
A Tiaret, dans les hauts plateaux de l’ouest algérien, l’automne a été marqué par la sécheresse, les fourrages se font rares. L’effervescence est grande chez les éleveurs qui demandent l’ouverture des parcours steppiques afin d’éviter que leurs moutons ne dépérissent.
Dans cette région connue pour l’élevage de moutons, le manque de fourrages naturels a fait flamber le prix de l’orge qui a atteint 6.000 DA le quintal dans certaines régions d’Algérie. Quant à la paille, la botte se vend 70 DA contre 20 en été et celle de luzerne atteint 120 DA.
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Une situation qui a amené le wali à réunir à la mi-décembre les représentants des éleveurs en présence des services agricoles. Une réunion qui a débouché sur l’ouverture anticipée d’une partie des parcours steppiques et la mise en application des mesures ministérielles visant à assurer une disponibilité en son de blé au prix réglementé de 2.000 DA le quintal.
Le délégué de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA) explique aux éleveurs présents qu’il a été proposé au wali et aux services agricoles de multiplier les points de vente de l’ONAB à travers toute la wilaya afin d’écouler au plus vite le son produit par les minoteries. Il ajoute que certaines d’entre elles font face à un problème de stockage du son de blé qui va jusqu’à affecter la bonne marche de leur moulin.
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« Monsieur le wali ouvrez les Mahmiyates »
C’est dans ce contexte que Bahih Miloud, le représentant de l’UNPA au niveau wilaya, a rendu compte de cette concertation à des éleveurs au niveau de la commune de Zmalat Emir Abdelkader.
Il a ainsi annoncé la décision prise par le wali d’autoriser l’ouverture de 50% des Mahmiyates, ces parcours steppiques protégés du surpâturage.
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Présente à cette occasion, la chaîne Web Hidhab a recueilli le témoignage des éleveurs.
L’un d’eux témoigne : « regardez autour de vous. Vous voyez, le sol est blanc » sous entendant qu’il n’y a aucune trace de verdure. Il ajoute : « Les mahmiyates de Kenadza doivent être ouvertes » rappelant ainsi que ces parcours protégés n’ont été ouverts qu’à 50%. Après une phase de pâturage, elles nécessitent en effet un temps de repos indispensable à la régénération de la végétation.
L’apport des parcours steppiques
Le sud de la wilaya de Tiaret comprend de nombreux parcours steppiques traditionnellement loués par les APC pour de courtes périodes allant de 2 à 3.
Sans ces parcours steppiques, les éleveurs sont obligés de nourrir leur cheptel à base d’orge et de son avec un coût prohibitif. La tension actuelle sur l’orge, le son de blé et la paille rend la situation intenable pour de nombreux éleveurs en Algérie.
La présence d’espèces végétales herbacées ou arbustives est appréciée des moutons. Cependant, les éleveurs ne participent pas au reboisement des parcours à travers la plantation d’arbustes fourragers comme le fait le Haut-commissariat au développement de la steppe et la Direction générale des forêts.
En 2021, co-auteur d’une étude, l’expert Houari A. de l’université de Djelfa faisait remarquer que la production fourragère des parcelles plantées en arbustes est en moyenne 375 Unité Fourragère – soit la valeur d’un kilo d’orge – par hectare contre seulement 35 pour les parcelles non aménagées.
Il soulignait également que ce type de projet « pourra être considéré comme une alternative pour les éleveurs », quant au chiffrage économique, il « montre des résultats très encourageants et largement positifs ».
Passage du statut de pasteur à celui d’agro-pasteur.
Le passage de la population de 20 millions d’habitants en 1983 à 47 millions actuellement a accru la demande en viande de mouton ainsi que la pression sur les parcours steppiques.
Si auparavant les éleveurs pouvaient se satisfaire de la végétation naturelle de ces parcours, aujourd’hui seule la plantation d’arbustes fourragers pourrait permettre d’améliorer l’offre en fourrage.
Des plantations d’autant plus nécessaires que de façon paradoxale malgré les 30 millions d’hectares officiellement répertoriés, les éleveurs parlent de diminution des parcours steppiques.
Les éleveurs devraient donc passer du statut de pasteurs à celui d’agro-pasteurs c’est-à-dire à producteurs de fourrages.
Jusqu’à présent les plantations ont été réalisées sur fonds publics. L’opération serait rentable pour les éleveurs dans le cas où ils venaient à y participer.
Un passage à priori facilité par la politique des pouvoirs publics d’attribuer des concessions agricoles. Cependant, malgré un développement des surfaces en fourrages irrigués, il semble que les investisseurs soient plus intéressés par la plantation de vergers que d’arbustes fourragers. Une situation que dénoncent les éleveurs qui voient se réduire de façon drastique la surface des parcours qu’ils utilisaient auparavant.
En 2014, Abdelkader Khaldi, alors enseignant à l’université de Tiaret, faisait remarquer qu’un pastoralisme durable est possible. Mais à « condition de l’encadrer par des institutions adéquates, en associant les communautés locales et la puissance publique. »
Pour réduire la tension sur le marché de l’orge et du son, l’apport des parcours steppiques s’avère déterminant. Encore faut-il que les éleveurs soient incités à participer à l’amélioration de leur productivité par la plantation d’arbustes fourragers comme cela est le cas en Australie.