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Election présidentielle : chronique d’un report annoncé

Election présidentielle : chronique d’un report annoncé

Le président Bouteflika a annoncé ce lundi sa décision de reporter les élections présidentielles prévues le 18 avril prochain. « Il s’agit ainsi de satisfaire une demande pressante que vous avez été nombreux à m’adresser dans votre souci de lever tout malentendu quant à l’opportunité et à l’irréversibilité de la transmission générationnelle à laquelle je me suis engagé », a affirmé le président dans une lettre à la nation.

« Le report de l’élection présidentielle qui a été réclamé vient donc pour apaiser les appréhensions qui ont été manifestées afin d’ouvrir la voie à la généralisation de la sérénité, de la quiétude et de la sécurité publique, dans l’objectif d’entreprendre ensemble les actions d’importance historique qui permettront de préparer le plus rapidement possible l’avènement d’une nouvelle ère en Algérie », a explique Bouteflika.

Le président Bouteflika présente ainsi dans sa lettre le report des présidentielles comme étant une réponse apportée aux manifestations historiques qu’a connue l’Algérie depuis près de trois semaines, avec des millions de personnes sorties dans les rues pour protester contre un éventuel cinquième mandat. Techniquement, ce cinquième mandat n’aura pas lieu.

Cependant, l’idée du report des élections présidentielles n’est pas nouvelle. L’éventualité d’un report des élections avait été en effet mise sur la table dès le mois de décembre dernier, bien avant le début de la contestation populaire lorsque le pouvoir s’était rendu à l’évidence du caractère intenable d’un cinquième mandat compte tenu de la dégradation de l’état de santé de Bouteflika.

La première fois que l’option du report avait été évoquée était le 1er décembre. Le président du MSP, Abderrezak Makri, sort alors de nulle part et publie sur sa page Facebook un message dans lequel il propose le report de l’élection présidentielle de 2019 « si nécessaire ». Dans son message, Makri, s’adresse « aux décideurs, aux politiques et aux sages » et les invite au « dialogue » et au « consensus national ».

« Si la solution et le consensus devraient nécessiter plus de temps, alors reportons l’élection présidentielle pour une période qui sera déterminée d’une manière consensuelle. Aller vers ces élections, c’est aller dans l’inconnu », écrivait le président du MSP, officiellement membre de l’opposition.

L’idée proposée par Abderrezak Makri est très rapidement et subitement reprise par Amar Ghoul, président du parti TAJ et membre de l’alliance présidentielle. Contre attente, Ghoul appelle le 5 décembre à la tenue d’une conférence nationale. Quatre jours plus tard, le 9 décembre, les quatre partis de l’Alliance présidentielle (FLN, RND, MPA, TAJ) sanctionnent leur réunion au siège du RND par une déclaration dans laquelle ils disent accueillir favorablement et appuyer toutes les initiatives émises sur la scène politique et qui visent « l’approfondissement des réformes économiques » et « le renouveau du projet économique ».

La confusion s’installe dès lors au sujet de cette conférence nationale. Est-elle une initiative de l’opposition ou est-elle portée par les partis du pouvoir ? L’initiative, qui devait émaner d’un parti de l’opposition pour pouvoir séduire les autres partis de l’opposition avant d’être entérinée par le pouvoir, se retrouve déraillé par la précipitation apparente d’un Amar Ghoul enclin à s’approprier avec hâte l’idée.

Devenue alors une initiative de la majorité, elle est immédiatement rejetée par les partis de l’opposition. L’idée fait pschitt et se trouve rangée dans le placard, s’impose alors la perspective du cinquième mandat. C’était cependant sans compter sur le mouvement populaire pacifique sans précédent dont est témoin l’Algérie. Un mouvement populaire qui permet ainsi de manière bien arrangeante à l’option du report des présidentielles de revenir sur le devant de la scène par la grande porte. Demeure alors l’interrogation quant à savoir si les manifestations grandioses vont persister. La réponse appartient au peuple.

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