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Algérie – États-Unis : ce que recommande un influent think tank américain

Winep, un influent think tank américain a dévoilé dans un rapport sa vision de la relation entre les États-Unis et l’Algérie.

Algérie – États-Unis : ce que recommande un influent think tank américain
Par PX Media / Adobe Stock
Aicha Merabet
Durée de lecture 4 minutes de lecture
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Dans un contexte de chamboulement géostratégique et alors que la rivalité entre les grandes puissances redessine les équilibres du monde, les États-Unis redécouvrent l’Algérie.

Considérée comme un pays charnière en Afrique et dans le bassin méditerranéen, l’Algérie représente un partenaire stratégique potentiel pour les États-Unis dans un contexte régional marqué par l’instabilité, notamment au Sahel. Tandis que l’Algérie manifeste une volonté d’améliorer ses relations extérieures, les États-Unis ont un intérêt clair à renforcer la coopération bilatérale, tant sur les plans sécuritaire, économique que culturel.

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Voilà en substance ce que préconise un rapport du Washington Institute for Near East Policy (WINEP) aux décideurs américains. Réputé pour ses travaux sur les dynamiques géopolitiques au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et au Sahel, ce think tank, indépendant mais que certains présentent comme pro-israélien, jouit d’une écoute particulière au sein du département d’État et du Pentagone.

Faire face à l’influence de la Chine et de la Russie

Dans son rapport, Winep appelle Washington à un engagement plus « structuré et durable » avec Alger, pour faire face à l’influence croissante de la Chine, de la Russie, de la Turquie et de l’Iran, ainsi qu’à l’instabilité au Sahel.

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S’appuyant sur des sources publiques et des échanges avec des responsables algériens et américains, le rapport « analyse les tendances récentes pour envisager des scénarios réalistes à court et moyen terme ». « L’étude ne prétend pas prédire l’avenir, mais offre des pistes pour guider les choix stratégiques de Washington dans ses relations avec Alger », note le rapport.

Dans cette perspective, ce think tank américain préconise une transformation en profondeur de la relation bilatérale, jusqu’ici marquée par des approches ponctuelles et souvent sécuritaires. Une relation imprimée aussi par la doctrine de non-alignement de l’Algérie adoptée depuis l’indépendance. Pour Sabina Henneberg, spécialiste des affaires nord-africaines, chercheuse associée au Winep et autrice du rapport, l’Algérie représente à la fois un « partenaire incontournable et un défi complexe ». Selon elle, Washington est appelée désormais à renforcer son implication sur cinq axes principaux : sécurité, énergie, économie, culture et diplomatie.

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États-Unis – Algérie : les pistes pour une coopération bilatérale renouvelée

Dans un contexte de retrait américain et de la France du Sahel, le rapport de Winep souligne le rôle que peut jouer Alger dans la stabilisation de cette région qui est en proie au terrorisme. Il recommande la mise en œuvre rapide de la commission militaire conjointe, prévue dans le mémorandum de défense signé en janvier 2025 entre les deux pays, et la consolidation du dialogue stratégique en matière de renseignement, de frontières et de formation.

Au chapitre économique, l’Algérie cherchant à sortir de sa dépendance aux hydrocarbures, Winep encourage les États-Unis à investir dans l’agro-industrie, les mines, la santé ou encore l’énergie renouvelable. Il cite l’exemple symbolique de l’exportation vers l’Algérie de vaches texanes comme preuve qu’un « engagement patient peut fonctionner malgré les lenteurs bureaucratiques ».

Le rapport recommande également d’accompagner l’Algérie dans le développement du gaz de schiste, tout en limitant l’impact sur ses ressources en eau. Il prône une coopération renforcée autour de l’hydrogène vert et de l’efficacité énergétique, avec des solutions technologiques américaines adaptées. « Sur le plan énergétique, les États-Unis peuvent aider l’Algérie à exploiter ses réserves de gaz de schiste sans nuire à ses ressources en eau. Une coordination avec le secteur privé américain pourrait intégrer des solutions économes en eau. Les experts américains peuvent aussi améliorer l’efficacité agricole algérienne. D’autres secteurs comme la santé ou les industries minière et agroalimentaire présentent un potentiel de partenariat », souligne le rapport.

