
Face au manque de fourrages, les éleveurs algériens se rabattent sur l’orge et le son de blé.
Les services agricoles ont pris des mesures pour favoriser leur disponibilité et éviter toute spéculation.
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Sur le terrain, ces dispositions sont progressivement mises en œuvre.
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Face à quelques dysfonctionnements les éleveurs n’hésitent pas à protester énergiquement en cette période de soudure.
À Djelfa devant la CCLS locale, ils sont une vingtaine à attendre dans le froid l’ouverture des bureaux.
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Engoncés dans leur kachabiya, ils ont disposé leur carte d’éleveur sur le rebord d’un guichet où un agent doit les enregistrer afin qu’ils puissent prendre livraison d’aliments pour leurs moutons.
Des aliments à prix réglementés
Les dernières mesures ministérielles imposent que le son de blé soit vendu à 2.000 DA le quintal contre auparavant 5.000 DA au marché noir dans les « garages » comme les éleveurs nomment les vendeurs informels de son.
Face à l’incapacité des minoteries à lutter contre la spéculation, c’est l’Office national des aliments du bétail (ONAB)qui a dorénavant la charge de commercialiser le son produit par les minoteries.
Au vu d’une consommation annuelle de 9 millions de tonnes de céréales et avec un taux moyen d’extraction de farine de 75%, les quantités de son de blé sont énormes et attisent toutes les convoitises.
Pour l’heure, ce n’est pas l’attente devant la CCLS de Djelfa qui indispose les éleveurs mais une pratique frauduleuse que dénonce l’un d’entre eux.
Particulièrement mécontent, il confie à la chaîne Web La Patrie News : «
Je suis agriculteur depuis 14 ans. L’agent de la CCLS nous dit d’attendre alors qu’on voit bien qu’il fait passer avant nous ses proches : son ami, son frère et son cousin ».
Il réclame qu’une commission « vienne sur place afin de vérifier ceux qui ont des moutons et ceux qui n’en ont pas. » Il accuse : « il y a des gens qui ne sont pas éleveurs et qui tentent de se procurer des aliments du bétail. »
Mécontent, il poursuit : « On nous livre en janvier l’engrais superphosphate 46% [ce type d’engrais doit être épandu avant le semis], alors qu’à cette époque de l’année on a besoin de l’engrais 15 – 15 .On ne comprend pas avec eux [ la CCLS ]. On en a marre. »
De nouvelles mesures contre la spéculation
A Sétif, un responsable local de l’ONAB confiait ces jours-ci à Ennahar TV que les installations de l’office travaillaient 7 jours sur 7 pour répondre à la demande des éleveurs.
L’ONAB a commencé à commercialiser du son de blé en sac.
La demande est très importante en cette période hivernale qui correspond à la naissance des agneaux.
A Aïn Bessam (Bouira) l’unité de l’ONAB commercialise jusqu’à 2 2.000 quintaux de son par jour.
Hichem, le responsable des ventes confie à Dounia TV comment sont mises en œuvre les nouvelles mesures ministérielles.
Il indique que la wilaya a ouvert plusieurs points de vente.
Des éleveurs témoignent que dans certaines wilayas ils ont à parcourir 120 km pour s’approvisionner.
À Aïn Bessam, Houda Djaffri, journaliste de Dounia TV et docteur vétérinaire aborde la question des tensions qui subsistent au niveau de certaines régions quant à l’application des nouvelles mesures.
De façon très pédagogique, Hicham explique que cela peut venir de l’organisation spécifique à chaque centre ou d’agriculteurs ne disposant pas de carte d’éleveur.
Il explique : « on demande systématiquement la présentation de la carte qui elle seule prouve la qualité d’éleveur. »
Une carte délivrée par les Chambres d’agriculture sur attestation des services vétérinaires.
Il insiste sur le fait que la récente circulaire ministérielle stipule que la vente d’aliments à prix subventionnés n’est possible qu’aux possesseurs de cette carte.
Dressant un premier bilan, il ajoute : « Ces dispositions nous servent beaucoup et les agriculteurs sont satisfaits. Sans justificatif, on ne délivre pas d’aliments pour ovins ou bovins, à l’exception des aliments pour volailles ».
Une vente selon des quotas définis pour ovins et bovins et qui est censée éviter tout passe-droit.
À l’autre extrémité du hangar, Hichem désigne des sacs de grande taille en papier kraft et souligne qu’il s’agit d’aliment pour bétail « vendu à 3150 DA le quintal sur lequel il est prélevé 3% soit un prix final de 3300 DA. »
Un manque structurel de fourrage
De nombreux éleveurs se félicitent des nouvelles mesures ministérielles qui leur permettent d’acquérir du son de blé en dehors de toute spéculation.
Le défi est de taille car le son de blé est un produit volumineux et il s’agit que l’ONAB étoffe son circuit de distribution face à cette nouvelle fonction qui incombait auparavant à des centaines de minoteries réparties pratiquement sur tout le territoire national.
Dans plusieurs wilayas, la concertation entre autorités et éleveurs à travers les organisations les représentant permet de trouver des solutions.
L’ONAB communique abondamment pour préciser que ses installations restent ouvertes 7 jours par semaine.
Cependant, là où les points de vente tardent à être ouverts, des éleveurs évoquent des hausses jusqu’à 6 000 Da du quintal de son.
À Zmalet El Emir Abdelkader (Tiaret), la chaîne Hidhab News a recueilli ces jours-ci des témoignages selon lesquels les éleveurs ne trouvent plus de son et que « les troupeaux vont dépérir ».
Sur la même chaîne, Bouhih Miloud, le délégué de l’UNPA au niveau wilaya, suggère que « l’ONAB utilise les structures des CCLS afin d’ouvrir un maximum de de points de vente et que les forces de l’ordre soient présentes afin d’éviter tout débordement. »
Cette réorganisation salutaire intervient dans un contexte particulier : un manque de fourrage lié à l’insuffisance de pluie et de plantations d’arbustes fourragers au niveau des parcours steppiques.
Un manque d’autant plus délicat qu’il intervient en période d’agnelage ce qui explique l’extrême préoccupation des éleveurs.