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« Avant, on importait des médicaments dont on n’avait pas besoin en officine »

« Avant, on importait des médicaments dont on n’avait pas besoin en officine »

Dr Toufik Bentouila, président du Syndicat national des pharmaciens algériens agréés (SNPAA).

Le président du Syndicat national des pharmaciens algériens agréés (SNPAA), Dr Toufik Bentouila, accueille favorablement le projet de transfert de l’Agence algérienne du médicament (ANPP) du ministère de la Santé à celui de l’Industrie pharmaceutique nouvellement créé. ENTRETIEN.

Un projet d’ordonnance relatif au transfert de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) de la tutelle du ministère de la Santé à celle du ministère de l’Industrie pharmaceutique est en préparation. Vous avez salué cette annonce dans une lettre ouverte au président de la République. En quoi ce changement est-il important ?

Dr Toufik Bentouila. En fait, nous ne voyons pas d’inconvénient à ce que l’Agence soit sous la tutelle du ministère de la Santé ou celle du ministère de l’Industrie pharmaceutique. C’est juste une question d’organisation. Nous avons confiance en le gouvernement. Il faut dire que l’ANPP aura quand même une mission lourde, compliquée et très sensible. C’est en quelque sorte le portail du médicament pour toute l’Algérie. Il faut donc qu’il soit bien géré. Avant, les programmes d’importations étaient gérés par la Direction de la Pharmacie du ministère de la Santé. Conséquence, nous avons toujours connu des problèmes de ruptures en médicaments, de même qu’on importait des produits en tonnes alors qu’on n’en avait pas besoin en officines. Aujourd’hui, par la création d’un ministère spécialement dédié – peut-être que l’appellation ‘’industrie’’ ne plaît pas à certains- mais en quelque sorte elle englobe toute l’activité pharmaceutique : industrie, distribution, importation, commercialisation…

Ne pensez-vous pas que certaines prérogatives de l’ANPP dépassent le ministère de l’Industrie pharmaceutique ? En tout cas c’est le reproche que fait le Snapo qui pointe aussi le risque de conflits d’intérêts ?

Là c’est une question de prérogatives. Dans la loi 11/18, l’Agence nationale du médicament est une entité autonome dotée des prérogatives de contrôle du produit médical. Elle s’occupe de l’enregistrement et du plan d’importation des médicaments en général. Cette Agence, qu’elle dépende d’un ministre A ou d’un ministre B, reste toujours sous la tutelle d’un ministère. Sous la tutelle du ministre de l’Industrie pharmaceutique ou de celle du ministre de la Santé, personnellement je n’y vois aucun problème. Peut-être que le mot ‘’industrie’’ ne plaît pas à certains. On pouvait par exemple créer un ‘’ministère de la Pharmacie’’ qui s’occupe du médicament dans son volet économique (industrie, importation, distribution…). Le président de la République a vu qu’il est nécessaire de gérer ce problème de façon logique. Pendant longtemps, l’importation, la production, la distribution et l’enregistrement du médicament étaient gérés par le ministère de la Santé. Conséquence, on a toujours eu les mêmes problèmes de pénurie, etc.

En transférant ces missions au ministère de l’Industrie pharmaceutique, pensez-vous que cela va changer quelque chose au secteur ?

Ça pourrait changer énormément de choses. On peut contrôler maintenant les programmes d’importation.  Avant, l’importation était gérée par la Direction générale de la pharmacie sous tutelle du ministère de Santé lequel était dépassé par d’autres missions (réforme hospitalière, politique nationale de la santé), et ces jours-ci le département est dépassé par la pandémie de Covid-19. Par conséquent, si on donne à un ministère la mission de s’occuper uniquement du volet médicament, cela va nous épargner du temps. On va aussi rationaliser les dépenses. Si on a besoin de 500 000 boîtes d’un tel produit par exemple c’est 500 000. L’importation et la production de médicaments doivent se faire en fonction des besoins du pharmacien d’officine.

Certains de vos collègues estiment que ce projet d’ordonnance a été fait dans l’urgence et dans le secret. Quel est votre avis ? Avez-vous été consultés dans cette démarche ?

Il y a des gens qui veulent contrôler l’ANPP. Et celui qui contrôle l’Agence contrôlera les programmes d’importation. En ce qui nous concerne, nous pensons que c’est l’État qui doit contrôler l’Agence.

Mais en parlant de l’État, qu’on parle du ministère de la Santé ou du ministère de l’Industrie pharmaceutique, les deux représentent l’État ?

En fait, l’État a voulu que ce dossier du médicament soit traité par un ministère à part entière créé à cette fin. Nous sommes en plein Covid, il y a des problèmes de dépistages, de saturation des hôpitaux, de pénurie des oxymètres, d’oxygène, il y a des décès… C’est un travail colossal pour le ministre de la Santé. Maintenant, on verra ce que donnera comme résultat la gestion de ce dossier par le ministère de l’Industrie pharmaceutique. Pourquoi anticiper dès maintenant ? Dans une année on verra si la pénurie de médicaments disparaît et si on en arrive à ne plus détruire ces tonnes de médicaments non thérapeutiques qui sont sur nos étagères… On a vécu la gestion du médicament sous la tutelle du ministère de la Santé, on veut vivre cette expérience avec le ministère de l’Industrie pharmaceutique, et s’il n’y a pas de résultats, avec la subsistance des mêmes problèmes, on va changer.

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