
Dans cet entretien, Michel Bisac, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie algéro-française (CCIAF) évoque la situation actuelle des entreprises françaises en Algérie, des nouvelles entreprises hexagonales qui prospectent le marché algérien malgré la crise entre Alger et Paris. Il évoque aussi le dégel qui se profile à l’horizon entre l’Algérie et la France.
Michel Bisac explique aussi les raisons de la baisse des exportations françaises vers l’Algérie. Il évoque aussi le rôle de certains médias français dans l’acharnement contre l’Algérie et les Algériens en France.
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Quelle est la situation générale des entreprises françaises en Algérie, actuellement ?
Actuellement les entreprises françaises sont très heureuses de l’orientation que prennent les relations de nos deux pays, car nous venons de vivre deux années extrêmement difficiles, et aujourd’hui, ce que nous attendons c’est cette amélioration que nous sentons venir, que nous avons vu d’abord par des signaux faibles, puis par des signaux très forts.
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Nous attendons une reprise des relations, et surtout à notre niveau, des relations économiques mais nous savons que cela passe d’abord par la relation politique. En attendant, nous patientons et nous sommes pleins d’espoir.
La visite prochaine du ministre de l’Intérieur français, Laurent Nuñez, en Algérie apaisera-t-elle les relations franco-algériennes ?
Il semblerait que le ministre de l’Intérieur français ait été invité par son homologue algérien. Je pense que c’est un signe de rapprochement et je pense effectivement que cette visite qui est annoncée pour le mois de décembre devrait nous permettre de renouer des relations, surtout au niveau économique.
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La méthode musclée de l’ancien ministre de l’Intérieur français Bruno Retailleau a aggravé les tensions entre les deux pays, pourquoi à votre avis ?
Je crois que les médias français ont un peu retourné les cerveaux des Français parce qu’aujourd’hui on ne sait plus évoquer d’Algérie et des Algériens sans parler d’OQTF et des voyous.
Or il y environ près cinq millions d’Algériens qui sont installés en France, qui travaillent, qui sont avocats, médecins, chauffeurs de bus etc, et qui sont en situation régulière.
On ne peut pas rabaisser une population au niveau d’OQTF, de voyous et de problèmes d’immigration. Je pense que cette méthode-là a fait que dans l’esprit des Français on a mis trop en avant ces problèmes avec l’Algérie et que malheureusement aujourd’hui, on ne parle plus que de ça.
Il est temps qu’on revienne à une relation beaucoup plus apaisée et qu’en France on se rende compte que ces Algériens établis en Algérie ou en France travaillent pour qu’on puisse avancer, ensemble, la main dans la main.
Nous sommes des pays extrêmement proches, des pays frères. Il n’y pas de raison qu’on continue ainsi. La méthode musclée n’a servi à rien. Nous avons toujours, avec le ministère des Affaires étrangères français et notre ambassadeur à Alger, travaillé avec la même politique qui est la main tendue et on a gardé de bonnes relations avec l’Algérie.
En dépit des turbulences entre l’Algérie et la France, de nombreuses entreprises françaises projettent de s’installer en Algérie. Pouvez-vous nous en parler ?
Depuis le 1er janvier 2025 à ce jour, nous avons accompagné 52 entreprises françaises dans leurs démarches de développement en Algérie.
Je rappelle que le rôle de la Chambre de Commerce et d’Industrie algéro-française c’est de tenir les entreprises informées de l’évolution de la réglementation, de leur montrer que ce pays est certes compliqué mais qu’il recèle d’immenses possibilités.
Lorsque c’est simple, tout le monde vient et la concurrence est sévère. L’Algérie est un pays plein d’avenir et nous allons continuer notre travail dans ce sens.
Je vous donne quelques exemples d’entreprises qui sont déplacées en Algérie lors de différentes rencontres : 18 entreprises françaises spécialisées dans l’industrie pharmaceutiques et des équipements et dispositifs médicaux, à l’instar de l’entreprise Nemera, Aptar et le Cluster French Healthcare qui regroupe 300 entreprises française du secteur.
Lors d’un évènement autour des mines et carrières, 10 entreprises françaises se sont déplacées en Algérie comme Lessine ou Hamzag France.
Nous avons également organisé les Journées de l’Industrie auxquelles ont participé 18 entreprises françaises. Je peux citer le cluster Evolen spécialisé dans l’énergie, Polyna dans la plasturgie, le réseau Mesure…
Plus de 150 entreprises algériennes sont venues pour rencontrer en B2B les entreprises françaises présentes. En mission individuelle, 5 entreprises se sont déplacées en Algérie à l’instar de Durand Structure, Xena Sécurité, Projagro, Cambrex et Conforma. Toutes ces entreprises travaillent sur leur implantation en Algérie et nous les accompagnons dans cette démarche.
Combien y a- t-il d’entreprises françaises implantées en Algérie ?
Pour le moment, nous en tant que membre de la CCI, nous avons 350 entreprises. On estime le nombre d’entreprises françaises implantées en Algérie entre 400 et 450.
Pour mémoire, notre chambre compte 2840 adhérents à jour de cotisation, donc si vous enlevez les 350, le reste des entreprises sont des entreprises algériennes ; c’est pour cela que nous sommes algéro-francais.
Comment expliquez-vous la baisse des exportations française vers l’Algérie ?
A mon avis, la baisse des exportations françaises est moins forte que celle que l’on aurait pu craindre. Je rappelle que lorsqu’il y a eu des problèmes avec l’Espagne, ça a été brutal, et toute relation entre l’Algérie et ce pays s’est arrêtée du jour au lendemain.
Nous ne nous n’avons pas le même cas de figure. A mon sens, si on a eu une baisse de 12%, – ce sont les chiffres des Douanes françaises sur le premier semestre 2025- , elle est due essentiellement à l’arrêt des importations algériennes de blé français. Il y a eu une ouverture de l’Algérie sur les blés russes et ukrainiens.
Par ailleurs, on a enregistré une baisse des importations dans le domaine de l’élevage à cause de problèmes sanitaires. Cela a été compensé par l’importation des pièces automobiles. Par conséquent, la baisse des importations algériennes de France n’a pas été aussi importante que cela.
Malgré la crise, les entreprises françaises ont continué à investir. Vous avez des entreprises comme Danone, Bel, Société Générale qui ont continué à investir des dizaines de millions d’euros en Algérie.
La relation entre la France et l’Algérie s’inscrit dans la durée. Ce n’est pas une relation d’opportunité. Les entreprises françaises qui sont installées en Algérie le sont durablement. Elles ont investi dans ce sens et ont continué à travailler pendant la crise et bien sûr, elles sont heureuses de voir cette crise, je l’espère de disparaître et retrouver une relation apaisée.