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Éolien, solaire, hydrogène : le « pétrole vert » doit être « transformé » en Algérie

Boukhalfa Yaici, directeur général du Green Energy Cluster Alegria, dresse le bilan de la transition énergétique en Algérie, et alerte sur le modèle de consommation d’énergie actuel.

Éolien, solaire, hydrogène : le « pétrole vert » doit être « transformé » en Algérie
Boukhalfa Yaici dresse le bilan de la transition énergétique en Algérie / Par Boys in Bristol Photography de Pexels
Ali Idir
Durée de lecture 4 minutes de lecture
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Boukhalfa Yaici, directeur général du Green Energy Cluster Alegria, explique pourquoi le lancement mercredi 30 septembre d’un appel d’offres pour la construction de deux fermes éoliennes de 100 MW chacune constitue un tournant pour la transition énergétique.

M. Yaici fait le point sur les projets en cours dans le solaire et souligne l’importance de permettre aux entreprises algériennes de participer aux projets des énergies renouvelables.

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Il alerte sur le modèle actuel de consommation d’énergie et plaide pour son changement au risque de consommer en interne l’intégralité de la production de gaz à l’horizon 2035.

L’Algérie a lancé mercredi un appel d’offres pour la construction de deux fermes éoliennes d’une capacité de 100 MW chacune, à Djelfa et à Laghouat. Pour vous, ce projet fait entrer le programme de développement des énergies renouvelables dans une nouvelle dimension, en ajoutant l’énergie éolienne au solaire photovoltaïque. Pourquoi ?

Boukhalfa Yaici : l’Algérie n’a que 10 MW en énergie éolienne au niveau de la wilaya d’Adrar datant de l’année 2014. Cela fait plus de 12 années et aucun projet depuis.

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Ce qui a fait réellement pousser les pouvoirs publics à aller dans le domaine de l’éolienne est l’étude faite par la Banque mondiale qui avait montré que l’Algérie a un énorme potentiel dans ce domaine en la classant parmi les tops 3 en Afrique.

C’est une source d’énergie renouvelable qui mérite qu’on l’exploite. Ce qui fait la particularité de l’énergie éolienne, c’est surtout un complément au solaire ou au stockage d’énergie pour disposer d’une source d’énergie verte 24 sur 24.

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Selon l’IRENA (Agence Internationale des Énergies Renouvelables), il est possible de produire une électricité verte moins chère qu’une électricité d’origine conventionnelle (gaz naturel et charbon).

C’est une avancée majeure que l’on peut adapter en Algérie pour réduire le pic de la demande en puissance durant la saison estivale. Disposer de fermes éoliennes en plus des centrales solaires peut faciliter cette orientation.

Vous avez plaidé pour la participation des entreprises algériennes à ce programme, et vous l’avez obtenue. Comment peuvent-elles concrètement y prendre part ? 

Boukhalfa Yaici : Le ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables a pris l’initiative de partager avec Green Energy Cluster Algeria quelques aspects de ce projet et nous avons formulé 14 recommandations dont certaines sont en rapport avec le contenu local et la participation des entreprises algériennes à cet appel d’offres.

Nous avons proposé à ce que l’entreprise algérienne prenne l’initiative de ramener un partenaire étranger et non l’inverse. C’est une proposition qui a été acceptée. Elle n’est pas le fruit du hasard.

Nos entreprises locales engagées dans le solaire photovoltaïque (Amimer Energie, Hamdi et Zergoun Green Energy) sont en train de s’aguerrir et démontrent une forte volonté à relever les challenges dans lesquels elles se sont engagées.

Nos autres membres y contribuent grandement que ce soit dans les produits ou les services. Nous construisons avec toutes les parties prenantes une base solide qui peut servir le pays pour les prochains challenges dont celui de l’hydrogène vert. Les pouvoirs publics jouent un rôle extrêmement positif dans cette démarche et nous les félicitons.

Pourquoi insistez-vous sur la participation des entreprises algériennes dans les projets liés à la transition énergétique, comme l’éolien, le solaire ou l’hydrogène vert?

Boukhalfa Yaici : Le développement économique et industriel sera assuré par des entreprises de droit algérien. Elles créent de la valeur ajoutée et des postes d’emploi.

Demain, elles seront accompagnées par la R&D (Recherche & Développement) de nos universités. Aujourd’hui, le pays est engagé dans une bataille de diversification.

