
Le célèbre fabricant d’électroménager Brandt a été mis en liquidation par la justice française jeudi 11 décembre. La marque a été rachetée en 2014 par le groupe privé algérien Cevital.
La nouvelle de la disparition de Brandt est vécue comme un choc en France. Ce sont 700 emplois qui ont été perdus et le dernier fabricant français de gros électroménager qui ferme. Qui est responsable de cette issue ?
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Le groupe Cevital semble hors de cause à en croire la justice française et les analystes qui se penchent sur le sujet. Ceux-ci invitent à voir du côté de l’écosystème Industriel français et de l’environnement international, notamment la concurrence féroce imposée par les géants chinois de l’électroménager comme Hisense, TCL ou Haier.
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Sur BFMTV, l’économiste Christian Saint-Étienne, auteur de « Trump et nous : Comment sauver la France et l’Europe ? », a cité le jugement du tribunal de Nanterre qui a reconnu que l’actionnaire a apporté 420 millions d’euros ces dernières années.
« Pour une fois, on ne peut pas dire que l’actionnaire n’a pas fait son travail », a dit l’économiste. « Il y avait vraisemblablement un problème de taille critique. Les erreurs qui amènent à la faillite d’aujourd’hui ont vraisemblablement été mises en œuvre il y a longtemps », a-t-il analysé.
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L’économiste Anne-Sophie Alsif, du cabinet BDO France, estime qu’une telle situation était prévisible il y a 20 ans, depuis que la Chine a rejoint l’OMC.
« On savait que, sur ce type de secteur, stratégique, concurrentiel, où le coût de la main d’œuvre et de la fabrication joue énormément, qu’on allait avoir une compétition excessivement importante », dit-elle, rejetant la faute sur la France qui n’a pas mis en place un plan industriel à long terme.
« À chaque fois, on découvre les choses en s’étonnant, alors qu’on est dans une situation de concurrence très agressive ».
La marque Brandt victime de la forte concurrence chinoise
Ludovic Desautez, du journal spécialisé La Tribune, pointe l’échec de la réindustrialisation française « où il n’y a aucune planification ».
« Il y a des domaines sur lesquels on peut investir des milliards, on restera malgré tout dans des vulnérabilités en termes de production, de coût de production ou de valeur ajoutée », dit-il, ajoutant que Brandt « est aussi pris par une affaire beaucoup plus grosse qui est la faillite du marché de l’immobilier tout court, parce que l’électroménager vit au rythme de l’immobilier ».
L’entreprise française n’a pas survécu à la forte concurrence de l’électroménager chinois.
Avec des coûts de production très bas et une maîtrise des chaînes de production et des composants clés, la Chine domine aujourd’hui 50 à 60 % du marché mondial de l’électroménager. À tel point que même les géants mondiaux, tels Samsung ou Whirlpool, dépendent largement de la production en Chine.
Les standards en France ne permettent pas de suivre le rythme imposé par les Chinois. Cela est illustré par le sort différent des usines Brandt de France et celle de la même marque que Cevital a ouvert en Algérie après le rachat de la marque. La grande usine de Brandt à Sétif produit 8 millions d’appareils chaque année et emploie 4.000 personnes.
Échec de la politique de colocalisation
Le groupe Cevital a néanmoins compris que les Chinois sont devenus incontournables sur le marché mondial de l’électroménager.
En octobre dernier, le groupe algérien a scellé, à travers sa filiale Samha Home Appliance, un partenariat stratégique avec le géant chinois Haier pour la production d’appareils électroménagers de la marque chinoise à l’usine Brandt de Sétif.
La disparition de Brandt en France marque aussi l’échec de la politique de colocalisation lancée par l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg (mai 2012-août 2014) et qui a permis à Cevital d’acquérir Brandt, une première pour un groupe privé algérien à l’international.