
Seddik Chiheb est le porte-parole du RND. Dans cet entretien, il s’exprime sur les élections locales, les déclarations de Ould Abbas, le blocage de TSA, la présidentielle de 2019…
La campagne électorale a commencé dimanche. La population ne semble pas intéressée. Pourquoi ?
Pour nous, elle se déroule dans les meilleures conditions. Nous sommes bien reçus. Dimanche, je me suis déplacé dans les communes d’Alger et de Boumerdès. J’ai été surpris par l’accueil et l’engouement de la population. Nous n’avons pas enregistré une hostilité vis-à-vis de nos élus ou de ces élections. Les citoyens sont présents, écoutent et posent des questions. Personnellement, j’ai animé un meeting sur la place publique à Ouled Fayet qui a rassemblée 600 ou 700 personnes. Les Algériens ne se désintéressent pas totalement des élections locales.
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Quel est l’objectif fixé par votre parti pour ces élections locales ?
Depuis la réussite de notre dernier congrès en 2015, nous sommes dans une phase d’ascension. Nous ferons tout pour améliorer notre score de 2012. Pour cela, nous comptons sur nos candidats qui sont l’émanation de la volonté de la base, sur leur compétence, sur le programme de notre parti et sur la cohésion de nos rangs.
Pourquoi les poids lourds de la politique ne sont pas attirés par le poste de maire ?
À ce niveau de construction démocratique en Algérie, les politiques n’ont pas pris encore conscience de l’importance des responsabilités locales. Par conséquent, beaucoup perçoivent la fonction de maire, au-delà de ses contraintes et de ses obligations, comme une corvée. Il viendra le jour où les politiques vont comprendre qu’être maire est la base d’appui de tout homme politique.
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Ould Abbes dit que seuls Dieu et le FLN connaissent le prochain président. Est-ce que le RND le sait aussi ?
Nous avons une démarche claire et nette et une position qui ne change pas. L’élection présidentielle aura lieu dans un an et demi. À chaque jour suffit sa peine. Au RND, nous avons un engagement politique avec un homme et un programme. Nous irons avec le président jusqu’au bout.
Il a dit que le FLN ne soutiendra jamais un candidat en dehors de son parti. Est-ce qu’il vise Ahmed Ouyahia ?
Je ne vais pas commenter ce que dit le secrétaire général du FLN. Ce dernier a le droit de dire ce qu’il veut. Cela dit, je ne sais pas pourquoi toute la presse veut créer une dualité entre nos deux partis qui sont des alliés et qui ont un objectif commun, un programme commun et un président commun.
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Ce n’est pas la presse mais plutôt certaines déclarations de Djamel Ould Abbes qui montrent le manque de cohésion au sein de la majorité présidentielle…
Nous n’avons pas ressenti cette hostilité de la part du secrétaire général du FLN. Hier, Djamel Ould Abbes a accordé un entretien à une chaîne de télévision privée où il a clairement déclaré que personne ne réussira à nous monter l’un contre l’autre. D’ailleurs, nous nous sommes entendus lors de la dernière rencontre avec le Premier ministre que nos partis doivent se compléter, faire front commun et éviter de se crêper le chignon.
Avez-vous une idée sur le candidat du RND en 2019 si le président Bouteflika ne se présente pas pour un cinquième mandat ?
Nous n’avons pas encore envisagé cette possibilité.
L’affaire de l’IFA a montré que les étudiants ne voient pas leur avenir en Algérie. Pourquoi ?
L’Algérie compte 1.750.000 étudiants. 200.000 sont diplômés chaque année par nos universités. Ceux-là prouvent si besoin y est que la prise en charge de notre jeunesse sur ce plan-là est satisfaisante. Mais l’exploitation politicienne de ce qui s’est passé devant l’Institut français d’Alger (IFA) est inacceptable d’autant plus que certaines chaînes étrangères et notamment certains sites ont saisi l’occasion pour salir l’image du pays à la veille du 1er novembre.
