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« Boumediène ? Je l’ai dans ma poche ! »

« Boumediène ? Je l’ai dans ma poche ! »

Chronique livresque. Dans son ouvrage « AbdelNasser et la Révolution algérienne »*, Fathi Al Dib apporte un témoignage de première main sur la révolution algérienne et ses chefs, témoignage d’autant plus précieux que l’auteur n’était rien moins que le patron des services égyptiens, mais aussi un intime de Nasser.

Dans cette chronique, nous allons prendre une séquence importante, celle du coup d’Etat du 19 juin 1965, vu côté égyptien. Un coup que Ben Bella n’avait pas vu venir en dépit des avertissements d’Al Dib. C’est vrai que le défunt président était, selon les témoignages de ses proches, têtu comme une mule, versatile et capricieux comme un enfant gâté, mais aussi généreux que courageux.

Quand Ben Bella faisait confiance à Boumediène

Pour Al Dib, Boumediène préparait son accession à la présidence dès l’instant où il s’était allié à Ben Bella pour le pousser vers le pouvoir suprême. Lequel Ben Bella, en échange, lui avait accordé sa confiance pour réorganiser l’armée avec « la mise en place d’éléments fidèles et sûrs, provenant des cadres algériens de l’armée française ; par exemple Chabou, Soliman, Offman et Zargini ». Remarque : Soliman et Offman ne sont qu’une seule et même personne : Slimane Hoffman et Zargini n’est autre que Zerguini.

Al Dib ajoutera, un peu plus loin, que la politique de réconciliation de Ben Bella avec Ait Ahmed et les insurgés de 1963, lui avait valu la jalousie et l’inimité de Boumediène qui l’accusait d’autoritarisme parce qu’il ne l’avait pas consulté sur un certain nombre de points. L’autoritaire Boumediène accusant Ben Bella d’autoritarisme, on aura tout vu.

Dans la foulée, le même auteur précisera que la nomination de Tahar Zbiri comme chef d’état-major, pendant l’absence de Boumediène au Caire et l’éloignement de Medeghri du ministère de l’Intérieur ont été considérés par Boumediène comme un défi. Défi n’est pas le mot, plutôt affront derrière lequel se profile un limogeage. Boumediène savait lire les signes. Mais aussi récupérer les hommes. A ce titre, Al Dib précisera que Boumediène avait su réagir en gagnant la confiance de Zbiri, le fier et intrépide colonel.

Quand le bourreau devient victime

Al Dib dira que l’éventualité d’un coup d’Etat contre Ben Bella était telle que des amis de ce dernier étaient venus le voir pour qu’il intervienne auprès de lui pour lui faire admettre la gravité de la situation.

Écoutons-le : « Nasser m’a demandé de me rendre à Alger pour mettre Ben Bella au courant de ce qui se préparait contre lui et voir avec lui ce qu’il nous était possible de faire pour assurer sa protection. Je suis donc allé à Alger à la mi-mai 1965 et là j’ai rencontré Ben Bella dans sa modeste demeure. Après six heures de discussion, il m’a dit qu’il ne fallait pas nous inquiéter outre mesure car il avait Boumediène « dans sa poche. » Il m’a demandé de rassurer Nasser et de lui dire qu’il l’attendait pour le Congrès afro-asiatique ».

Arrêtons-nous à cette phrase : « Il avait Boumdiène dans sa poche. » C’est tout Ben Bella, du pur Ben Bella, mélange d’arrogance, d’aveuglement et de surdité saupoudrée de mégalomanie.

On le voit, si le coup d’Etat fut une surprise pour Ben Bella, il ne le fut guère pour ses amis égyptiens qui perdaient ainsi leur plus précieux allié en Algérie.

Dépité, désabusé, Al Dib raconte l’arrestation de Ben Bella qu’il fige pour l’histoire dans une posture de héros républicain : « Le 19 juin à 20 heures, la garde de la résidence de Ben Bella avait été changée et la relève effectuée par des militaires qui avaient pris l’uniforme de la garde nationale (…) Trois officiers supérieurs avaient été chargés d’arrêter Ben Bella : Tahar Zoubeiri (Zbiri), le colonel Abbes (en fait Ahmed Draia) et le commandant Said Oubeid (Abid). Ils étaient montés au 6e étage de l’immeuble et avaient arrêtés Ben Bella qui sortait de sa chambre en lui annonçant qu’un nouveau Conseil révolutionnaire était constitué et qui avait décidé de le destituer. Ben Bella était resté très calme et leur avait dit que cet acte était perpétré contre l’intérêt du peuple algérien et qu’ils en portaient la responsabilité ».

Tahar Zbiri ne raconte rien de tel. Il montre un Ben Bella soumis à la fatalité, mais aussi serein comme il sied au président de la République qu’il était. En fait, Ben Bella a eu le sort de sa victime le président du GPRA Benkhedda. Comme quoi l’histoire nous rattrape toujours même si on a de grandes jambes.


*Fathi Al Dib
AbdelNaasser et la Révolution algérienne
L’harmattan

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