
Plus d’un millier de Tunisiens, en majorité des femmes, ont défilé samedi à Tunis pour réclamer l’égalité des sexes en matière d’héritage, scandant que c’était « un droit, pas une faveur ».
« C’est un des derniers bastions du patriarcat » dans la loi tunisienne, estime Sana Ben Achour, universitaire et présidente d’une association de soutien aux femmes, Beity. « Il faut qu’il y ait une égalité des droits puisque cela a été prévu par la Constitution » votée dans la foulée de la révolution de 2011, souligne-t-elle.
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Le simple fait que le débat batte son plein, c’est déjà une victoire, a assuré Monia Ben Jemia, présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates, qui espère le vote d’une loi dans l’année à venir.
Le président tunisien Béji Caïd Essebsi avait relancé en août dernier le débat sur cette question sensible, jugeant que la Tunisie se dirigeait inexorablement vers l’égalité « dans tous les domaines ».
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Cela impliquerait de modifier le code successoral afin que les hommes n’héritent plus systématiquement du double de ce qui est légué aux femmes, une mesure fondée sur le droit islamique.
Cette question reste tabou dans le monde arabe, et plusieurs sondages laissent entendre qu’une majorité de Tunisiens sont opposés à l’égalité en matière d’héritage.
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La manifestation organisée samedi dans la capitale a rassemblé des femmes venues de toute la Tunisie.
Pour Rahma Jawadi, présidente de l’association des femmes rurales de Jendouba, région agricole pauvre du nord-ouest du pays, « si l’on vote cette loi et que la femme prend ses droits sur la terre, elle pourra se développer, elle pourra faire de l’agriculture, elle aura un revenu », sans contredire la religion.
L’égalité en matière d’héritage est un des dossiers confiés à la commission pour les libertés individuelles, mise sur pied par la présidence pour réformer lois, directives et autres textes entravant ces libertés.
Son rapport initialement prévu en février, et repoussé à juin, devrait préconiser une politique des petits pas, a indiqué un membre de cette commission sous couvert de l’anonymat.
La commission pourrait ainsi proposer aux familles qui le souhaitent de pouvoir choisir de répartir « également » l’héritage entre fils et filles, sans imposer cette égalité dans la loi.
Une première proposition de loi qui allait dans ce sens avait été déposée en 2016, mais n’avait pas été débattue.