
Après la Tunisie, c’est au tour de l’Égypte de subir la colère marocaine pour son entente avec l’Algérie.
La visite au Caire du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, fin novembre, est suivie de réactions qui laissent supposer que Rabat n’apprécie que peu le rapprochement et les perspectives de coopération économique entre les deux grands pays d’Afrique du Nord.
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Tunis avait déjà eu à le vérifier à ses dépens : dans sa volonté d’isoler son voisin, le Maroc perçoit comme un acte d’inimitié toute bonne relation que tisse la diplomatie algérienne.
En août 2022, le royaume a rappelé son ambassadeur à Tunis, officiellement pour l’accueil du président de la République sahraouie Ibrahim Ghali, mais en réalité à cause de la parfaite entente que commençait à afficher le président Kais Saied avec l’Algérie.
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Les relations entre le Maroc et la Tunisie sont, depuis, restées tendues.
Rabat avait aussi actionné ses relais en France pour faire pression sur le président Emmanuel Macron afin de l’amener à “rééquilibrer” sa politique maghrébine alors qu’il avait entrepris d’ouvrir une nouvelle page avec l’Algérie.
En cette fin de l’année 2025, c’est l’Égypte de Abdelfatah Al-Sisi qui semble ciblée, pour les mêmes raisons.
Le 26 novembre, Sifi Ghrieb a co-présidé au Caire, avec son homologue égyptien Moustafa Madbouli, les travaux de la 9e session de la grande commission mixte algéro-égyptienne.
La visite a surtout permis aux deux pays d’arrêter un programme concret de renforcement de leurs échanges commerciaux et de leur coopération économique, avec l’objectif de faire passer leurs échanges de 1 à 5 milliards de dollars dans les 3 à 5 prochaines années.
En d’autres termes, c’est un nouveau bloc économique qui se profile dans la région nord-africaine, réunissant deux des plus grandes économies du continent. L’Égypte voit en l’Algérie bien plus qu’un potentiel fournisseur de gaz.
Entente Alger – Le Caire : de quoi a peur Rabat ?
Cette entente économique appelle évidemment une plus grande convergence sur les questions géopolitiques internationales.
Un tel axe ne pouvait évidemment pas laisser le Maroc indifférent.
Le média The New Arab (TNA) a relevé que dès le lendemain de la visite au Caire du Premier ministre algérien, les représailles marocaines ont commencé.
Elles ont pris la forme de droits antidumping imposés aux produits égyptiens, notamment le PVC.
“Ce n’était pas le premier problème commercial entre les deux pays, mais le moment choisi a suscité la question de savoir si ces droits antidumping avaient été imposés en représailles au renforcement possible des relations entre l’Égypte et l’Algérie”, écrit le média moyen-oriental.
Deux jours plus tard, des supporters marocains ont déversé leur hostilité sur une équipe de football égyptienne qui disputait un match de Ligue des champions de la CAF au Maroc.
”Cette colère ne visait pas l’équipe visiteuse, mais l’Égypte elle-même”, ajoute TNA.
Ces événements sont perçus par les analystes comme des signes de la fureur marocaine face à l’évolution de la coopération entre l’Égypte et l’Algérie.
“Cette colère fait partie des calculs de Rabat dans le contexte de sa lutte politique imaginaire contre l’Algérie (…) Les tensions entre Rabat et Alger poussent le premier à surveiller de près les alliances régionales que le second construit”, a analysé auprès de TNA Redouane Bouhidel, professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’Université d’Alger.
Selon l’universitaire, le Maroc s’inquiète généralement lorsque l’Algérie conclut des alliances à dimension stratégique, en particulier dans les domaines de la sécurité, de l’énergie, de la diplomatie ou de l’armement.