
Les Français d’origine maghrébine et africaine ont décidément bon dos. Le courant xénophobe a pris le mauvais pli de leur imputer systématiquement tous les maux du pays, du moindre dysfonctionnement aux situations les plus graves.
Et c’est encore le cas pour les émeutes sociales qui secouent l’Hexagone depuis quelques semaines. Les événements sont traités par certains médias, des politiques et des intervenants dans le débat public carrément comme une révolte des étrangers alors que les manifestants sont des Français.
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Émeutes en France : la lecture biaisée du courant xénophobe
Le raciste Éric Zemmour est même précis dans ses accusations, lui qui a depuis toujours dans le viseur les musulmans, les Maghrébins et les Africains, sans les autres.
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« Ce que nous avons vu hier, c’est le véritable visage du grand remplacement. Il a une apparence : une horde de barbares maghrébins et africains qui entrent dans les villes”, a-t-il déclaré au lendemain de la journée d’émeutes violentes du 17 octobre.
“Il faut arrêter l’immigration”, a suggéré pour sa part Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN).
La simplicité de l’analyse de celui qui prétend à la fonction de Premier ministre de la France contraste avec la grande complexité de la crise sociale. Pour lui, une grande partie des “pilleurs” sont “des gens issus de l’immigration, qui ne se sentent pas français et qui ne ratent jamais une occasion pour exprimer leur haine à l’égard de notre pays ».
Le rôle néfaste des étrangers ne se limite pas à la casse en cours mais s’étend à tous les malheurs de la France, selon l’extrême droite et ses relais médiatiques.
“Une grande partie des problèmes de notre pays vient d’une incapacité à assimiler des populations qui sont arrivées en nombre dans notre pays », a accusé Jordan Bardella, qui n’est pas complètement sorti du scandale de divulgation de ses conversations antisémites.
Les “étrangers” pointés du doigt
Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle, ne pouvait pas manquer une telle occasion pour pointer l’immigration du doigt. “Il y a un lien entre une immigration massive qui crée des désordres sécuritaires et ce qui s’est passé dimanche. Oui, je le dis et je l’affirme”, a-t-il dit. Éric Ciotti a répété presque les mêmes mots.
Sur le plateau de RMC, l’essayiste d’extrême-droite Charles Consigny a choqué par ses envolées ouvertement racistes contre les étrangers auxquels il a endossé tout ce qui se passe en France.
“Les pillards, ce sont les enfants de l’immigration”, a-t-il accusé, ajoutant que “tout ça, c’est le résultat de la politique de la gauche, le résultat de l’immigration de masse, de la mollesse judiciaire et des réformes abandonnées”.
Même la violence policière qui s’est abattue sur les lycéens a ciblé spécifiquement les jeunes “racisés des banlieues”. C’est le syndicat des magistrats de France qui l’a écrit ainsi dans un communiqué officiel.
En quoi les immigrés sont-ils responsables des prix de l’essence ?
Alors qu’il y a aucune statistique officielle permettant de situer la proportion des jeunes issus de l’immigration parmi les émeutiers, le courant politique s’est empressé de désigner les étrangers. Il en a été ainsi depuis toujours.
Aux yeux de ce courant, les Français d’origine maghrébine et africaine sont responsables de tous les problèmes de la France. Et ce n’est pas en période pré-électorale que la droite et l’extrême-droite pouvaient manquer l’opportunité d’instrumentaliser une crise sociale d’une telle ampleur.
N’en déplaise à ceux qui se servent des étrangers comme d’un tremplin pour leurs ambitions politiques, les émeutes que connaît la France sont l’aboutissement d’une crise économique et sociale profonde, alimentée par l’accumulation de facteurs liés à des décisions politiques internes et à la situation internationale. Un minimum de bon sens permettrait de comprendre que les enfants d’immigrés ne sont en rien responsables de la dette colossale de la France ou du prix de l’essence à la pompe.