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Deux ans après son déclenchement : quel bilan pour le Hirak ?

Deux ans après son déclenchement : quel bilan pour le Hirak ?

Il y a deux ans, le 22 février 2019, débutait le Hirak algérien. C’était un vendredi. L’affirmation peut déplaire car plusieurs villes du pays se disputent le titre de berceau du mouvement.

Bordj Bou Arreridj où des jeunes avaient scandé des slogans anti-cinquième mandat dès le 13 février, Kherrata qui a abrité le 16 la première grande marche populaire avec le même mot d’ordre, ou encore Khenchela où Bouteflika était tombé symboliquement le 19 lorsque son portrait était arraché et piétiné par une foule venue soutenir Rachid Nekkaz, alors candidat à la présidentielle.

Pendant ces événements successifs, des appels anonymes à marcher le vendredi 22 février à travers tout le pays se multipliaient. Le jour J, après la prière hebdomadaire, les Algériens se retrouvent dans la rue à dire leur rejet de l’humiliation qu’on leur proposait : élire pour la cinquième fois un président âgé, malade, qu’ils n’ont pas vu se mettre debout ni prononcer une phrase cohérente depuis six ans.

C’est l’élément détonateur du soulèvement. Les plus avisés l’ont vu venir dès le 9 février lorsque les partis du pouvoir avaient annoncé officiellement la candidature du président impotent.

Mais personne ne pouvait imaginer la déferlante qui va émerveiller le monde entier. Dans l’après-midi du 22, les premiers marcheurs sont vite rejoints par d’autres, jusqu’à ce que les médias en ligne lancent l’incroyable alerte : des dizaines de milliers de manifestants dans les rues d’Alger.

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C’était en effet impensable dans une ville où toute manifestation publique était interdite depuis près de deux décennies. Lors des révoltes du printemps arabe, en 2011, des tentatives de marches avaient été facilement contenues par les policiers, souvent plus nombreux que les marcheurs.

C’est ce que le chef de la police d’alors Abdelghani Hamel, qui sera d’ailleurs emporté par le Hirak avec beaucoup d’autres, appelait la « gestion démocratique des foules ».

Le mur de la peur venait de tomber, le mythe de Bouteflika et du pouvoir inébranlable brisé. Plus rien ne devrait être comme avant. Qu’en est-il deux ans après ce moment historique ?

Deux bilans aux antipodes l’un de l’autre sont dressés. Celui du régime, qui a pu appliquer sa feuille de route contre l’avis de la rue et qui répète que la majorité des revendications sont satisfaites, et celui justement de la rue qui estime que rien n’a bougé, au point de songer à se remettre à bouillonner à l’occasion de ce deuxième anniversaire.

Une étape majeure de l’histoire du pays

Entre les deux, ceux qui reconnaissent que le changement n’a pas eu lieu mais que tout n’est pas à jeter dans les acquis engrangés : Bouteflika a fini par partir au bout de six vendredis de mobilisation, ses principaux soutiens, dont son frère, plusieurs de ses ministres et Premiers ministres, des hommes d’affaires qui lui étaient proches et même des hauts gradés de l’armée sont arrêtés, jugés et emprisonnés, les hégémoniques partis du pouvoir n’ont plus droit de cité.

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Sans trop convaincre, le pouvoir se présente comme étant celui de « l’Algérie nouvelle » qui a rompu avec les « pratiques du passé ». Il va jusqu’à faire sien le Hirak, l’incluant dans la Constitution et lui consacrant une journée nationale, dite celle de la cohésion entre le peuple et son armée.

Si, pour la corruption généralisée sous Bouteflika, personne ne détient la preuve qu’elle sévit toujours, pour le reste, difficile de parler de changement tant la persistance des « pratiques du passé » saute aux yeux avec un champ politique et médiatique fermés et des atteintes aux libertés, de la presse, de réunion, d’expression, de déplacement, d’entraves à l’action politique.

A bien des égards, il y a même régression sur ce volet. Deux ans après le déclenchement du mouvement, on parle encore de détenus d’opinion à libérer, de journaux électroniques bloqués. Le Hirak et ses animateurs ont connu certes des échecs dont les plus retentissants sont leur incapacité à empêcher à chaque fois le pouvoir de mettre en œuvre une étape de sa feuille de route : dialogue, élection présidentielle, révision constitutionnelle.

La suspension des marches au printemps 2020 pour cause de crise sanitaire est au contraire à mettre dans la case des succès, car confirmant le caractère pacifique et civilisé montré dès le début et qui a émerveillé le monde entier.

Le mouvement a aussi réussi à garder son unité, à faire face à toutes les manœuvres, aux tentatives de division, à la répression. Il a réconcilié les Algériens avec la politique, fait du peuple un acteur qui compte, malgré tout, la vie nationale.

Deux ans après, l’incertitude plane toujours sur l’avenir du pays. Que les marches hebdomadaires reprennent ou pas, que ses revendications aboutissent ou continuent à buter sur l’intransigeance du pouvoir, le Hirak s’est déjà fait sa place d’étape majeure dans l’histoire du pays.

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