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Comptes devises : la Banque d’Algérie se réveille enfin

Comptes devises : la Banque d’Algérie se réveille enfin

Mieux vaut tard que jamais. La Banque d’Algérie trouve qu’il y a problème en matière d’accès du simple citoyen aux comptes devises.

Ou en tout cas que les Banques commerciales ne font pas assez pour concrétiser le concept de l’inclusion financière, retenu comme un des objectifs du développement par l’Organisation des Nations unies.

La stratégie de l’organisation, déclinée en 2003 par son SG de l’époque, Koffi Annan, portait sur des chantiers parmi lesquels « l’accès, à un prix raisonnable pour tous les ménages et entreprises, à une large gamme de services financiers : épargne, crédit à court et long terme, crédit-bail et affacturage, hypothèques, assurances, pensions, paiements, virements en devises locales et envois de fonds internationaux. »

S’il est vrai que l’on ne peut parler d’exclusion financière en Algérie au vu du grand nombre de citoyens qui ont accès aux services bancaires ou postaux et la simplicité des procédures pour l’ouverture des comptes et des opérations de dépôt, de retrait ou de transfert, notamment depuis le lancement des cartes magnétiques et des distributeurs automatiques de billets, il n’en demeure pas moins que pour l’accès aux comptes devises, c’est loin d’être une sinécure pour de larges franges de la société.

Étudiants, malades, touristes ou retraités doivent souvent surmonter bien des embûches pour pouvoir ouvrir un compte en monnaie étrangère ou disposer de leur argent.

Cela, quand un niet catégorique ne leur est pas signifié dès la demande d’ouverture d’un compte. La faute, selon la Banque d’Algérie, aux banques de la place qui dressent des contraintes devant les postulants et les détenteurs de comptes.

Parmi les obstacles pointés par la BA et qui empêchent « le développement de l’épargne en devises des citoyens », le refus par certaines banques d’accepter de nouveaux clients, l’exigence d’ouvrir en parallèle un compte en dinars, l’exigence de justifier l’origine des fonds, l’exigence de titre de transport pour les retraits de devises ou encore la conversion systématique des sommes reçues en monnaie nationale.

Les banques exigent aussi des justificatifs ou des autorisations de la Banque d’Algérie avant le transfert de devises à l’étranger et prétextent parfois une disponibilité de fonds insuffisante lors des demandes de retrait et la non-disponibilité des petites coupures de billets de banque de moins de 50 euros.

Ces contraintes, qui « n’ont pas de raison d’être », doivent être levées, tonne le régulateur à l’adresse des banques commerciales auxquelles il préconise une série de mesures à même de permettre un meilleur développement de la petite épargne en monnaies étrangères qui, même dérisoire pour chacun des 4.7 millions de comptes actifs, constitue « un apport certain » pour l’économie nationale en permettant de thésauriser un cumul équivalent à 5 milliards de dollars, sans compter le fort potentiel non exploité à cause justement des obstacles visés.

En parlant de potentiel non exploité, la Banque d’Algérie renvoie aux sommes sans doute colossales que des citoyens bénéficiant de pensions de retraite à l’étranger évitent de transférer en Algérie à cause d’abord du risque de les voir systématiquement converties en dinars, au cours officiel bien sûr.

Aussi, certaines des contraintes et exigences énumérées par la note de la BA paraissent en effet infondées ou, du moins, ne reposent sur aucun argument technique raisonnable, comme l’ouverture en parallèle d’un compte en dinars.

Quand à la justification de l’origine des fonds, tout le monde sait, les banques en premier, qu’en l’absence de bureaux de change agréés, le moyen le plus utilisé, sinon le seul, pour s’approvisionner en monnaie étrangère, c’est le change parallèle, une pratique délictuelle aux yeux de la loi.

L’initiative de la BA de faire en sorte de faciliter l’accès du simple citoyen aux comptes devises est sans doute louable, mais cela n’empêche pas de s’interroger, devant la généralisation des mêmes pratiques de blocage au niveau de quasiment toutes les banques de la place, si ce n’est pas la politique du régulateur et ses instructions, ou du moins leur mauvaise interprétation, qui sont derrière cette paranoïa systématique dès qu’il s’agit de devises.

Le reproche peut être également fait à l’État algérien, coupable, lui, de deux autres blocages : le refus d’ouvrir des bureaux de change et, surtout, d’agréer de nouvelles banques et établissements financiers.

La décision, prise au lendemain des scandales qui avaient éclaboussé les banques privées au début des années 2000 avec la faillite de Khalifa Bank, a induit une situation défavorable à l’émergence d’une « agressivité commerciale ciblée et de proximité » que souhaite la BA dans la même note.

Il est en effet presque admis que les banques publiques, dont l’État est actionnaire unique, ne sont pas portées sur le gain, donc la compétitivité, tandis que les filiales des établissements étrangers disposent déjà de créneaux assez juteux, comme la domiciliation des opérations d’importation, pour se focaliser sur la petite épargne, fut-elle en devises.

Une situation en porte-à-faux avec l’esprit de la même stratégie de l’ONU citée plus haut et qui préconise l’encouragement de l’émergence « de prestataires de services financiers multiples, là où c’est possible, afin de proposer un ensemble d’alternatives variées et bon marché aux clients ».

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