
Sur les marchés de Djelfa et de Tiaret, le prix des moutons locaux est en baisse. Une évolution qui intervient dans un contexte d’importation d’un million de têtes de moutons décidée par le président Abdelmadjid Tebboune. Cette baisse des prix qui indique acte le pari gagnant du gouvernement.
Sur les marchés à bestiaux de l’intérieur du pays, les témoignages de baisse des prix affluent et sont largement repris sur les réseaux sociaux. A Djelfa, un observateur demande à un éleveur « comment est le marché ? » La réponse fuse : le marché est « hadi ». En langage paysan, l’expression signifie : en baisse.
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L’éleveur précise que, sur les différents segments du marché, les bêtes ont perdu de 4 à 6 millions de centimes pour les animaux de grande taille. L’éleveur prend à témoin un collègue : « ce mouton pour lequel tu demandais 16 millions (160.000 DA) la semaine dernière, on t’en propose combien aujourd’hui ? ». L’éleveur en question répond : « 10,5 millions ».
Sur le marché de Hassi Bahbah dans la wilaya de Djelfa, la tendance est identique. Un éleveur témoigne : « ce mouton, la semaine dernière, on m’en proposait 12,8 millions, aujourd’hui on ne m’en propose plus que 11,5 millions ».
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Des moutons arrivés par avion
A Annaba, dans un centre de vente dédié aux moutons importés, un acheteur a du mal à tenir un animal aux cornes impressionnantes. Il confie à Dz News TV « regardez ce mouton, si c’était un mouton local on ne l’aurait trouvé que pour 20 millions. On remercie le président Tebboune ». Les animaux importés sont vendus en moyenne à 5 millions de centimes (50.000 DA).
Cette évolution des prix intervient dans un contexte d’importation massif de moutons. Le pari d’importer un million de têtes est gagné avec, à ce stade, près de 820 000 moutons débarqués dans les ports où arrivés par avion.
Selon un communiqué du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, les importations de moutons s’accélèrent. Jusqu’à samedi dernier, le nombre de moutons débarqués au niveau des ports et aéroports du pays a atteint 998.750 têtes. Un navire géant chargé de 81.000 moutons de Roumanie a accosté ce lundi matin au port de Djen Djen.
L’origine des moutons est très diverse : Espagne, Roumanie, Brésil, Uruguay, Croatie et donc Irlande.
Perpétuer la baisse des prix ?
Sur les marchés et les émissions de télévision l’amplitude de la baisse des prix et son éventuelle prolongation fait débat. Pour les uns, l’actuelle disponibilité en fourrages naturels suite aux dernières pluies et l’abondance de paille et de chaumes après la moisson encourage les éleveurs à maintenir des prix relativement élevés.
Des questions qu’on retrouve dans la presse des pays voisins : « Malgré la prudence des acheteurs, l’éleveur affiche une certaine sérénité. Si les moutons ne trouvent pas immédiatement preneur pour l’Aïd, il préfère les conserver pour les écouler ultérieurement. L’arrivée de la saison estivale, traditionnellement marquée par les mariages, baptêmes et fêtes familiales, garantit selon lui une demande soutenue en viande rouge auprès des abattoirs et des bouchers. »
Steppe algérienne, la révolution à venir
Parmi les griefs les plus souvent soulevés par les éleveurs vient en premier le prix élevé des aliments concentrés (orge et son) et des aliments grossiers (paille et foin). Un dossier dont s’est emparé cet hiver le ministère de l’agriculture et dont de premières mesures ont permis une meilleure disponibilité en aliments du bétail à prix administrés.
Les élevages de moutons se retrouvent dans des difficultés similaires à ceux d’élevages de vaches laitières des zones de montagne : ils ne disposent pas d’autonomie fourragère et sont donc obligés d’acheter des aliments du bétail.
Pour les éleveurs de moutons, cette situation est paradoxale dans la mesure où la filière dispose de 32 millions d’hectares entre parcours telliens et steppiques alors que les éleveurs laitiers des zones de montagne ne disposent que de peu de surface. Leur situation est souvent qualifiée d’élevage « hors-sol ».
En 2024, co-auteur d’une étude du bovin laitier dans la région de Tizi-Ouzou, Mouhous Mohamed évoquait « une surface moyenne de 1,32 hectare destinée aux fourrages » avec pour les éleveurs les mieux lotis qualifiés de « gros éleveurs » une surface « d’un peu plus de 3 hectares ». Des conditions qui font que « les dépenses liées à l’alimentation représentent 90 % des coûts de production. »
Une difficulté retrouvée chez les éleveurs de moutons. En 2018, à l’occasion d’une étude sur l’élevage steppique, l’universitaire Slimane Bencherif signalait qu’au cours de la campagne 2006-2007, les parcours naturels n’avaient permis que « 52,5 % de l’affouragement des animaux » et que seuls « quelques rares éleveurs arrivent à satisfaire la totalité des besoins fourragers de leurs animaux ».
Depuis, les surfaces irriguées consacrées à la production de fourrage ont augmenté. A l’occasion du dernier salon agricole Sipsa 2026, une présentation relative à l’élevage sous pivot a eu lieu. Cependant, ces productions sous irrigation sont loin de suffire pour les élevages de moutons.
Dans la région de la Soummam, les éleveurs laitiers adhérents de la coopérative Vallée Soummam bénéficient d’arrivages réguliers de balles rondes de maïs fourrage en provenance de Menéa.
Une production qui a permis à Ghardaïa de devenir le premier pôle laitier avec autonomie fourragère. En 2015, une étude conclut qu’à Ghardaïa, les résultats étaient « bien meilleurs que ceux obtenus dans les exploitations du nord de l’Algérie ». Un facteur explique cette situation la présence de pivot d’irrigation : « l’affouragement en vert est assuré à longueur d’année ».
Dans la région de Laghouat, en 2020, les universitaires O. Amrani, A.E. Chehma, faisaient état d’une productivité de 604 unités fourragères par hectare et par an sur les zones réhabilitées par les services agricoles à partir d’arbustes fourragers, contre seulement 14 de ces unités au niveau des parcours naturels dégradés. Chacune de ces unités fourragères correspondent à un kilo d’orge. Aussi, concluaient-ils : « À moins de restaurer ou de réhabiliter les parcours steppiques, leur capacité de productivité pastorale sera fortement réduite. »
La perpétuation de prix bas pour le mouton pourrait donc passer par plus de plantations d’arbustes fourragers en zone steppique.