Société

BAC : « L’élève est éduqué dans un environnement de triche »

Le coup d’envoi des épreuves du baccalauréat session 2019 a été donné ce dimanche avec l’épreuve de langue arabe. Le ministre de l’Éducation, Abdelhakim Belabed, s’est félicité à l’occasion d’une sortie sur le terrain, des « excellentes conditions » dans lesquelles a eu lieu cette première journée du Bac tout en assurant avoir été destinataire de « signaux positifs » des différentes régions du pays quant au bon déroulement de l’examen.

Par la même occasion, le premier responsable du secteur a rassuré sur les « bonnes conditions » du déroulement de l’examen du BAC dans la wilaya d’Illizi victime, ces dernières semaines, d’inondations. « Les centres n’ont pas été affectés par les dernières inondations » a ainsi assuré Belabed lors d’une visite dans un centre d’examen dans la localité de Rouiba (Est d’Alger), rapporte l’agence officielle.

Cependant, des syndicalistes du secteur de l’Éducation nationale déplorent l’absence de moyens de climatisation dans certaines wilayas du Sud, surtout en ces temps de grande chaleur éprouvante pour les candidats.

Pour cette première journée, les avis convergent vers un même constat : l’épreuve de langue arabe est jugée abordable tant par les candidats que par les enseignants. « Le sujet de langue arabe a été facile et à la portée des candidats », signale d’emblée Boualem Amoura, président du syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), joint cet après-midi par téléphone. Il assure n’avoir pas observé de fuite de sujet sur les réseaux sociaux du fait que « l’ensemble du réseau Internet a été coupé pour prévenir toute tentative de triche ».

Les fuites massives des sujets du baccalauréat session 2016 marquent toujours les esprits. Cela n’a pas empêché certains téméraires à tenter de briser ce blocage. « On m’a informé qu’il y a une application qui a été créée par des élèves ‘’koul chai’a 3an el BAC (Tout sur le BAC) et qui ont tenté de partager le sujet de l’épreuve d’arabe », confie M. Amoura relevant que globalement « il n’y a pas eu d’incident significatif à signaler ».

À noter que le coup d’envoi du baccalauréat est marqué par une forte perturbation d’Internet avec le blocage de plusieurs plateformes à l’instar de Facebook et Viber . Le président du Satef juge « malheureux d’arriver à une telle situation », appelant à faire un travail de sensibilisation auprès des parents « qui mettent la pression sur les enseignants allant jusqu’à leur demander de gonfler les notes de leurs enfants ».

« Malheureusement, les parents veulent que leurs enfants obtiennent le Bac à tout prix même avec une moyenne de 10/20. Avec une telle moyenne quel profil de diplômé obtiendriez-vous ?» s’interroge-t-il.

Boualem Amoura enchaîne en appelant à une « refonte radicale du système éducatif algérien », un chantier « pharaonique », selon lui. Poursuivant, il propose entre autres mesures de revoir l’organisation du Bac en écourtant la durée des épreuves à moins de 5 jours comme c’est le cas des filières scientifiques et techniques. « Vous rendez-vous compte, se sont 5 jours de stress ? C’est pour cette raison que les candidats tentent de tricher », estime M. Amoura.

De son côté, le coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest), Meziane Meriane qualifie quant à lui de « draconiennes » les mesures de sécurisation des épreuves du baccalauréat, suggérant de faire un travail de sensibilisation à l’endroit des élèves « afin de ne plus penser à la triche ».

Celle-ci, estime-t-il, est devenue « un phénomène sociétal », attirant l’attention sur le fait que « l’élève est éduqué dans un environnement de triche ». « Je crois qu’il faut arriver à un stade où il faut travailler pour réussir, que pour réussir il faut fournir un effort. Il y a lieu de rendre sa valeur au travail. Les élèves doivent être éduqués sur la valeur du travail », soutient-il. « Où va l’Algérie avec la triche ? » interroge-t-il.

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