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Des dobermans du FLN aux chaînes de fer de l’APN : chronique d’une violence politique ordinaire

Des dobermans du FLN aux chaînes de fer de l’APN : chronique d’une violence politique ordinaire

Mardi 16 octobre, des députés de l’APN, issus des partis majoritaires, observent un sit-in devant l’entrée principale du siège de l’institution qu’ils ont pris le soin de cadenasser à l’aide de grosses chaînes de fer. Objectif assumé : empêcher le président contesté, Saïd Bouhadja, d’accéder à son bureau pour pouvoir ensuite prononcer la vacance du poste.

À court d’arguments légaux, les contestataires n’ont donc que le coup de force comme alternative, un procédé auquel on a eu recours à chaque fois que le système a souhaité se débarrasser d’un responsable qui s’accroche un peu trop à son poste car ayant la légalité de son côté. Le procédé est éculé : un mouvement de redressement, des actes de violence si nécessaire et une action en justice qui finit toujours par légaliser le fait accompli.

Le système avait eu affaire à un tel os au milieu des années 1990 lorsque le secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri, avait arrimé le parti à un projet politique aux antipodes de celui du pouvoir du moment. Mais on était à une époque où on se souciait encore des formes et l’affaire est réglée en douce grâce à un « coup d’État scientifique » peaufiné et exécuté par Boualem Benhamouda. Mais la force physique dans le règlement des litiges politiques ne tardera pas à être banalisée.

En 2003, Ali Benflis, alors chef du gouvernement et secrétaire général du FLN, est soupçonné de viser plus haut. Il comptait se présenter à l’élection présidentielle de 2004 contre la président Bouteflika. Son éjection du gouvernement était une simple formalité, mais pour le priver de la terrible machine électorale du FLN, c’était un peu plus compliqué. D’autant plus compliqué que Benflis avait le soutien de tous les opportunistes du parti qui croyaient que l’homme avait réellement le soutien de l’institution militaire. La preuve, le VIIIe congrès tenu en mars l’avait plébiscité.

Après avoir tenté en vain de rallier les députés de l’APN restés fidèles à Benflis, le clan présidentiel avait opté pour la manière forte. La mission est confiée à Abdelkader Hadjar. Alors ambassadeur d’Algérie en Iran, Hadjar est rappelé en « congé spécial » à Alger pour chapeauter l’opération ultime : l’assaut contre les mouhafadha du parti dans plusieurs wilayas. Les images des chiens dobermans utilisés par les assaillants resteront gravées dans les mémoires. La suite est plus simple : une décision de justice, rendue la nuit, invalidera les résultats du dernier congrès et Benflis sera contraint de se présenter à l’élection sans la couverture du FLN avec le fiasco que l’on sait.

En 2013, soit à l’approche d’une autre élection présidentielle, la même méthode ou presque sera utilisée pour avoir raison de la ténacité d’un autre chef du FLN, Abdelaziz Belkhadem. Les partisans de ce dernier avaient été empêchés à coup de ceinture par les hommes de main des « redresseurs » d’accéder à l’hôtel Aurassi où devait se tenir une réunion décisive du comité central. Résultat, Belkhadem est destitué et Amar Saâdani plébiscité. Saisi, le Conseil d’État, la plus haute instance administrative, donnera gain de cause aux soutiens de Belkhadem mais verra sa décision annulée par un tribunal de première instance, celui de Bir Mourad Raïs. Abdelaziz Belkhadem, auquel des ambitions « interdites » avaient été prêtées à tort ou à raison, se pliera devant le fait accompli et ne contestera même pas l’oracle présidentiel qui met fin à toutes ses activités au sein de l’État et du parti.

Les coups de force et les mouvements de « redressement » ne sont pas une marque de fabrique du FLN. De nombreux partis politiques en ont connu, parfois avec des actes plus violents et des images plus désolantes.

Au fil des années, le phénomène s’est banalisé pour toucher les associations, les clubs sportifs… Mais nul doute que personne n’imaginait qu’il atteindrait un jour une institution de l’État du rang de l’APN et que des députés puissent avoir recours à la force physique, devant les caméras de télévision, pour empêcher leur président d’accéder à son bureau. Nul doute aussi que, encore une fois, tout le monde finira par se plier au fait accompli, la méthode ayant bien fait ses preuves.


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