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Crise France – Algérie : « Le résultat de Bruno Retailleau est désolant »

Yazid Sabeg estime que le président français Emmanuel Macron a les cartes en main pour relancer la relation entre la France et l’Algérie.

Rafik Tadjer
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Après près de 16 mois de crise inédite, l’Algérie et la France sont plus que jamais proches d’une détente. Les signaux d’un début de réchauffements se multiplient.

La libération de Boualem Sansal, qui a bénéficié d’une grâce présidentielle de la part du président Abdelmadjid Tebboune, a accéléré le processus, mais une question se pose.

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En France, avec le poids considérable de l’extrême droite, le président Emmanuel Macron peut-il aller jusqu’au bout dans sa main tendue à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune.

Pour avoir des réponses, TSA a posé trois questions à Yazid Sabeg, ancien commissaire à la diversité sous Nicolas Sarkozy.

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Le président Macron a-t-il, aujourd’hui, les cartes en main pour relancer la relation franco-algérienne ?

Oui — et il les a toujours eues — mais il lui faut assumer enfin un choix politique clair.

La crise que l’Algérie, sa population et les Franco-Algériens subissent depuis dix-huit mois s’est d’abord nouée côté français : mise en cause publique d’Alger pour sa « mauvaise volonté » à exécuter les OQTF (obligations de quitter le territoire), volonté unilatérale de renégocier la convention de circulation des personnes de 1968 comme s’il ne fallait pas deux parties pour le faire , et surtout prise de contrôle politique et diplomatique du dossier par un ministre de l’Intérieur (Bruno Retailleau) qui a revendiqué un « bras de fer » avec l’Algérie , posture martiale, populaire dans l’opinion, mais destructrice il le savait. 

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Le résultat est désolant : affrontements quasi quotidiens, restrictions accrues à la mobilité des Algériens vers la France, exploitation de faits divers et mise en cause quotidienne ripostes « coup pour coup » de l’Algérie, vote solennel par l’Assemblée nationale dénonçant la convention de 1968, rappel de l’ambassadeur de France à Alger.

Bruno Retailleau s’est au final isolé, n’a rien obtenu de l’Algérie, s’est brouillé avec une partie de l’opinion française ; Boualem Sansal n’a été libéré qu’après une médiation efficace de l’Allemagne, à laquelle l’Algérie a accédé.

Dans cette séquence et, singulièrement, depuis la reconnaissance officielle par Paris de la marocanité du Sahara occidental, le président Macron a tenté de se mettre en retrait de la ligne du ministre sans pouvoir ou vouloir le désavouer publiquement ; il a toutefois maintenu des canaux avec Alger via les services de renseignement.

Les leviers existent donc, à condition de les reprendre au niveau présidentiel et de changer de méthode. Beaucoup ont insisté sur ce point et l’ont dit à Macron. 

Quelles mesures de confiance restent encore possibles après une crise aussi violente, des opinions chauffées à blanc et un climat médiatique ouvertement hostile aux Algériens ?

D’abord, solder les verrous symboliques : le préalable Sansal est franchi ; reste le journaliste, qui doit pouvoir bénéficier d’un geste juridique analogue pour retrouver les siens le plus vite possible.

Ensuite, revenir à la grammaire diplomatique de base dont l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau s’est dangereusement écarté pour traiter cette crise comme une affaire intérieure.

Comme au bon vieux temps. Cela signifie la normalité : fin des injonctions publiques et des ultimatums, traitement des cas sensibles par les voies de droit, courtoisie des canaux.

Enfin, reconnaître les torts d’appréciation des deux côtés : la crise a atteint des sommets paroxystiques et immatures relevant davantage de l’improvisation, de l’incompréhension que d’une acrimonie irréductible.

Côté français, le chef de l’État a perdu beaucoup de crédit diplomatique et intérieur; il évolue sous fortes pressions politiques et médiatiques anti-algériennes, entretenues par des milieux pour qui la guerre d’Algérie n’est jamais vraiment close, et pour lesquels tout geste positif de sa part sera vu comme faiblesse ou trahison.

Côté algérien, la fermeté doit s’accompagner d’une disponibilité aux gestes réciproques. Les deux pays ont besoin l’un de l’autre et ils le savent.  

La confiance elle ne se décrète pas : elle se reconstruit par des actes visibles et réciproques (mobilités régularisées, canaux consulaires fluides, cas emblématiques réglés), et par la neutralisation, ensemble, des emballements médiatiques oui mais au profit de faits vérifiables et d’une contradiction loyale. 

Concrètement, quelle condition politique de fond pour une relance durable — au-delà des gestes immédiats et symboliques ?

Dire enfin la vérité et aller au fond des contentieux anciens. La relation ne se réparera pas par des slogans : elle exige une relance globale assortie de gestes réciproques qui soldent définitivement des dossiers très anciens que l’on évite d’affronter de longue date. 

À terme, on n’échappera pas à une révision du traité d’Évian – toujours en vigueur – dont la relecture s’impose si l’on veut sortir des cycles de crispation et redonner de la prévisibilité à une relation qui concerne des millions de vies des deux rives.

Tant que cette rénovation de fond n’est pas engagée, la confiance restera fragile, et chaque polémique médiatique pourra remettre à zéro ce que la diplomatie aura patiemment reconstruit. 

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