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Comment les résidents ont bravé une nouvelle fois l’interdiction de manifester à Alger

Les médecins, dentistes et pharmaciens résidents qui poursuivent leur mouvement de protestation depuis près de cinq mois ont réussi, une nouvelle fois, à se rassembler dans la capitale, ce mardi 24 avril.

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Le lieu, la date et l’heure du rassemblement ont été gardés secrets jusqu’à la dernière minute. Même les résidents qui devaient y prendre part n’en ont été informés qu’à la veille de l’action. Le secret a été tellement bien gardé par les organisateurs qu’aucun média n’a été informé à l’avance et aucun n’était présent au début du sit-in.

Lorsque, quelques minutes après 13h00, le feu vert a été donné pour commencer l’action, un signal convenu à l’avance entre les résidents et connu d’eux seulement, plusieurs centaines de manifestants, arrivés discrètement sur place quelques minutes auparavant, en empruntant diverses voies d’accès au lieu du rassemblement, se sont ruées sur la place de l’Émir Abdelkader, dans le centre de la capitale, réussissant à prendre de vitesse les policiers déployés dans le périmètre dès le milieu de la matinée.

Agglutinés autour du piédestal de la statue de l’Émir, les résidents ont scandé leurs slogans habituels. « Fierté, dignité, solidarité », « Résidents en colère » ou encore, « yala laâr, wizara bila qarar » (quelle honte ! un ministère sans pouvoir décisionnel ! », ont troublé la quiétude de la rue Larbi Ben Mhidi, attirant l’attention des badauds qui se sont rapidement rassemblés autour de la place pour observer le sit-in.

Encerclés par un cordon de policiers, les résidents n’ont pu maintenir leur rassemblement que pendant quelques minutes, avant d’être dispersés et appréhendés et que plusieurs dizaines d’entre eux ne soient embarqués dans des fourgons de police pour être convoyés vers divers commissariats de la capitale et de sa périphérie.

L’intervention des policiers, qualifiés par plusieurs résidents de « très violente », a semé la panique parmi les manifestants et causé plusieurs blessés, dont des fractures et des entorses, selon le Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra), organisateur de la manifestation.

Un petit groupe de manifestants ayant échappé aux arrestations a pu marcher jusqu’au siège de l’Assemblée populaire nationale, où ils ont scandé leurs slogans et tenu un rassemblement avant d’être à nouveau dispersés par les forces de l’ordre.

Les membres du collectif qui n’ont pas été appréhendés ont immédiatement réagi aux arrestations et ont appelé les résidents à se rassembler au CHU Mustapha Pacha dès 14h00, afin de réclamer la libération de tous leurs collègues. Un appel auquel plusieurs centaines de résidents ont répondu favorablement en se rassemblant à l’intérieur du CHU, en face du portail principal de l’établissement, derrière lequel était déployé un important dispositif policier.

Ce n’est que durant le rassemblement du CHU Mustapha Pacha que la situation a commencé à se décanter et que le bilan a commencé à être dressé. Plusieurs cas de fractures, dont une fracture de côtes d’un médecin résident, ont été signalés ainsi que plusieurs entorses provoqués à l’évacuation violente de la place.

Pendant le rassemblement au CHU de Mustapha Pacha, les résidents ont exprimé unanimement leur satisfaction de leur action du jour. Ils étaient nombreux à signaler que c’était leur « deuxième réussite », rappelant leur rassemblement précédent à Alger.

Les résidents appréhendés ont été retenus plusieurs heures dans divers commissariats de la périphérie de la capitale avant d’être relâchés vers la fin de l’après-midi. La plupart d’entre eux ont alors rejoint le rassemblement du CHU Mustapha alors que d’autres étaient emmenés par leurs camarades vers le service des urgences du CHU pour panser leurs blessures, passer des examens et des radios.

Avec l’arrivée des « libérés » à Mustapha, le bilan qu’ont fait les résidents de la journée d’action est devenu plus précis : une réussite sur tous les plans. Les médecins grévistes sont unanimes, même si le sit-in proprement dit n’a duré que quelques minutes, il aura suffi à marquer les esprits et à démontrer leur détermination à poursuivre leur mouvement jusqu’à la satisfaction de leurs revendications.

Les résidents, par leur action de ce mardi continuent à briser le tabou des manifestations dans la capitale, après leur sit-in du 12 février en face de la Grande Poste et près de l’APN. Chose qu’ils sont les seuls à avoir réussie depuis plusieurs années.

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