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Drame devant une école à Blida : le jour d’après

Drame devant une école à Blida : le jour d’après

Ce mercredi 14 mars n’est pas un jour comme les autres pour les habitants de la ville de Bougara, dans la wilaya de Blida.

Ils s’apprêtent à enterrer quatre des leurs, fauchés la veille dans un accident de la route que personne n’arrive encore à s’expliquer.

Aux carrefours menant vers cette bourgade de la Mitidja, connue depuis toujours pour son célèbre marché de gros des fruits et légumes, policiers et gendarmes se chargent d’orienter les automobilistes, nombreux à se déplacer pour la circonstance.

Au cœur de la ville, le dispositif de sécurité est impressionnant. Des 4×4 de police sont stationnés à équidistance le long des principales rues. Les autorités locales ont pris leurs dispositions pour canaliser l’affluence et faire en sorte que les funérailles se déroulent dans les meilleures conditions.

La tragédie constitue l’unique sujet de discussion des habitants encore sous le choc. La tristesse se lit sur les visages, notamment des adolescents, qui ne connaissent pas forcément Zino et Nada, ces deux collégiens ravis aux leurs à seulement 13 ans.

Ils avaient la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Le mauvais endroit, c’est le portail principal du CEM Hocine-Rabah, à la cité Aïn El Berda, et le moment fatidique, c’est ce mardi 13 mars, à 12h05.

Le hasard ne pouvait pas faire plus mal les choses. Au moment où des dizaines de collégiens, qui venaient de quitter les classes, franchissaient le portail de l’établissement pour rentrer chez eux et profiter de cette demi-journée libre, un automobiliste est pris d’un malaise et perd le contrôle de son véhicule.

Le Peugeot Expert de couleur noire fonce droit sur la foule et cause un carnage. Quatre personnes décèdent sur le coup, parmi lesquelles Zino et Nada. Mais il n’y avait pas que des collégiens sur les lieux. Des adultes aussi passaient par là, par hasard, et deux d’entre eux y laisseront leur vie. Un homme de 68 ans et une mère de famille de 56 ans.

Ami Omar devait se rendre à la mosquée mais il a rebroussé chemin pour déposer des commissions qu’il venait d’acheter. Des baguettes de pain, nous disent ses proches.

C’est peut-être l’appel du destin, ajoutent-ils, résignés. En tout cas, le brave et honnête homme, comme il est décrit par ses voisins, n’arrivera jamais à son domicile, situé à une centaine de mètres du lieu du drame. Pas plus qu’il n’effectuera la Omra qu’il a programmée pour le mois prochain.

C’est volontiers que les riverains relatent dans les moindres détails ce qu’il s’est passé. « J’étais dans ma boutique quand j’ai entendu un bruit assourdissant et des cris. Je me suis précipité dehors et je n’avais rien compris sur le coup. Des corps gisaient par terre, des gens courraient dans tous les sens, d’autres criaient. Ce n’est qu’en voyant un véhicule tout cabossé, face au mur de l’école, que j’ai commencé à comprendre », raconte un commerçant qui tient une épicerie attenante au CEM.

Sur le coup, certains ont même pensé à la voiture-bélier, un forcené qui fonce sur la foule à une heure de grande affluence pour faire le maximum de victimes. Mais l’hypothèse est vite évacuée.

Au volant du véhicule, il y avait un brave père de famille de 56 ans, connu et respecté de tous. C’est l’incrédulité totale. « Le pauvre a eu un malaise. Il était malade, je pense qu’il était épileptique. Il avait l’habitude d’avoir ce genre de malaise », nous dit un habitant du quartier sous couvert de l’anonymat. D’autres témoins divergent sur la nature de la maladie du chauffeur. Diabète, hypertension, épilepsie, chacun y va de sa version…

Quoi qu’il en soit, ils sont unanimes à dire qu’une personne malade, pouvant avoir un malaise à tout moment, n’aurait jamais dû se retrouver au volant d’un véhicule.

« Il a repris connaissance alors qu’il se trouvait toujours dans sa voiture. Il avait le regard hagard, incrédule », témoigne encore l’épicier. «Le véhicule avait d’abord foncé sur le trottoir. Si ce dernier n’était pas trop surélevé, la voiture aurait percuté le mur et il n’y aurait pas eu autant de dégâts. Tout au plus, il faucherait deux ou trois personnes sur sa trajectoire. Mais ayant buté sur le trottoir, il a continué à rouler à vive allure sur la chaussée bondée de monde. C’était l’heure de la sortie des classes », ajoute-t-il.

L’endroit n’est pourtant pas propice à l’excès de vitesse, l’école n’est pas loin du carrefour menant à la cité mitoyenne de Aïn El Berda. « Ce n’est pas un adepte de la vitesse, mais au moment où il est pris d’un malaise, son pied était figé sur l’accélérateur. On dit qu’il était à une vitesse de 80 Km/h, mais je le répète, ce n’est pas un chauffard », témoigne un autre riverain.

Les passants n’ont pas attendu les secours pour porter assistance aux blessés. Une fois sur les lieux, les agents de la protection civile ne savaient pas par quoi ni par qui commencer. Plus d’une vingtaine de personnes gisent sur le sol. Quatre d’entre elles ne se relèveront jamais. La tragédie a fait quatre morts et vingt blessés, dont huit dans un état plus ou moins grave.

Au cimetière de la ville, une foule immense est venue rendre un dernier hommage aux victimes. Difficile de trouver une place pour stationner le long de l’autoroute qui longe le cimetière. Ils sont venus de partout. De Bougara bien sûr, mais aussi des localités environnantes de Bouinan, Larbâa, Meftah, Boufarik et du chef-lieu de wilaya.

Les autorités locales sont aussi présentes. Certains tentent de consoler les familles éplorées des victimes, d’autres répercutent des rumeurs. Celle du décès du chauffeur se répand comme une traînée de poudre, mais elle sera démentie par la direction de la santé de la wilaya de Blida.

On spécule sur la gravité de l’état des blessés et sur la santé du chauffeur. On annonce aussi qu’un autre blessé, deux, puis trois, ont succombé. Fort heureusement, rien de cela n’est vrai. La paisible ville de Bougara est suffisamment meurtrie comme ça en enterrant quatre de ses enfants le même jour.

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