
Le français recule inexorablement en Algérie au profit de l’anglais. Et ce n’est pas toujours pour des considérations de politique ou d’idéologie. En Algérie, on passe aussi à l’anglais par pragmatisme économique.
L’Algérie a entamé un processus de passage vers l’anglais à partir de 2019, avec l’introduction de l’enseignement de cette langue dans le primaire, sa généralisation dans le cycle moyen et la décision d’enseigner les sciences médicales dans la langue de Shakespeare.
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Parallèlement, l’administration s’est mise à remplacer symboliquement certaines enseignes et en-têtes de documents en français par d’autres en anglais.
Dans la foulée, de nombreux groupes économiques publics ont pris la décision d’abandonner le français pour passer à l’anglais, notamment dans leur communication ou leurs relations avec les clients.
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En avril dernier, la compagnie aérienne Air Algérie a annoncé qu’elle émettra ces billets uniquement en anglais et arabe, abandonnant définitivement le français.
Air Algérie avait expliqué qu’elle a décidé de s’aligner sur ‘“ce qui se fait chez les compagnies aériennes internationales et arabes”, qui ont adopté la “langue universelle” qu’est l’anglais.
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En mai, l’entreprise de gestion de l’eau à Alger, Seaal, anciennement joint-venture algéro-française, a emboîté le pas à Air Algérie en annonçant à ses clients qu’ils recevront désormais leurs factures de consommation d’eau en arabe et en anglais. Seaal a accompagné sa décision par l’organisation de cycles de formation en anglais pour ses cadres et ses employés.
Remplacement du français par l’anglais en Algérie : le privé emboîte le pas au public
L’autre grand groupe qui a annoncé son passage à l’anglais est Algérie Télécom. L’opérateur historique a indiqué en août dernier qu’il entame “une nouvelle étape dans la modernisation et l’amélioration de ses services en adoptant la langue anglaise sur ses factures et ses reçus de paiement, qui sont désormais rédigés à la fois en arabe et en anglais”.
Une mesure similaire avait été prise précédemment par le groupe de distribution d’électricité et de gaz, Sonelgaz.
On pourrait penser que ces décisions successives d’entreprises publiques sont motivées par des considérations politiques dans un contexte de crise avec la France, si la sphère économique privée n’a pas emboîté le pas aux groupes publics.
Selon nos sources, des grands groupes privés algériens ont décidé de passer eux aussi à l’anglais. Par pur “pragmatisme économique”, explique-t-on.
Dans une partie du privé algérien, le français n’est pas seulement une deuxième langue de communication aux côtés de l’arabe, mais carrément une langue de travail au quotidien.
Certains groupes économiques se préparent à faire le grand saut et passer à l’anglais comme langue de travail. Pour cela, des mesures internes sont prévues, comme le recyclage et la formation des personnels, notamment les cadres et l’introduction de la maîtrise de l’anglais comme critère de recrutement.
Le français en perte de vitesse en Algérie
« Notre objectif est de passer à l’anglais comme langue de travail dans deux ans. Pour cela, nous avons entamé des programmes de formation de nos cadres. Les conseils de direction se feront en anglais au lieu du français. Il s’agit d’une transition progressive », explique le patron d’un groupe privé, en soulignant que même en France, de grandes entreprises travaillent en anglais.
Le passage du privé à l’anglais est compréhensible au vu des partenariats que nouent les entreprises algériennes à l’international.
Contrairement à l’anglais, le français ne permet pas souvent de communiquer avec les partenaires des pays du Golfe, de Chine, de Turquie ou des États-Unis par exemple.
“Le marché mondial est devenu une zone anglophone et la langue du business aujourd’hui, c’est l’anglais”, explique le responsable d’une grande entreprise privée qui écarte toute raison liée aux tensions algéro-françaises.
« Le passage à l’anglais n’est pas liée à la conjoncture actuelle entre l’Algérie et la France. C’est une mesure purement économique. Le centre financier du monde est en train de se déplacer en Asie, il faut s’adapter », argumente-t-il.