous devons également leur apprendre comment y répondre.

La colère peut être légitime. La haine, elle, ne construit rien. Résister à une injustice sans déshumaniser celui qui nous fait face est une force. Défendre sa dignité sans nier celle de l’autre est une force. Savoir dire non sans devenir soi-même injuste est une force. C’est aussi cela, l’éducation.

La réussite ne se mesure pas uniquement en notes

Nous vivons dans une société qui valorise fortement la performance. Très tôt, les enfants apprennent à se comparer : moyenne générale, classement, orientation, diplôme, métier.

Nous devons les encourager à réussir, bien sûr. Mais nous devons leur rappeler que leur valeur ne se résume jamais à un bulletin scolaire. Un enfant qui apprend à persévérer après un échec apprend quelque chose d’essentiel.

Celui qui sait demander pardon apprend quelque chose d’essentiel. Celui qui tend la main à un camarade isolé apprend quelque chose d’essentiel.

Celui qui reconnaît qu’il s’est trompé sans chercher d’excuse apprend quelque chose d’essentiel. Dans la tradition prophétique, la qualité du comportement occupe une place centrale. Un propos attribué au Prophète (PSL) le confirme : « Aucun père n’a fait à son enfant un don meilleur qu’une bonne éducation. » (Rapporté par At-Tirmidhī et Aḥmad). Le savoir est précieux. Mais le savoir sans adab, sans comportement juste et respectueux, reste incomplet.

L’histoire nous offre d’ailleurs des exemples inspirants. La mère de l’imam Mālik, consciente de l’importance du comportement éthique, disait à son fils : « Va auprès de Rabīʿa – un grand savant de l’époque – et apprends son comportement avant sa science. » La leçon mérite d’être entendue encore aujourd’hui.

Ce que nos enfants retiendront de nous

Nous parlons beaucoup de ce que nos enfants doivent apprendre. Mais une question est peut-être plus difficile : que voient-ils chez nous ?

Nous pouvons leur demander de respecter les autres tout en parlant avec mépris de ceux qui sont différents.

Nous pouvons leur demander de maîtriser leur colère tout en criant lorsque nous sommes contrariés.

Nous pouvons leur demander d’avoir confiance en eux tout en leur répétant qu’ils ne sont jamais assez bons.

Nous pouvons leur demander d’aimer leur héritage tout en leur transmettant nos propres peurs.

L’éducation commence rarement par un discours.

Elle commence par l’exemple.

Une parole encourageante peut changer la manière dont un enfant se regarde. Une présence attentive peut lui donner le courage de parler d’un problème qu’il gardait pour lui.

À l’inverse, une humiliation répétée ou une comparaison permanente peut laisser des blessures que les meilleures réussites scolaires ne suffiront pas à effacer.

Alors, à la rentrée, demandons à nos enfants non seulement : « Quelle note as-tu eue ? »

Demandons-leur aussi :

« Comment vas-tu ? »

« Qu’est-ce qui t’a rendu heureux ? »

« Qu’est-ce qui t’a fait du mal ? »

« Est-ce que tu as besoin de nous parler de quelque chose ? »

Et surtout, prenons le temps d’écouter la réponse.

Éduquer des citoyens, sans renoncer à nos convictions

Être parent musulman en France aujourd’hui ne consiste pas à choisir entre la transmission de sa foi et l’intégration dans la société.

Il s’agit de préparer des enfants capables de vivre pleinement dans cette société, d’y apporter le meilleur d’eux-mêmes et d’y exercer leur citoyenneté avec responsabilité.

Nous pouvons leur transmettre la spiritualité sans leur apprendre le repli.

Nous pouvons leur transmettre la fierté de leur héritage sans leur enseigner le mépris des autres.

Nous pouvons leur apprendre à défendre leurs droits sans nourrir la rancœur.

Nous pouvons leur apprendre à être fiers d’être Français sans leur demander d’oublier d’où ils viennent.

Le Coran nous rappelle : « Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. » (Coran 49/13). La noblesse ne se mesure ni au statut, ni à la richesse, ni aux résultats scolaires. Elle se manifeste dans le comportement éthique, la justice, la bienveillance et la responsabilité.

À nous de commencer

La rentrée ne doit donc pas seulement être un nouveau départ pour nos enfants. Elle peut être un nouveau départ pour nous-mêmes. Prenons davantage de temps pour les écouter. Encourageons leurs efforts plutôt que de célébrer uniquement leurs résultats.

Intéressons-nous à leurs amitiés, à leurs doutes, à leurs rêves et à leurs difficultés. Et surtout, demandons-nous chaque jour si notre propre comportement correspond aux valeurs que nous souhaitons leur transmettre. Car nous ne préparons pas seulement nos enfants à réussir une année scolaire.

Nous préparons des femmes et des hommes à vivre ensemble

Des femmes et des hommes capables d’être fidèles à leurs convictions sans rejeter celles des autres, fiers de leur héritage sans en faire une frontière, conscients de leurs droits, mais aussi de leurs devoirs. Des femmes et des hommes qui ne considéreront pas la France comme un lieu où ils doivent simplement trouver leur place, mais comme une société à laquelle ils ont aussi quelque chose à apporter.

C’est peut-être cela, finalement, notre responsabilité de parents : donner à nos enfants des racines assez profondes pour savoir qui ils sont, et des ailes assez grandes pour aller à la rencontre du monde.

Important : Les tribunes publiées sur TSA ont pour but de permettre aux lecteurs de participer au débat. Elles ne reflètent pas la position de la rédaction de notre média.

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