Beaucoup parmi les étudiants interrogés ont affirmé qu’ils voulaient définitivement quitter le pays…
Les étudiants venus pour prendre un rendez-vous pour le Test de connaissance du français (TCF) n’ont pas tous les mêmes motivations. Certains sont poussés par le désir d’approfondir leurs connaissances, d’autres pensent qu’ils vont trouver l’eldorado. Nous avons vécu une situation similaire dans les années 1970 quand beaucoup d’Algériens ont bénéficié de bourses algériennes dans les plus prestigieuses universités d’Amérique et d’Europe. Il y a ceux qui sont revenus pour participer à la construction du pays tandis que d’autres ont fait faux bond. Ils ont préféré rester. Chacun est libre. À mon humble avis, parler d’avenir en dehors de chez soi relève de l’aventure.
Cette élite n’est-elle pas en train de fuir la crise économique qui frappe de plein fouet le pays ?
La crise économique vient de pointer du nez. Elle n’a cependant pas encore de répercussions sur le mode de vie des Algériens.
Vous avez estimé que le mouvement de foule devant l’IFA a été planifié. Par qui et dans quel objectif ?
J’avais d’abord rappelé que l’université, qui se permet d’accueillir 1.750.000 étudiants et qui donne à l’Algérie 200.000 diplômés chaque année, ne pouvait pas être une source de désespoir. J’avais ajouté que le chômage des jeunes diplômés est une réalité pas seulement chez nous. J’ai ensuite indiqué que Campus France fait, en toute logique, des prévisions sur au moins un ou deux ans. J’ai donc estimé qu’il y a à la base une mauvaise organisation de la prise de rendez-vous par l’IFA, une communication confuse et peut-être une mauvaise intention. Personnellement, je ne crois pas au hasard dans la politique. Et je sais très bien que la manipulation peut se faire en amont ou en aval.
Ould Abbes a critiqué les déclarations d’Ouyahia sur les injustices subies par la Sonatrach et Chakib Khelil. Que voulait dire le patron du RND exactement ?
Il veut dire qu’il y a eu de l’abus et de l’instrumentalisation.
La presse a parlé d’un rapport du DRS sur l’impact négatif du discours d’Ouyahia sur le moral de la population. Est-ce que la présidence a demandé au Premier ministre d’atténuer son discours ?
Je ne suis pas à ce niveau d’informations. Mais je pense que ce sont des choses qui n’ont ni queue, ni tête. Suivant une directive ferme du président de la République, Ahmed Ouyahia a adopté un discours de vérité. Et les Algériens ont apprécié les vérités d’Ahmed Ouyahia. Connaissant sa franchise, sa rigueur, son sérieux et sa compétence, il ne fera rien qui ne soit pas conforme aux orientations du président de la République.
TSA est inaccessible depuis le 5 octobre sur les réseaux d’Algérie Télécom. Des journaux se plaignent de pressions. Y-a-t-il une volonté du pouvoir de contrôler la presse ?
La seule volonté politique qui a une légitimité est celle du président de la République. Dans un message adressé à la presse le 22 octobre dernier, il a réaffirmé ses orientations en indiquant que la presse doit être au diapason de nos inspirations démocratiques. Cela étant dit, la liberté de la presse est consacrée par la Constitution et les lois algériennes. Le secrétaire général du RND a déjà conseillé à nos amis de TSA de voir avec leur prestataire de service. Je m’en tiens à cette réponse. Je ne pense pas qu’il y ait une volonté quelconque de censurer ce site qui est un outil d’information fiable et respecté avec un lectorat important. On ne peut pas se passer de TSA sur la scène médiatique. On fera tout pour encourager TSA à continuer à faire son travail malgré les critiques qu’on reçoit et qui parfois ne sont pas du tout fondées mais que nous acceptons de façon bienveillante.