
L’engagement des soldats algériens dans les deux guerres mondiales est connu. On parle moins toutefois de leur contribution à la guerre franco-allemande de 1870, à peine 40 ans après la conquête coloniale.
Des ossements de tirailleurs algériens morts pendant ce conflit ont été retrouvés en Allemagne. Les corps des combattants algériens étaient utilisés dans la recherche en anatomie.
A lire aussi : Inscription à la vaccination anti-Covid : prenez rendez-vous en ligne
La guerre franco-allemande a eu lieu entre juillet 1870 et janvier 1871 et s’est soldée par la défaite de la France et l’annexion par l’Allemagne de la région Alsace-Lorraine. Des régiments de tirailleurs algériens ont pris part aux batailles de ce conflit. Des restes de deux de ces soldats algériens ont été découverts dans les collections anatomiques de l’Université de Fribourg, en Allemagne, rapporte France 24.
A lire aussi : Algérie : révélations glaçantes sur le drame du bus de Oued El Harrach
Les deux soldats ont été blessés et faits prisonniers en août 1870 et transférés ensuite vers des hôpitaux militaires allemands. L’institut de Fribourg, qui a perdu une grande partie de ses collections lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, a conservé des ossements de deux combattants algériens : un crâne pour le premier ainsi qu’un crâne et un bassin pour le second.
Des corps utilisés pour prouver la “supériorité de la race blanche”
Leurs identités ont été également conservées, bien que l’orthographes de leurs noms semble altérées. Il s’agit du caporal Abdallah ben Lein, du deuxième régiment d’infanterie de ligne, blessé lors de la bataille de Woerth, en Alsace, le 6 août 1870, et mort en septembre 1870 à l’hôpital militaire de Karlsruhe d’une septicémie, et du sergent Abdel-Kadn-Ben-Ladsche, âgé de 42 ans, mort le 16 novembre 1870 à l’hôpital militaire de Schützinger à la suite de graves blessures.
A lire aussi : Caricatures : de Chirac à Macron, comment la position de la France a évolué
Le professeur Dieter Speck, de l’Institut de Fribourg, reconnaît des “variations dans l’orthographe des noms et d’éventuelles erreurs de saisie à l’époque, potentiellement dues aux barrières linguistiques”.
Les corps des deux soldats algériens ont été utilisés dans la recherche en anatomie. Le professeur fait état d’un décret allemand de l’époque qui prévoyait le transfert des personnes décédées et dont les proches ne pouvaient être identifiés vers les instituts d’anatomie à des fins d’enseignement et de recherche.
Les corps des tirailleurs algériens, appelés par les Allemands les Turcos, ont été utilisés dans des études dites de « craniologie » qui servaient à étayer les théories sur la prétendue supériorité de la race blanche.
Les tirailleurs algériens se sont sacrifiés pour permettre la retraite de l’armée de Mac Mahon
Philippe Tomasetti, professeur d’histoire-géographie en Alsace, a expliqué au média français que des médecins allemands ont saisi l’opportunité de créer une collection anatomique à partir des dépouilles de soldats français pour avoir des exemplaires de représentants d’autres races. « L’armée française a fait exactement pareil en Algérie », a-t-il indiqué.
Trois régiments de tirailleurs algériens, composés de plus de 6 000 hommes originaires principalement d’Alger, d’Oran et de Constantine, ont pris part à la bataille de Reichshoffen, en août 1870, rappelle la même source.
« Ces tirailleurs se sont sacrifiés pour permettre la retraite de l’armée de Mac Mahon, le commandant de l’armée du Rhin. Le 2e régiment est celui qui a connu les plus grosses pertes de toute la guerre de 1870. Ils ont perdu 84 officiers et 2 200 hommes », a détaillé le professeur Tomasetti.