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Économie tunisienne : les raisons du marasme

Fethi Belaïd / AFP / lecourrierdelatlas.com

Sept ans après la révolution qui a conduit à la chute de Ben Ali le 14 janvier 2011, l’absence d’amélioration des conditions économiques et sociales en Tunisie a débouché sur un mouvement de contestation. Le plus important depuis 2011.

Si la grogne sociale n’est pas nouvelle en Tunisie puisque le pays a connu des mouvements de contestation réguliers depuis 2011, l’entrée en vigueur début janvier de nouvelles mesures d’austérité -des hausses sur les carburants, les ventes de voiture, les télécoms ou encore les nuitées dans les hôtels pour ne citer qu’elles- semblent être vécues par la population comme un point de rupture.

Avec une dette publique qui s’élève désormais à presque 70% du PIB, le gouvernement tunisien se retrouve pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté, il doit satisfaire les exigences du Fonds monétaire international (FMI) qui, en échange d’un prêt de 2,9 milliards de dollars sur quatre ans, somme le pays d’accélérer les réformes économiques et de réduire la dette et le déficit publics. En d’autres termes, l’institution financière exige une cure d’austérité pour assainir les finances publiques.

De l’autre, dans un contexte où les faibles revenus de l’État et la dépense publique continuent de creuser le déficit budgétaire, le gouvernement doit composer avec une grogne sociale qui pourrait aboutir à une déstabilisation du pays. Sans pouvoir donner de gages à la population, il cherche à rassurer. Il y a quelques jours, le premier ministre Youssef Chahed a promis que 2018 serait la « dernière année difficile ». Mais pour les Tunisiens, la coupe est pleine.

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Inflation 

La cherté de la vie est la principale revendication de ce mouvement de contestation qui touche depuis quelques jours aussi bien Tunis, que la région du littoral ou les villes de l’intérieur du pays. En effet, et selon les dernières statistiques officielles, l’inflation est passée de 5,7% en août à 6,4% en décembre 2017, rendant les produits du quotidien de plus en plus onéreux pour les classes moyenne et populaire. Pour réduire un déficit commercial record (15,592 milliards de dinars tunisiens en 2017), le gouvernement a choisi – à la demande du FMI- de dévaluer le dinar tunisien afin de le rendre plus compétitif, et les exportations plus attractives. En deux ans, la monnaie locale a perdu plus de 25% de sa valeur par rapport à l’euro. Depuis avril dernier, elle est passée de 2,55 TND pour un euro à 2,97 TND cette semaine, son plus bas historique.

Une dévaluation doit permettre en théorie de rendre la monnaie plus compétitive, et donc de stimuler les exportations pour relancer l’économie. Mais pour les Tunisiens, cette forte dévaluation du dinar tunisien -avec une dépréciation qui s’est accélérée depuis avril dernier- a provoqué ces derniers mois une hausse des prix de la vie courante.

De plus, depuis la révolution de 2011, rien n’a vraiment changé en matière de chômage. Il demeure structurel. Malgré des embauches dans le secteur public (une mesure cosmétique et trop onéreuse dans ce contexte économique), le taux de chômage atteint aujourd’hui -officiellement- plus de 15% de la population. Il touche particulièrement les jeunes (30%), y compris les jeunes diplômés qui se sentent démunis. Dans la société civile, de nombreuses voix demandent d’ailleurs une réforme de l’enseignement supérieur afin qu’il soit davantage en adéquation avec les besoins du pays.

Enfin, le contexte politique depuis la révolution de 2011, puis sécuritaire -attentats du Bardo et de Sousse en 2015- a provoqué une forte baisse de la fréquentation touristique, l’une des principales ressources économiques de la Tunisie, et des investissements étrangers.

Dans son dernier rapport sur les perspectives économiques publié cette semaine, la Banque mondiale a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour le pays, à 2,7% en 2018, contre 2,8% attendus dans le rapport d’avril 2017. L’institution financière internationale note toutefois que « la Tunisie a connu des reprises progressives dans les secteurs agricole et manufacturier. Les réformes politiques dans la région ont contribué à renforcer la confiance des entreprises et des investissements étrangers ».

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