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Maroc – Espagne : le grand numéro d’équilibriste de Rabat

Le Maroc sait faire la victime, en essayant de transformer un problème politique en procès moral, se permettant même de faire une leçon de démocratie à l'Espagne.

Maroc – Espagne : le grand numéro d’équilibriste de Rabat
Le Maroc se permet même de faire une leçon de démocratie à l'Espagne | ID 103919873 © Starvarz | Dreamstime.com
Amar Belani
Durée de lecture 2 minutes de lecture
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Il faut reconnaître au Maroc un certain talent pour transformer un problème politique en procès moral.

Le communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères publié jeudi 10 septembre et l’éditorial d’un quotidien marocain spécialisé dans la diplomatie et la géopolitique se répandent avec une synchronisation si parfaite qu’ils donnent l’impression d’un scénario soigneusement préparé.

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Le ministère joue le rôle du père offensé. Le journal se charge de reprendre ses griefs et d’en ajouter une couche. Même vocabulaire, mêmes formules, même indignation soigneusement calibrée.

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Quand le Maroc se permet de faire une leçon de démocratie à l’Espagne

Le sommet de l’exercice reste la leçon de démocratie adressée à l’Espagne par un royaume qui n’a jamais eu à composer avec un Parlement capable de le contredire, ni avec une justice disposant d’une réelle autonomie à son égard.

Rabat semble ainsi s’étonner que le Congrès espagnol puisse voter, que l’Audiencia Nacional puisse enquêter et que la presse puisse commenter. Ces actes élémentaires d’un État de droit sont présentés comme les éléments d’un complot, alors qu’ils relèvent du fonctionnement normal des institutions espagnoles.

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Un vote de 168 voix contre 31 devient ainsi une « initiative malheureuse », comme si la décision d’une majorité parlementaire souveraine constituait un simple contretemps dans l’agenda de Rabat.

Sur l’évasion de milliers de marocains vers Ceuta fin juillet dernier, le procédé devient encore plus révélateur. Le communiqué affirme qu’« aucune donnée, fait ou rapport » n’implique le Maroc. Pourtant, l’article cite lui-même un rapport de l’Audiencia Nacional mettant en cause des membres des forces de sécurité marocaines et évoquant la guerre hybride menée par le Maroc.

Vient ensuite l’accumulation dramatique. Un vote ici, une enquête là, une visite royale plus loin, puis une réunion de défense avec le Roi d’Espagne. Tout est ficelé et assemblé pour donner l’image d’un vaste dispositif dirigé contre le Maroc.

Pourtant, une crise migratoire, une enquête judiciaire et un vote parlementaire relèvent de mécanismes institutionnels distincts. Rabat préfère manifestement y voir une intrigue organisée.

Des contradictions marocaines difficiles à masquer

Le clou du spectacle réside dans une autre pirouette. Le Royaume affirme ne rien vouloir imposer aux institutions espagnoles, tout en leur reprochant successivement de ne pas se conformer à sa position officielle.

La contradiction est difficile à masquer. Rabat entend bénéficier des garanties d’un État de droit tout en contestant leur fonctionnement dès lors que les décisions prises lui déplaisent.

Au final, la lecture croisée de ces deux textes révèle surtout une irritation face au fonctionnement normal des institutions espagnoles. Rabat voudrait préserver les avantages du partenariat avec une démocratie tout en contestant ses décisions dès lors qu’elles contrarient ses intérêts.

*Amar Belani est ancien ambassadeur


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