Notant un intérêt croissant des Algériens pour l’anglais et les programmes éducatifs américains, le think tank Winep propose de renforcer les échanges académiques, les partenariats dans l’enseignement technique et les secteurs comme la gestion de l’eau ou la santé. Objectif : contrer l’influence culturelle chinoise qui jouit d’une perception positive chez les Algériens.

Concernant la question sahraouie, le rapport conseille aux décideurs américains d’avancer prudemment sur le dossier. Tout en rappelant la position américaine et d’autres capitales occidentales, favorables au plan d’autonomie marocain, conscient de la position intransigeante de l’Algérie en faveur d’une solution d’autodétermination, le think tank invite les États-Unis à maintenir un dialogue respectueux avec Alger.

« Si elle se sent écoutée, l’Algérie pourrait jouer un rôle dans une solution négociée, notamment en encourageant une évolution du positionnement du Front Polisario », estime le rapport. « Diplomatiquement, les États-Unis doivent maintenir un niveau d’engagement élevé. Il est crucial de renforcer l’image de l’Algérie comme partenaire valorisé, surtout dans le contexte du soutien occidental au plan marocain sur le Sahara. Une Algérie respectée pourrait jouer un rôle dans une solution négociée avec le Polisario ».

Les scénarios possibles pour l’Algérie

Le rapport ne manque pas d’évoquer les atouts, les fragilités et les contradictions de l’Algérie. Parmi les atouts : son armée expérimentée, sa jeunesse dynamique, son poids diplomatique africain et sa richesse énergétique. Ses fragilités : dépendance au pétrole (90 % des exportations), sécheresse, climat des affaires rigide…

Quant aux contradictions, Winep énumère la lenteur de certaines réformes, les subventions énergétiques massives, la défiance envers l’investissement étranger malgré des lois assouplies…

« L’environnement des affaires reste difficile. Les lenteurs administratives, l’opacité juridique et le maintien de la règle 51/49 dans les secteurs stratégiques freinent l’investissement. Les réformes climatiques accusent du retard, et la gestion de l’eau devient un enjeu géopolitique régional », souligne l’étude.

Pour ce think tank américain, deux scénarios possibles se dessinent pour l’Algérie : le statu quo ou l’ouverture progressive. « L’élite dirigeante maintient un pouvoir fermé et un modèle économique étatiste. Les tensions internes s’exacerbent, les relations avec l’Occident se dégradent, à l’exception de l’Italie. L’Algérie se rapproche de la Chine et de la Russie. L’économie reste dépendante des hydrocarbures, et la jeunesse se détourne de l’avenir politique », ou alors « l’Algérie s’engage dans des réformes politiques, économiques et diplomatiques. La coopération avec les États-Unis s’intensifie, les investissements se diversifient, les échanges culturels se multiplient. L’Algérie devient un pôle régional influent et un fournisseur d’énergie propre fiable ».

« L’enjeu principal est de savoir si l’Algérie maintiendra le statu quo ou si elle choisira une voie de changement progressif mais durable. Le contexte mondial actuel, marqué par des bouleversements géopolitiques et des repositionnements diplomatiques, offre une fenêtre d’opportunité pour transformer la relation bilatérale américano-algérienne », analyse Winep.

Pour l’autrice du rapport, l’Algérie ne peut plus être ignorée ou traitée comme un simple acteur secondaire. Sa trajectoire influencera les équilibres régionaux, en Méditerranée, au Sahel et au-delà. Pour elle, la clé d’un partenariat durable entre Washington et Alger réside dans une approche patiente, pragmatique, respectueuse des sensibilités algériennes. « En définitive, les États-Unis devraient adopter une stratégie pragmatique vis-à-vis de l’Algérie : approfondir la coopération culturelle et technique, encourager progressivement des réformes politiques, et envisager prudemment une collaboration sécuritaire — tout en reconnaissant la posture géopolitique particulière de l’Algérie et sa volonté de rester un acteur souverain et non aligné dans une région en pleine mutation ».

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