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Algérie – Maroc : l’incident de l’année 2005 qui a refroidi Alger

Algérie – Maroc : l’incident de l’année 2005 qui a refroidi Alger

Le président Bouteflika a adressé, samedi 17 novembre, au roi du Maroc Mohammed VI une lettre de félicitations à l’occasion de la fête de l’indépendance dans son pays, rapporte l’agence de presse officielle marocaine MAP.

Le président de l’Algérie exprime dans son message ses « chaleureuses félicitations et ses meilleurs vœux de bonheur, de santé et de bien-être » au roi Mohammed VI et « réitère sa ferme détermination à consolider les liens de fraternité et de solidarité unissant les deux peuples frères, en faveur de relations bilatérales basées sur le respect mutuel, au service des aspirations à davantage de progrès, de prospérité et de bien-être ».

L’appel de Mohammed VI ignoré

Ce que le président Bouteflika n’évoque cependant pas est l’appel lancé par le roi du Maroc dans son discours à l’occasion du 43e anniversaire de « la Marche verte ». Mohammed VI avait appelé le 6 novembre à la mise en place d’un « mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation » destiné à permettre de régler les différends entre son pays et l’Algérie.

« En vertu de son mandat, ce mécanisme devra s’engager à examiner toutes les questions bilatérales, avec franchise, objectivité, sincérité et bonne foi, sans conditions ni exceptions, selon un agenda ouvert », avait suggéré le chef d’État marocain.

En ne l’évoquant pas dans son message, le président Bouteflika signale ainsi de manière tacite et diplomatique le rejet de l’Algérie de l’initiative de Mohammed VI, confirmant ainsi les déclarations exclusives effectuées sur TSA par une source autorisée qui a qualifié l’appel de « non-événement ».

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« Cette offre douteuse dans sa forme (célébration de la Marche verte) et suspecte de par son contenu (volonté de bilatéraliser la question du Sahara occidental) est un non-événement qui ne mérite pas de réponse formelle », avait déclaré à TSA la source autorisée.

L’Algérie, « échaudée par les précédentes diversions de Mohammed VI et les fausses ouvertures conçues en fonction des échéances », estime ainsi que cet appel n’est pas sincère. Alors que la première série de négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario vont se tenir au début du mois de décembre à Genève (Suisse), l’Algérie semble aussi y voir une volonté marocaine de l’impliquer à part entière dans la question du Sahara occidental.

Les origines de la méfiance

La méfiance du pouvoir algérien vis-à-vis des postures marocaines trouve également racine dans un événement datant de plus de dix ans ayant affecté durablement la vision des dirigeants algériens concernant les dirigeants marocains.

En mars 2005 s’est déroulé à Alger le sommet de la Ligue arabe, auquel a pris part le roi Mohammed VI. La venue du souverain marocain avait marqué le début d’un rapprochement entre l’Algérie et le Maroc, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Abdelaziz Belkhadem, ayant parlé de « dégel » et qualifié la rencontre entre Bouteflika et Mohammed VI de « conviviale ». Le roi marocain était même sorti par voiture dans les rues d’Alger afin de saluer la foule.

Les échanges s’étaient tellement bien déroulés qu’un déplacement du chef du gouvernement de l’époque, Ahmed Ouyahia déjà, avait été fermement programmé pour le mois de juin de la même année. L’idée était de normaliser les relations bilatérales tendues, explique un haut responsable à TSA, qui indique que la visite d’Ouyahia devait notamment être ponctuée par une audience au Palais royal, selon le programme officiel validé par Rabat.

Quelques jours à peine avant la visite prévue, le 16 juin 2005, une dépêche de l’agence officielle MAP citant le ministère des Affaires étrangères marocain affirme que la visite « envisagée s’avère, pour le moment, inopportune ».

« Les prises de position affichées, ces dernières semaines, par les autorités algériennes sont en nette contradiction avec les objectifs de normalisation bilatérale, de rapprochement entre les deux peuples frères et de relance effective de l’Union du Maghreb Arabe », affirme le ministère marocain.

L’annonce provoque la stupéfaction des dirigeants algériens, qui dépêchent l’ambassadeur d’Algérie à Rabat afin de confirmer la dépêche, relate le haut responsable interrogé par TSA. La diplomatie marocaine confirme sans fournir d’explication à cette sortie médiatique, et l’Algérie décide d’annuler la visite.

« C’est une décision politiquement étrange et diplomatiquement maladroite », affirmera quelques jours plus tard Abdelaziz Belkhadem, devenu entre-temps ministre d’État, représentant personnel du président de la République. « Nous ne comprenons pas cette façon de faire de nos frères marocains qui consiste à annuler de façon unilatérale une visite convenue bilatéralement », avait ajouté Belkhadem, faisant remarquer que l’Algérie avait décidé de normaliser les relations bilatérales.

Treize ans plus tard, l’Algérie n’a toujours pas obtenu à ce jour la moindre explication concernant l’annulation de la visite programmée et fixée, affirme notre source, laissant ainsi pour les dirigeants algériens un sentiment de malaise durable quant aux intentions de la partie marocaine.

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