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À Aït Smaïl (Béjaïa), 45 jours après les incendies dévastateurs, le noir domine le paysage

À Tamaghart, dans la commune d’Aït Smail à l’est de Bejaia, le noir domine le paysage autrefois verdoyant, un mois et demi après les incendies meurtriers de fin août

À Aït Smaïl (Béjaïa), 45 jours après les incendies dévastateurs, le noir domine le paysage
45 jours après les incendies qui ont frappé l’est de l’Algérie, le noir domine toujours le paysage à Aït Smaïl (Béjaïa) / Par Engin Akyurt de Pexels
Karim Kebir
Durée de lecture 3 minutes de lecture
Clock 3 minutes de lecture

Près de deux mois après les incendies meurtriers qui ont frappé l’est de l’Algérie fin août, les forêts et les espaces verts peinent à se régénérer, faute de précipitations suffisantes.

 À Jijel et Béjaïa, les wilayas les plus durement touchées par les feux de forêt, le noir domine le paysage, comme si la nature n’a pas encore fait « son deuil ». Le noir et le silence dominent les paysages autrefois verdoyants et plein de vie. Dans certains endroits, il ne reste que les cendres.

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À Tamagarth, dans la commune d’Aït Smail, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Béjaïa, un spectacle de désolation s’impose au premier regard : arbres calcinés, branches noircies, étendues de terre couvertes de cendres et de bois mort et un silence de cathédrale y règne dû à la migration et à la disparition des bêtes qui y avaient élu domicile.

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Là où s’étendait encore, il y a quelques mois, une végétation dense et verdoyante, ne subsistent désormais qu’une image de terre noircie où la vie semble s’être arrêtée.

« Même les pierres ont brûlé »

Le feu a tout consumé sur son passage, transformant ce paysage montagneux en un décor sombre, silencieux et presque méconnaissable. L’odeur du brûlé flotte toujours dans l’air.

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« Même les pierres ont brûlé », ironise un habitant, comme pour suggérer l’ampleur du désastre.

Les oliviers, qui constituent pour de nombreuses familles une ressource essentielle, n’ont pas non plus été épargnés. La plupart ne sont plus que des troncs brûlés, dressés au milieu d’un sol noirci. Des champs entiers d’oliviers chargés d’olives ont été ravagés par les flammes.

Le chêne, arbre endémique, certains arbustes, diverses plantes et les espèces sauvages qui couvraient nombre de parcelles ont également disparu.

Les sentiers existant depuis des lustres, empruntés par les vaches et autres bêtes ont été gagnés par les cendres et les débris végétaux.

Dans certains endroits, les clôtures naturelles formées par les broussailles ou le figuier de Barbarie ont disparu, tandis que les versants, autrefois couverts de végétation, laissent désormais apparaître la terre mise à nu.

Même les oiseaux dont les chants emplissaient l’espace se font rares. Un silence qui tranche singulièrement avec la vie qui animait ces lieux avant le passage des flammes.

Il y a encore quelques années, malgré les incendies qui frappaient périodiquement la région, la forêt parvenait à reverdir assez rapidement avec le retour des pluies. Mais cette année, en raison de la rareté des précipitations, la végétation peine à reprendre vie.

« On n’a jamais vécu des incendies similaires par le passé. On a l’impression que le feu sautait d’un coin à l’autre pour brûler tout sur son passage », assurent certains habitants de la région, encore marqués par la violence du sinistre.

« Les flammes se déplaçaient à une vitesse impressionnante », se souvient le maire d’Aït Smail, Sadek Rebai pour qui l’urgence est d’accélérer l’indemnisation des victimes. Dans cette commune, 585 hectares de forêts et de vergers sont partis en fumée, selon le maire. Les flammes ont ravagé 30 000 oliviers et divers arbres fruitiers ainsi que 136 ruches pleines. Elles ont tué 25 têtes de caprins, 2600 poulets de chair et 1200 poulettes.

« On sent toujours l’odeur du brûlé »

« C’est vrai que les pertes matérielles sont immenses. Certains ont tout perdu. Des champs entiers d’oliviers sont partis en fumée. Mais, le plus important, c’est qu’il n’y a pas eu de victimes », relativise un habitant de la région.

Un souvenir qui visiblement les marquera à tout jamais. La désolation ne se limite pas à Tamaghart. Les forêts environnantes ont elles aussi été consumées, jusqu’au mont Takoucht, connu pour ses cèdres.

Mais aussi les forêts de Darguina, -dont celle « d’Agni Ali », jamais brûlée de mémoire d’habitant même du temps du colonialisme-, la commune voisine ou encore Tamridjet et Ait Anane.

Seules quelques rares parcelles ont échappé aux flammes, au milieu d’immenses surfaces dévastées. « À ce jour, on sent toujours l’odeur du brûlé, témoignent de nombreux habitants. C’est pourquoi, on prie midi et soir, pour le retour des pluies, dans l’espoir de revoir reverdir leur forêt et leur environnement ».

Selon des spécialistes, si quelques espèces peuvent repousser rapidement, la reconstitution de l’écosystème demandera sans aucun doute plusieurs années. En attendant, les habitants regardent avec nostalgie et un pincement au cœur ce qui faisait autrefois le charme de leur région.

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