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Comment la dévaluation du dinar a ramené l’allocation touristique à un niveau ridicule

Cela frise le ridicule. Cet été, le touriste algérien qui se rendra à l’étranger pour passer quelques jours de vacances doit se contenter d’une maigre allocation touristique qui ne dépasse guère les 100 euros. Une misère qui s’est vue tronquée de 50 euros en deux à peine ! « À 150 euros, l’allocation touristique est insignifiante. À 100 euros, elle est ridicule », commente Said Boukhelifa, président du Syndicat national des agences de voyages (SNAV).

Pour justifier cette baisse, le Gouverneur de la banque d’Algérie Mohamed Loukal a invoqué, devant les députés, la conjoncture économique difficile que traverse le pays. « Il n’est pas question d’alimenter les économies étrangères (des pays destinataires des touristes algériens) alors que l’économie nationale a le plus besoin de ces devises », avait-il justifié mi-avril 2017, au Conseil de la Nation, le refus de l’État à augmenter l’allocation touristique, avant de revenir à la charge mi-février dernier, avec un peu plus d’explications.

« L’Algérie comptait actuellement 10 millions de passeports biométriques et enregistrait un engouement croissant chaque année pour le tourisme à l’étranger, en contrepartie d’une érosion des réserves de change, établies fin 2017 à 97,3 milliards USD (…). Nous ne pouvons pas, dans ces conditions, mobiliser près de 5 milliards USD pour augmenter l’allocation touristique (…) même si l’on sait que 130 euros comme allocation touristique n’est pas suffisante », a-t-il argumenté.

Insuffisante ? Plutôt insignifiante. Elle permettra à peine au touriste algérien de séjourner une journée au plus à l’étranger, lui qui a besoin, estime M. Boukhelifa, d’au moins 80 euros quotidiennement pour passer des vacances correctes et se reposer. Aussi, l’Algérien qui se rendra en Tunisie, en voyage organisé, déboursera de 500 à 700 euros pour un séjour d’une semaine.

Parce que la valeur du dinar a dégringolé, les pouvoirs publics n’ont rien trouvé de mieux que de réduire de plus de 30% cette cagnotte en devises déjà bien famélique. Autrement dit, c’est, encore une fois, au citoyen lambda de faire face aux contrecoups d’une gestion économique du pays à laquelle il n’a jamais été associé. Pourtant, l’Algérie n’est pas le seul pays à être confronté à la crise économique et des pays autrement moins lotis n’ont pas jugé utile de faire preuve de tant d’”épargne”.

Petite comparaison avec nos voisins : le Libyen a droit, avant la crise sécuritaire, à une cagnotte en devise de 5000 euros chaque année, le Marocain à 4000 euros qu’il peut cumuler en 2 ans et le Tunisien à 3000 euros. La Tunisie et le Maroc sont-ils plus aisés que l’Algérie qui passe pour être l’un des plus riches pays d’Afrique ? Bien sûr que non. Jugez-en : les réserves de change de la Tunisie, établies à février 2018, sont de 11,56 milliards de dinars tunisiens (4,82 milliards de dollars), soit moins de 03 mois d’importations, et celles du Maroc se chiffrent à 241,5 milliards de dirhams, soit 25,3 milliards de dollars, en janvier 2018 alors que celles de l’Algérie se chiffrent à 97,3 milliards de dollars à fin 2017. Autrement dit, l’État algérien dispose de plus de moyens que le Maroc et la Tunisie réunis pour traiter avec plus d’égards ses administrés.

Question : où les touristes algériens se procurent-ils de la devise pour se permettre des séjours de plusieurs jours à l’étranger ? Dans le circuit parallèle bien sûr, où un euro est échangé à plus de 210 dinars. Ce même marché que les pouvoirs publics disent vouloir assécher et se trouve ainsi assuré d’une clientèle forte de plus de 4 millions d’acheteurs potentiels. Drôle de paradoxe !

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