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ENTRETIEN – Soufiane Djilali : « Ce que j’ai dit au président… »

ENTRETIEN – Soufiane Djilali : « Ce que j’ai dit au président… »

Qu’est-ce qui vous a décidé à accepter de rencontrer le chef de l’Etat ?

Soufiane Djilali, président de Jil Jadid. Jil Jadid a été depuis toujours pour un dialogue de fond et sérieux avec le pouvoir. Je rappelle que cette position a été celle de Mazafran depuis 2014, et à partir du moment où le Hirak s’est mis en mouvement, il y a eu une première tentative à travers le Conférence de Ain Benian (6 juillet 2019, Ndlr) durant laquelle j’avais défendu le principe du dialogue.

Cela a aussi été systématiquement notre position. En dehors du dialogue, que reste-t-il ? Ceux qui prônent une radicalisation juste du point de vue romancier, je pense que ce n’est pas efficace. Maintenant, si certains ont la capacité de faire une révolution au sens de faire tomber le pouvoir et de le prendre à sa place, Jil Jadid ne s’inscrit pas dans ce sillage.

Quelles ont été vos impressions après votre rencontre avec le Chef de l’Etat ? Avez-vous ressenti une disposition de sa part quant à véritablement trouver une solution à la crise politique que vit le pays ?

C’est la première fois que je rencontre M. Tebboune en personne. Il a été très convivial et très à l’aise. Nous avons parlé très librement sans aucun tabou. Il était disposé à écouter et il m’a semblé tenir beaucoup au fait que l’opinion publique s’implique complètement dans le débat politique et particulièrement le débat à venir autour de la Constitution.

Le chef de l’Etat m’a confirmé que la première mouture qui sera remise par le comité d’experts sera transmise à l’ensemble de la classe politique, la société civile et les citoyens, etc., et que les médias seront ouverts au débat contradictoire. Il me semble qu’il (le président, NDLR) est dans une disposition d’esprit de recherche d’un consensus et qu’a priori il n’y a pas de limites rigides au débat.

Quels ont été les grands axes sur lesquels vous avez axé la discussion avec le président ?

J’ai essayé de demander des clarifications en ce qui concerne tout d’abord les détenus. Le président m’a confirmé que la grande majorité des détenus pour le port de l’emblème amazigh et ceux provenant du Hirak pour des raisons d’opinion ont été libérés. Il a fait remarquer qu’il n’y était, lui, absolument pour rien et qu’il n’est responsable qu’à partir du moment où il assume la responsabilité de l’Etat.

Concernant les personnalités que j’ai nommées : Karim Tabbou, Abdelouhab Fersaoui, Fodil Boumala et Samir Benlarbi, et d’autres aussi, le président m’a dit clairement que pour certains l’instruction était en voie d’être finalisée et que c’était à la justice de définir ce qui leur est reproché. En gros, le message était qu’il n’était pas lui en position d’ordonner quoi que ce soit à la justice qui devrait faire son travail. D’ailleurs, il m’a dit que le recours à la détention préventive était la règle alors qu’elle aurait dû être l’exception et que lui-même à titre personnel était plutôt pour que les citoyens aillent au tribunal en étant en liberté.

Avez-vous évoqué la question liée au blocage des médias ?

Absolument. Le président connait le problème. Ce que j’ai pu comprendre c’est qu’il souhaite régler le problème rapidement, mais qu’il y avait un certain nombre de sites qui manipulaient surtout ceux qui sont hébergés à l’étranger et qui faisaient beaucoup de propagande. Mon sentiment est qu’on veut apaiser la situation, revenir à une situation de sérénité et vers une libération des médias.

Comment à Jil Jadid voyez-vous l’évolution de la situation dans le proche avenir à la lumière de ce que vous avez eu comme discussion avec le chef de l’Etat ?

Le président a réitéré son approbation pour ce qu’a été le Hirak. Il m’a dit que c’est grâce au Hirak qu’on est sorti d’un piège gravissime pour le pays. Il a explicitement dit qu’il voulait une participation citoyenne la plus large autant dans les débats aussi bien à court et à long terme, puisqu’il m’a parlé longuement de sa vision sur la démocratie participative avec probablement une nouvelle vision sur les Collectivités locales où il y a une plus grande implication du citoyen.

S’agissant du calendrier, je pense qu’on va aller vers un référendum d’ici le printemps ou au plus tard au début de l’été, et que probablement il pourrait y avoir une élection législative avant la fin de l’année.

Qu’en est-il de la révision constitutionnelle projetée ? Quelle est la vision de Jil Jadid ?

En ce qui nous concerne à Jil Jadid, nous réclamons un rééquilibrage des prérogatives des différentes institutions en faveur d’abord du Parlement sans aller vers un régime parlementaire mais où une Assemblée désigne par sa majorité un chef du gouvernement. Celui-ci peut être révocable par le Parlement.

Nous voulons aussi plus de pouvoirs pour les députés qui pourraient réellement auditionner les ministres sur leurs fonctions, nous voudrions aussi la séparation du pouvoir judiciaire du pouvoir exécutif.

Nous souhaitons aussi une constitutionnalisation du rôle de l’institution militaire dans la dimension de la sécurité de l’Etat, de manière à faire définitivement une séparation entre l’action politique et l’action militaire.

Certaines voix disent que la révision de la Constitution est quelque chose de bien, mais s’inquiètent de la propension à retoucher ce texte fondamental comme cela été le cas par l’ancien pouvoir. Y a-t-il des garanties pour que cela ne se reproduise plus ?

Nous espérons que les inerties habituelles du pouvoir ne reprendraient pas le dessus et ne bloqueraient pas toute évolution. Il me semble que l’état psychologique du pays a changé et qu’il ne permettra plus un jeu malsain avec ses institutions. Je pense qu’il faut pousser vers ce changement et dans cette logique.

Il me semble qu’un blocage de positions sur une radicalité extrême ne jouera pas en faveur de cette évolution. Il y a aujourd’hui une possibilité d’obtenir des concessions importantes pour l’Etat de droit, il ne faut pas faire de l’excès de zèle ou de la surenchère. Il faut plutôt fructifier ce que le Hirak a pu fabuleusement réunir. Ce sont des conditions qu’il faut maintenant transformer en actes politiques et c’est à la classe politique de le faire.

Nous sommes face à la reconstruction d’une nouvelle gouvernance. Soit l’ensemble de l’opposition qui milite depuis des décennies s’impliquent réellement dans ce processus pour influencer le résultat soit elle reste en marge et ce serait dommage. Tous les pouvoirs vont essayer de se maintenir, si on les accule, ils maintiendront leur pré-carré mais si on les aide à transformer la donne et petit à petit à changer de système, je pense c’est cela notre rôle.

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