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Entretien avec Chérif Rahmani

Chérif Rahmani, ancien ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire et ancien gouverneur d'Alger, vient de publier aux éditions Casbah à Alger, « Les finances communales, demain la commune algérienne ».…

Entretien avec Chérif Rahmani
Aicha Merabet
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Chérif Rahmani, ancien ministre de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire et ancien gouverneur d’Alger, vient de publier aux éditions Casbah à Alger, « Les finances communales, demain la commune algérienne ». L’essai a été présenté au 22e Salon international du livre d’Alger (Sila).

Chérif Rahmani, diplômé de l’École nationale d’administration, a occupé plusieurs postes dont ceux de directeur de l’administration et des finances locales au ministère de l’Intérieur, de directeur général des collectivités locales au même ministère ainsi que celui d’inspecteur général à la Présidence de la République. Il a été huit fois ministres dans plusieurs gouvernements. Entretien.

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Nous sommes en plein campagne pour les élections locales du 23 novembre. Plusieurs partis estiment que les APC ne profitent pas réellement de la fiscalité et que le système de financement local est dépassé. Que pensez-vous de ces affirmations ?

L’assiette de la fiscalité locale s’est rétrécie en raison de la centralisation. Cette centralisation a fait que les impôts qui étaient locaux et qui pouvaient être appréhendés directement par l’élu local et versés à la caisse des recettes communales, ne le sont plus.

Sur la fiscalité nationale, il y a plusieurs concurrences et plusieurs acteurs. Il y a évidemment l’État central et il y a les collectivités locales.

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Le partage, aujourd’hui, au regard des compétences et des missions de la commune, semble biaisé. Il se fait toujours en faveur de celui qui distribue et qui assure l’assiette de la fiscalité. Donc, le plaidoyer de ce livre est de donner plus de liberté et plus de responsabilité et plus de manœuvre aux élus locaux.

Des élus locaux qui se plaignent d’avoir des prérogatives limitées…

Il faut absolument qu’on clarifie les compétences et les missions entre l’administration, les collectivités locales et les élus en les basant plus sur la confiance et non sur la méfiance ou la défiance.

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Que faut-il faire pour améliorer les finances locales ?

Il est essentiel que la fiscalité locale soit plus localisée et que les élus locaux soient eux qui assurent l’assiette fiscale. Ils doivent être en mesure de voter pour un certain nombre d’impôts au niveau des assemblées locales selon les besoins. Il faut leur redonner la manœuvre et leur permettre de jouer sur leur curseur pour mettre leur budget au niveau des demandes et besoins nombreux des citoyens. Des besoins qui aujourd’hui connaissent une montée au regard de la démographie et de l’exigence légitime des citoyens.

Nous sommes face à un prix du baril de pétrole volatile sur lequel s’exercent des pressions multiples internes et externes. Aujourd’hui, nous sommes donc dans l’obligation d’aller à la localisation de l’impôt et à la rechercher des richesses.

De nouvelles niches fiscales ?

Plus que des niches. Il s’agit de sources et de ressources qui existent. Mais pour que nous puissions les identifier, il faut absolument donner un pouvoir fiscal aux élus locaux pour qu’ils puissent déterminer une part de leur assiette et voter pour cette assiette aux fins de la mettre au niveau de la demande montante des citoyens.

La conception des finances locales reste marquée par la primauté du budgétaire qui écarte la conception managériale dans la confection des budgets publics.

Faut-il donner plus de prérogatives aux élus locaux en matière financière notamment ? Des partis font cette demande durant cette campagne électorale.

La question de la réforme des finances locales est lancinante. C’est un peu le monstre de Loch Ness. On parle de cette réforme sans la continuer. Pour que cette question des finances locales puissent réellement se faire, il faut que la commune, qui veut se libérer d’une tutelle pointilliste, donne de la place aux citoyens. Il faut que les citoyens puissent participer à la fabrication du budget et des ressources et qu’ils exercent un contrôle sur l’action communale et sur la qualité des services qui sont assurés.

Par-delà le chiffre, ce qui compte, c’est le service rendu aux citoyens. C’est pour cela qu’il est important à mes yeux d’assurer un équilibre entre les deux bouts de l’équation. C’est à dire avoir des rapports apaisés et confiants avec l’administration et avec les citoyens. Tout cela nécessite une révolution copernicienne.

Une profonde réforme de l’État ?

Tous les acteurs doivent participer à cette révolution. Il ne s’agit pas aujourd’hui d’enlever à l’État pour donner aux collectivités locales ou de réduire la part de l’État. Aujourd’hui, il faut savoir qu’est-ce qu’on donne aux collectivités locales comme compétence et qu’est-ce qu’on laisse à l’État comme compétences aussi.

À partir de là, on place le curseur là où il le faut. Il ne s’agit pas de prendre d’un pôle pour le donner à un autre ou de faire pour défaire au détriment de l’État. Il s’agit de construire ensemble un système qui tient la route pour les prochaines décennies en fonction de ce qui se fait dans le monde et en fonction des défis actuels.

Vous nous présentez là un projet d’État, un projet d’avenir

Ce n’est pas un projet d’État, il s’agit d’une question vitale pour le quotidien des citoyens. Ce n’est pas une question de nuit pour faire une révolution. Il s’agit de se mettre ensemble autour d’une table pour construire un projet pour que le citoyen soit au centre de ce processus.

Il est de plus en plus clair que la justification de l’action des communes modernes ne réside plus seulement dans le respect des prescriptions budgétaires normatives en amont, quand bien même elles sont nécessaires, mais également dans la réussite, en aval, des opérations qu’elles engagent au profit du citoyen-usager.

L’Algérie est un pays vaste mais qui n’a que 1.541 communes. Êtes-vous favorable à la création de nouvelles communes ?

À l’indépendance du pays, il y avait un nombre impressionnant de communes. Au regard des ressources réduites à l’époque, Ahmed Medghri (ministre de l’Intérieur entre 1962 et 1974) avait décidé de réduire le nombre des communes pour se limiter au chiffre de 671.

Après, le nombre de communes a été augmenté avec tous les effets et conséquences que l’on sait sur le plan des finances et des moyens. Aujourd’hui, il faut avoir à l’esprit une chose importante : l’essentiel n’est pas dans le nombre des communes ou dans l’assiette du territoire mais dans la qualité des services. C’est pour cela qu’il ne faut pas aller dans des fausses solutions qui peuvent avoir un caractère populistes et qui ne vont pas dans le sens d’une efficience au service des citoyens. Il faut tenir compte de l’ensemble de ces éléments pour aller vers une réforme intelligente.

Êtes-vous favorable à la décentralisation réclamée par certains partis ?

La décentralisation et la délégation sont d’une impérieuse nécessité. On ne peut diriger un territoire aussi vaste que l’Algérie à partir d’un seul point. Il est essentiel à mon avis de décentraliser, de déléguer, de donner du souffle, de la respiration et de la profondeur aux régions. Il faut rétablir la confiance. C’est le maître mot.

Et que devient M. Chérif Rahmani ?

Je suis ambassadeur des Déserts et des Terres arides (Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification). Je m’apprête à aller à Bonn pour la COP 23 (Conférence de l’ONU sur les changements climatiques prévue du 6 au 17 novembre 2017). Je suis président de la Fondation des Déserts du monde. Donc, j’ai de quoi m’occuper. Je suis aussi dans l’écriture. Et l’écriture est une mission. Le livre est le meilleur compagnon.

Lien permanent : https://tsadz.co/9xuec

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