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Arabie saoudite : le pacte de La Mecque à l’épreuve des Houthis

Les attaques des rebelles Houthis contre l’Arabie saoudite et les tensions dans le Golfe mettent à rude épreuve le Pacte de Mecque entre Riyad, Ankara et Islamabad.

Arabie saoudite : le pacte de La Mecque à l’épreuve des Houthis
Tensions Arabie saoudite – Houthis : le Pacte militaire de la Mecque à l’épreuve - DR
Amar Belani
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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L’Arabie saoudite fait face à une menace déstabilisante qu’elle voulait pourtant contenir au Yémen en s’y impliquant militairement.

Or, avec l’avancée fulgurante des Houthis vers le détroit de Bab el-Mandeb, le problème dépasse désormais largement le cadre yéménite. 

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Il devient maritime, énergétique et régional. Une pression durable sur ce détroit menacerait les routes commerciales, les exportations saoudiennes et les revenus du canal de Suez.

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L’Arabie saoudite prise en étau entre l’Iran et les Houthis

Riyad se retrouve pris en étau sur deux fronts. À l’est, l’Iran dispose du levier d’Ormuz. À l’ouest, ses alliés houthis renforcent leur capacité de nuisance autour de Bab el-Mandeb. Le royaume espérait pourtant s’appuyer sur sa façade en mer Rouge pour réduire sa dépendance à Ormuz.

Cette nouvelle donne offre au contraire à Téhéran deux leviers maritimes complémentaires, au moment même où Riyad cherche à diversifier ses voies d’exportation. L’Égypte, de son côté, est également exposée à une nouvelle baisse du trafic et des recettes du canal de Suez.

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C’est dans ce contexte que le pacte de La Mecque, liant l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, connaît sa première véritable épreuve. L’accord prévoit qu’une attaque armée contre l’un des trois pays soit considérée comme une attaque contre les trois.

Son architecture commence certes à se dessiner. Le 31 août, les trois pays ont réuni à Istanbul leurs responsables diplomatiques et militaires, posant ainsi les bases d’un mécanisme institutionnel.

Sa traduction militaire reste toutefois largement à construire. Aucun commandement commun comparable à celui de l’OTAN n’a été annoncé, aucune force intégrée n’est opérationnelle, et surtout aucune procédure publique ne prévoit l’engagement automatique de forces turques ou pakistanaises.

La question juridique demeure par ailleurs ouverte en Turquie, où l’absence de ratification parlementaire soulève des interrogations sur la portée interne de certains engagements. L’article 90 de la Constitution turque encadre précisément l’entrée en vigueur des accords internationaux comportant des obligations importantes pour l’État.

Les attaques houthies ont d’ailleurs déjà mis au jour cet écart entre solidarité politique affichée et défense collective effective. Le 10 septembre, Islamabad a ainsi précisé qu’aucune réponse militaire n’avait été discutée dans le cadre du pacte de la Mecque, malgré son engagement envers Riyad et Ankara.

Cette clarification n’est pas anodine. Le pacte proclame une solidarité collective, mais celle-ci ne signifie pas encore une intervention militaire automatique. Sa nature défensive et dissuasive est mise en avant, même si une mue vers une alliance militaire régionale susceptible de s’élargir se dessine en filigrane, surtout au regard des desseins expansionnistes et belliqueux d’Israël dans la région.

La Turquie reste donc prudente. Elle condamne les attaques et affiche son soutien à la sécurité saoudienne, mais rien n’indique une volonté d’engager directement ses forces au Yémen.

Une telle intervention ouvrirait un nouveau front avec les Houthis et risquerait d’accroître la confrontation, directe ou indirecte, avec leur parrain iranien.

Le président Recep Tayyip Erdogan n’en affirme pas moins que « de beaux développements » sont en cours autour du pacte, expliquant que la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan entendent envoyer « un signal au monde islamique ».

Derrière ce non-dit, l’enjeu est désormais de transformer une déclaration de solidarité en mécanisme de défense réellement applicable.

Pour Riyad, le paradoxe est patent. Le royaume cherche à renforcer son autonomie stratégique grâce au pacte de La Mecque, mais face à l’offensive houthie, dans le même temps, Riyad continue de solliciter le soutien américain, notamment en matière de renseignement et de ciblage. Washington privilégie jusqu’ici cet appui à une intervention directe, que le président Donald Trump a écartée à deux reprises.

Devant l’escalade menée par les Houthis et face au peu d’empressement de ses deux partenaires du pacte de La Mecque, l’Arabie saoudite se tourne désormais vers l’Égypte pour obtenir son soutien.

Cependant, une implication active du Caire dans ce conflit reste très improbable. Très prudente en matière d’engagement militaire à l’étranger, l’Égypte avait déjà décliné l’invitation à rejoindre le pacte de La Mecque.

Réunion secrète entre huit pays arabes, les Etats-Unis et Israël

Selon des sources américaines crédibles, une réunion militaire secrète s’est tenue en Allemagne entre les États-Unis, Israël et huit pays arabes (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Koweït, Qatar, Jordanie et Égypte).

Organisée par le CENTCOM, elle portait sur la guerre avec l’Iran et les tensions régionales. Les discussions ont aussi porté sur une éventuelle coopération israélo-saoudienne contre les Houthis, notamment en matière de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR).

Aussi, si les attaques contre le territoire saoudien et ses infrastructures se poursuivent sans réponse concrète de la Turquie ou du Pakistan, la portée réelle du pacte de La Mecque apparaîtra rapidement au grand jour. Son premier test ne sera donc pas diplomatique. Il sera opérationnel.

*Ancien Ambassadeur

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