
Chafik Gasmi est architecte et designer de luxe installé à Paris. Ce Franco-Algérien a fait partie de la délégation des diasporas qui a accompagné le président français Emmanuel Macron au sommet Africa Forward tenu en mai dernier au Kenya.
Comme d’autres Français d’origine africaine, le patron de Chafik Studio, dont les bureaux sont situés rue de Courcelles à quelques pas des Champs-Élysées à Paris, a fait une proposition pour rebâtir les relations franco-africaines qui a été, dit-il, « beaucoup appréciée » par le président français. À TSA, il dévoile en exclusivité les grandes lignes de son projet ambitieux et inédit.
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Chafik Gasmi propose de créer « l’université du futur » en Afrique
En invitant certains de ses membres au sommet, Emmanuel Macron souhaite que la diaspora « prenne sa pleine part » dans le nouveau rapport entre la France et l’Europe d’un côté, et l’Afrique de l’autre, explique l’architecte-designer qui conçoit des produits pour de nombreuses marques de luxe.
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Du moins, c’est ainsi qu’il perçoit l’initiative. À l’occasion, le président français a sollicité la contribution de la diaspora, pour réfléchir à ce que la France pourrait faire et à la nature du partenariat qui peut exister entre la France et l’Afrique.
« On était un certain nombre à faire des propositions et M. Macron a beaucoup apprécié ma recommandation, qui est en train de devenir une véritable contribution. C’est un sujet sur lequel on est en train de travailler », révèle l’architecte franco-algérien dans un entretien à TSA. Mais de quoi s’agit-il ? L’idée de Chafik Gasmi est inédite : créer « l’université du futur » en Afrique.
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« Aujourd’hui, à l’ère où l’idée de l’acquisition du savoir est en train de changer, avec l’avènement de l’intelligence artificielle, l’enjeu n’est pas d’acquérir le savoir, c’est de savoir ce qu’on en fait », explique-t-il. L’université de l’Afrique de demain, ce n’est donc pas celle qui va enseigner le savoir, mais celle qui va « le partager, l’irriguer, le nourrir et le faire évoluer dans des projets d’entrepreneuriat, d’innovation, de création et d’invention », développe-t-il.
« La marque la plus forte, c’est l’Afrique »
Selon Chafik Gasmi, il y a beaucoup d’Africains aujourd’hui dans ce qu’il appelle « les universités verticales » dans le monde, et l’idée c’est de créer « l’université horizontale et universelle » en Afrique. L’avantage, défend-il, c’est qu’on n’est pas obligé d’implanter la future université dans un seul lieu physique. « Elle peut être polycentrique, et avec des contributeurs qui viennent de l’ensemble des autres universités. »
Celui qui affirme être « 100 % Algérien, 100 % Français et 100 % Africain » estime que « la marque la plus forte, c’est l’Afrique », un continent qui est « à l’origine de l’histoire de l’humanité ».
Chafik Gasmi dit avoir appris dans les hautes sphères du luxe que « le plus important pour les marques, c’est leur histoire. Plus on a d’histoire, plus on est une marque forte, et plus on peut se projeter dans un futur important, lointain ».
Sa recommandation, c’est de pousser à « une souveraineté de l’Afrique » en projetant cette histoire dans la modernité puis dans le futur, et de maintenir cette marque « vivante ».
Le continent africain n’a pas seulement une histoire, il a aussi un avenir. Chafik Gasmi le démontre par les chiffres : en 2050, un humain sur quatre sera africain et les trois quarts de la population de l’Afrique auront moins de 25 ans, c’est-à-dire en âge d’être dans le système éducatif.
La diaspora algérienne en France peut être « une force de pression »
Pour Chafik Gasmi, c’est le pays qui a la plus grande jeunesse qui va pouvoir mettre en application l’idée de l’université du futur. Il souhaite qu’Alger, sa ville natale, puisse y prendre part puisque l’Algérie est « l’un des pays en Afrique qui a le plus gros taux d’éducation ». « Je pense que l’Algérie est déjà un précurseur dans l’investissement dans l’éducation », relève-t-il.
L’architecte et designer franco-algérien estime que l’Europe et l’Afrique doivent « complètement collaborer dans une relation d’égal à égal, avec des intérêts imbriqués ». Et les diasporas sont au premier rang de cette relation de « synergie fertile ».
La diaspora algérienne en France peut, selon lui, être « une force de pression ». « On peut aussi nous organiser (…) On est au moins de 6 ou 7 millions, on est une force importante », souligne-t-il.