
En criant à l’unisson, l’Afrique sera peut-être mieux entendue par ses bourreaux d’hier. Le continent est aujourd’hui déterminé à parler d’une seule voix pour dénoncer les crimes du colonialisme et réclamer reconnaissance et réparation.
Ministres, juristes, historiens, universitaires et experts africains, caribéens et d’autres régions du monde sont attendus en Algérie en cette fin novembre pour une conférence internationale sur les crimes du colonialisme sur le continent. Une sorte de « procès » pour juger les crimes coloniaux français, britanniques, belges, allemands commis sur le continent.
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« Un évènement majeur »
Cet “événement continental majeur”, prévu dimanche 30 novembre et lundi 1er décembre au Centre international des conférences (CIC) d’Alger, a été décidé par l’Assemblée générale de l’Union africaine en février dernier, sur proposition du président de la République Abdelmadjid Tebboune.
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Le chef de l’État avait fait l’offre d’organiser en Algérie une conférence dédiée à la célébration et à la mise en œuvre du thème de l’année 2025 : “Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations”.
L’Algérie est tout indiquée pour abriter un tel événement pour au moins deux raisons. Il s’agit d’abord d’un des pays qui ont le plus souffert du colonialisme et qui ont payé un lourd tribut pour leur indépendance.
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Ensuite, l’Algérie est profondément engagée dans la défense de la dignité, de la mémoire et des droits des peuples africains et possède des traditions historiques de soutien aux causes justes et aux peuples qui luttent pour leur affranchissement du colonialisme.
Crimes coloniaux en Afrique : pour des mécanismes concrets de réparation
L’Algérie œuvre aujourd’hui à renforcer la réflexion et l’action collectives visant à criminaliser le colonialisme, l’esclavage, la ségrégation raciale et l’apartheid comme crimes contre l’humanité. C’est l’orientation du pays sous l’impulsion du président Tebboune.
En abritant cette conférence, la première du genre sur le continent, l’Algérie entend contribuer à renforcer l’architecture africaine de justice historique, en offrant une plateforme de dialogue de haut niveau afin de consolider la reconnaissance internationale des crimes coloniaux et de promouvoir des mécanismes concrets de réparation.
Parmi les objectifs de la conférence d’Alger, la consolidation d’une position africaine unifiée sur la justice historique, les réparations, la restitution du patrimoine et la préservation de la mémoire collective.
Les travaux devraient aborder toutes les dimensions des crimes coloniaux : humaines, culturelles, économiques, environnementales et juridiques.
Crimes coloniaux : l’Afrique veut parler d’une voix
L’accent sera mis sur les traumatismes intergénérationnels, la spoliation et la destruction du patrimoine culturel africain, l’exploitation des ressources, les modèles économiques inéquitables hérités du colonialisme et les impacts environnementaux, comme les essais nucléaires réalisés sur des populations civiles.
Les participants devraient discuter aussi des voies juridiques à même de renforcer la criminalisation du colonialisme et d’établir un mécanisme africain permanent pour les réparations et la restitution.
Il est surtout attendu qu’ils adoptent la “Déclaration d’Alger”, qui sera soumise au sommet de l’UA en février 2026 pour examen et endossement.
Le document est appelé à constituer une référence continentale pour la codification des crimes coloniaux, la reconnaissance de leurs impacts et l’élaboration d’une stratégie africaine de justice et de réparations.