Il faut la réussir. Dans le domaine des EnR et dans d’autres secteurs (dessalement par exemple), le pays a pris l’initiative de réaliser des projets en EPC (Engineering – Procurement – Construction) et pour réussir ce challenge, il faut qu’à la base une industrie existe ou doit être mise en place.

Dans le solaire, elle est favorisée par l’exigence de s’approvisionner localement à 100 % en câbles et structures. Cela a créé une dynamique et des investissements (locaux et internationaux) ont été réalisés.

Il faut aller au-delà pour que nous puissions trouver en Algérie des panneaux solaires et des transformateurs Haute Tension pour les prochains rounds.

La maîtrise du mode EPC par des entreprises de droit algérien dans le domaine du solaire est, aujourd’hui, une réalité.  On peut l’étendre à l’énergie éolienne demain et à l’hydrogène vert dans les prochaines années. C’est un challenge que l’on peut relever.

L’Algérie a aussi lancé un ambitieux programme de construction de centrales solaires. Où en est ce programme aujourd’hui ?

Boukhalfa Yaici : Sur les 21 contrats signés pour les 3200 MWc, nous avons 2 centrales déjà raccordées depuis mai 2026 totalisant 400 MW. D’autres ont suivi. Aujourd’hui, près de 1 GW sont raccordées.

Le reste devrait être opérationnel au cours de l’année 2027. Afin de ne pas freiner cette dynamique, nous appelons les pouvoirs publics à lancer un autre round de 3000 MW si on veut rester sur une courbe qui permettrait d’atteindre 15000 MW en 2035.

L’Algérie est fortement dépendante du gaz naturel pour produire son électricité. Dans le même temps, sa consommation d’énergie électrique ne cesse d’augmenter. Faut-il revoir le modèle de consommation actuel ? 

Chaque année, Sonelgaz construit 1000 à 1500 MW de nouvelles capacités (conventionnelle et EnR) pour juste couvrir la Puissance Maximale Appelée (PMA) de quelques jours durant l’été à l’exemple de la pointe de 21378 MW du 13 juillet 2026.

Durant les autres mois de l’année, la demande est divisée par deux. Aujourd’hui le parc de production est au-delà de 26,7 GW (chiffre de 2025). Si on n’arrive pas à juguler la forte croissance de la PMA de l’été, le pays doit continuer à investir davantage dans de nouvelles capacités de production.

Cela veut dire plus d’investissements en capacité de transformation, en des milliers de km de lignes, de protection électrique, etc.

Cette demande est tirée par le secteur résidentiel et non par l’industrie, l’agriculture ou les services. La solution passe par une révision graduelle de la tarification combinée à une politique d’utilisation rationnelle de l’énergie dans tous les secteurs.

Il faut faire converger les intérêts de tous les secteurs pour que les économies soient multipliées et non pas additionnées. Le modèle actuel est dépassé car construit dans les années 70 où la demande locale était faible et la production était destinée à l’export. Si on ne change pas de modèle, en 2035, le pays va consommer entre 69 et 104 milliards de m3 de gaz naturel. 104 milliards de m3 a été la production totale en gaz naturel pour l’année 2024.

L’énergie verte, c’est donc le futur pétrole de l’Algérie. Combien faut-il d’investissements pour assurer la transition énergétique ? Est ce qu’il n’y a pas un problème de coût de production de l’électricité verte par rapport à celui produit par le gaz ?

La CDN (Contribution déterminée au niveau national) 3.0 de l’Algérie chiffre l’effort de réduction des émissions GES autour de 24 milliards de dollars pour atteindre 31 % (objectif conditionné) qui doit être soutenu par la communauté internationale.

Le coût de production du solaire photovoltaïque était de l’ordre de 7 DA (appel d’offres de 2000 MW en 2023) alors que le coût de production avec le gaz naturel est de l’ordre de 11 – 12 DA (chiffres annoncés par Abdelmadjid Attar, quand il était ministre de l’Énergie). Le renouvelable est compétitif en Algérie en termes de coût. Le tarif de 4 DA crée une distorsion qui fait que sans soutien, les renouvelables ne disposent pas du marché nécessaire à son développement.

Le gain en gaz naturel est là : 400.000 m3/an économisés pour chaque Gigawatt de solaire installé. Le solaire peut atteindre 40 ans de durée de vie. Au prix vendu en Europe, c’est un vrai incitatif pour économiser le gaz naturel, accélérer la transition énergétique et passer au vert.

Pétrole vert ? Oui mais à condition qu’il soit transformé en Algérie en valeur ajoutée, postes d’emploi, etc. Cela ne doit pas être pensé comme une nouvelle rente.

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