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A Alger, les supporters des clubs de foot ensemble en première ligne

A Alger, les supporters des clubs de foot ensemble en première ligne

Ambiance joyeuse, ce vendredi 15 mars, au centre d’Alger. C’est le quatrième vendredi de la contestation contre Bouteflika. Dès la mi-journée, les jeunes venus en groupe, les familles, les grands-pères, les mères avec leurs filles arrivent avec des pancartes en main. Certains sont drapés de l’emblème national.

Les manifestants se ressemblent dès la mi-journée à la place Audin, un point de ralliement stratégique puisqu’il permet de prendre le départ vers les hauteurs d’Alger, à partir du boulevard Mohamed V, ou vers l’ouest de la capitale, en passant par la Grande Poste.

On prend des photos, on capte des vidéos, on s’échange les selfies. Tout le monde est prêt pour participer à la marche. Les slogans suscitent déjà le débat. Ils sont plus politiques, plus ciblés. « Nous sommes réveillés, quelle heure est-il ? C’est l’heure qu’ils s’en aillent tous », « La rue ne se taira pas », « La souveraineté, c’est le peuple », « La Constitution n’est pas un brouillon »…Les slogans sont écrits dans toutes les langues, même en allemand !

Le président français Emmanuel Macron est particulièrement ciblé par les slogans après ses déclarations au lendemain des décisions de Bouteflika relative notamment au report de la présidentielle.

El Mouradia, une « zone interdite »

«Ni Washington, ni Paris, le peuple ! C’est lui qui désigne le président », est-il écrit dans pancarte. Noureddine Bedoui, actuel Premier ministre, est également ciblé par les manifestants. « Nous n’avons pas oublié qu’il était ministre de l’Intérieur. Il est responsable des fraudes électorales des législatives et des locales de 2017 », se rappelle Nadjwa, enseignante à l’université. Ahmed Ouyahia, ancien Premier ministre, n’est pas épargné, lui aussi, malgré son départ du gouvernement.

Vers 14h30, les manifestants avancent à pas cadencés vers le quartier de Telemly. Ils sont bloqués à 200 mètres de l’Ecole des Beaux-arts. Les forces antiémeute, venus en grand nombre, ont dressé plusieurs barrages avec les véhicules pour empêcher les marcheurs d’avancer vers El Mouradia où se trouve le palais présidentiel.

Comme pour les trois précédentes marches, la police ne veut pas que les manifestants s’approchent de ce quartier, « une ligne rouge », visiblement. Au boulevard Krim Belkacem, les jeunes tentent à plusieurs reprises de forcer le passage. Ils sont repoussés avec puissance.

En premier ligne, on reconnait les supporters des clubs algérois, habitués aux bousculades à la sortie des stades. Vetus de tee shirt et d’écharpes aux couleurs de leurs équipes, les supporters du MCA, de l’USMH, l’USMA, le CRB et le NAHD font « la paix » et essayent d’organiser « la résistance ».

Du vinaigre à 30 dinars

Ils étudient tous les « stratagèmes » pour fendre « la muraille » bleue et avancer vers El Mouradia. La tension monte après deux heures d’attente. Des jeunes commencent par lancer des pierres sur les policiers. Certains manifestants, attachés au caractère pacifique de la marche, essayent de les dissuader. Mais la colère est intense. « On va aller à El Mouradia quoi qu’il en coûte », lance un jeune.

La police tire des bombes de gaz lacrymogène en repoussant les manifestants vers le boulevard Mohammed V. Une fumée piquante se lève dans le ciel. C’est le moment choisi par un revendeur pour s’installer sur un trottoir. Il propose des flacons de vinaigre blanc et rouge à 30 dinars alors que d’autres vendent des drapeaux à 500 dinars. Les manifestants plus denses reprennent le chemin vers El Mouradia, mais sans y parvenir. Le chemin est encore très long…

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