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En France, les musulmans ont peur de payer pour “l’antisionisme”

En France, les musulmans ont peur de payer pour “l’antisionisme”

La classe politique française fait front contre l’antisémitisme. Une nouvelle démonstration en a été donnée mardi avec une manifestation déclenchée par les insultes contre le philosophe Alain Finkielkraut qui s’est entendu dire “sioniste” et s’est vu promettre de “mourir en enfer”, lors d’un nouvel acte des “gilets jaunes”.

L’auteur de la présumée insulte est un musulman. Il a eu beau récuser toute connotation antisémite, la qualification est retenue par la justice saisie par le parquet sous la pression politique. Il sera donc jugé le 22 mai pour “insultes publiques en raison de la religion”.

Aux enquêteurs, il a expliqué avoir réagi à des propos tenus par le philosophe sur les Palestiniens et les enfants de Gaza. De son point de vue, il a manifesté une réaction politique face à un intellectuel qui défend la politique du gouvernement sioniste d’Israël.

Antisémitisme ou antisionisme ? Si la distinction entre les deux notions était jusque-là claire, elle prête désormais à confusion en France. Hasard du calendrier, l’incident s’est produit juste avant le dîner annuel du Crif (conseil représentatif des institutions des juifs de France), la vitrine de l’Etat d’Israël.

Lors de ce grand rendez-vous, le président Emmanuel Macron a affirmé que la France adopterait une définition de l’antisémitisme intégrant l’antisionisme parce que, selon lui, l’antisionisme est une forme moderne de l’antisémitisme. Il a même soutenu qu’il n’ y aura “aucune forme de complaisance” contre ceux qui appellent au boycott d’Israël.

Cette extension sémantique laisse craindre une persécution de tous les militants pro-Palestine et une hausse des actes islamophobes. Car les actes antisémites ont beau être commis par des groupes d’extrême droite ou néo-nazis il y en a qui préfèrent voir derrière eux une main musulmane. C’est bien ce que ne se prive pas de faire la dirigeante du Rassemblement National Marine Le Pen qui veut réécrire l’histoire de son mouvement sur le dos des musulmans. L’histoire enseigne pourtant que l’Afrique du Nord a accueilli les juifs après la Reconquista. Que la mosquée de Paris en a abrités lors de la Seconde guerre mondiale, les soustrayant aux camps d’extermination où voulaient les envoyer les autorités françaises de la collaboration.

Ce désir de casser du musulman a trouvé une caricaturale expression dans la réaction de cette conseillère municipale de droite qui plus est directrice d’école qui veut les “mettre au pas“.

Des propos aussitôt condamnés par le président de l’Observatoire de l’islamophobie. Abdallah Zekri a rappelé que les musulmans ne se font pas prier pour manifester contre l’antisémitisme. Mais on ne les voit pas lors de ces occasions. Et les médias préfèrent tendre les micros à ceux qui les stigmatisent. A force d’être assignés à leur origine géographique ou culturelle, les musulmans peuvent être bien sûr tentés par le repli.

Une première riposte serait peut-être de se doter d’une représentation à la hauteur de leur force numérique. Si les Juifs ont leur consistoire, les Catholique leur conférence des évêques et les Protestants leur Fédération, les musulmans ont leur Conseil depuis une quinzaine d’années.

Créé sous l’impulsion de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, le CFCM a fini par voir le jour en 2003 sous l’autorité de Nicolas Sarkozy. Depuis, il est devenu l’interlocuteur des pouvoirs publics en ce qui concerne l’organisation du culte. En raison de la diversité des musulmans, il est difficile d’en incarner une parfaite représentation. Un des griefs faits au CFCM et d’être une assemblée de notables jaloux de garder leur position d’interlocuteur des pouvoirs publics. Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, illustre bien cette attitude. En raison du prestige de l’institution qu’il dirige, il a été désigné à deux reprises à la tête du CFCM qu’il ne pouvait pas conquérir par les élections.

A quelques mois d’une nouvelle consultation électorale, M. Boubakeur œuvre en coulisses pour une nouvelle transition qui tomberait sous son autorité à partir de la fin de l’actuel mandant fin juin.

Il est encouragé par la FFAICA (Afrique, Comorres et Antilles) et le recteur de la mosquée d’Evry, le Franco-Marocain Khalil Meroun qui, hors du champ religieux, s’est fait remarquer lors d’une manifestation contre l’Algérie devant son ambassade à Paris.

Le grotesque de la situation est que M. Boubakeur est censé ne plus faire partie du CFCM. Il l’a fait bruyamment savoir dans une lettre publique en janvier 2018, après avoir été exclu de la cérémonie des vœux de Macron aux autorités religieuses. Dans les faits, il n’a jamais remis sa démission. Ce fut encore un de ses caprices. Mais les caprices ne peuvent pas constituer le fondement d’une autorité dans une phase difficile pour les musulmans de France.

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