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« Facture de la route » : enquête sur la nouvelle fraude qui gangrène l’économie algérienne

Une pratique de fraude fiscale s’est propagée ces dernières années en Algérie. Il s’agit de ce qui est appelée la « facture de la route », de quoi s’agit-il ?

« Facture de la route » : enquête sur la nouvelle fraude qui gangrène l’économie algérienne
En Algérie, l’informel ne cesse de prendre de l’ampleur / Par Burak The Weekender de Pexels
Ali Idir
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Régulièrement, de nouveaux créneaux de fraude sont révélés en Algérie où l’informel ne cesse de prendre de l’ampleur.

Le dernier en date concerne l’allocation touristique que des réseaux organisés tentent de détourner de son usage initial et unique, qui est le financement du séjour des voyageurs algérien à l’étranger.

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Les pratiques de fraude sont nombreuses et certaines résistent à toutes les recettes essayées. C’est le cas par exemple des malversations sur la facturation qui n’épargnent même plus, semble-t-il, la sphère économique légale.

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La taille de l’informel en Algérie est sans doute plus significative que les estimations faites ici et là et qui sont déjà inquiétantes. Elle est estimée entre 50 et 60 milliards de dollars par les spécialistes.

Le calcul de la valeur des activités qui échappent au contrôle de l’État et du fisc devrait, pour se rapprocher de la réalité, prendre en compte le défaut de facturation de ventes effectuées par certaines entreprises.

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La facturation est strictement obligatoire en Algérie pour toute opération commerciale. Les services de l’Etat veillent évidemment à l’application de la disposition, mais comme pour tous les créneaux de fraude, certains trouvent toujours le moyen de contourner la loi.

En théorie, il est très difficile d’échapper à l’obligation de facturation. En plus des contrôles que peuvent effectuer les services des impôts ou du commerce sur toute la chaîne, au niveau des producteurs, des importateurs et des commerçants de gros ou de détail, les services de sécurité s’assurent aux barrages routiers que toute marchandise transportée est facturée.

En principe, aucun camion ou fourgon chargé ne peut passer entre les mailles de plusieurs barrages, que le trajet soit intra ou inter wilayas. La police, la gendarmerie et les douanes effectuent convenablement leur travail, mais les fraudeurs ont trouvé, semble-t-il, la parade. Et elle est presque imparable.

La « facture de la route », faux document et vraie fraude

Certains opérateurs délivrent des factures qui remplissent tous les critères d’un document légal dans la forme, mais qui sont en réalité factices.

Les commerçants l’appellent “la facture de la route”. C’est-à-dire une facture qui sert seulement à être exhibée en cas de contrôle à un barrage routier.

Un prix réel, et un autre factice sur la « facture de la route »

Pour le reste, le document n’a aucun usage ni même aucune existence dans la base de données de la comptabilité de l’entreprise qui l’a émis. De nombreux opérateurs ont recours à ce subterfuge pour échapper au fisc et dissimuler une partie de leur chiffre d’affaires.

Cette pratique est également utilisée pour vendre des produits subventionnés au prix de ceux du marché noir pour engranger des marges faramineuses.

Par exemple, les éleveurs se plaignent souvent de cette pratique de la part de certaines minoteries qui leur vendent du son de blé au prix du marché noir (entre 4.000 et 6.000 DA), tout en mentionnant le prix administré (2.000 DA) sur la facture à présenter en cas de contrôle routier.

Les grossistes de fruits et légumes ont également recours à cette pratique qui est celle d’afficher un prix pour les services chargés du contrôle, et vendre avec un autre, souvent beaucoup plus élevé.

Mais toujours est-il, seuls les services concernés sont aptes à se prononcer sur l’ampleur réelle du phénomène.

Inutile de préciser que les gendarmes ou policiers ne peuvent pas procéder systématiquement au contrôle de la véracité de toute facture qui leur est présentée. Du moins la chose est très compliquée. Encore une fois, il ne s’agit pas d’un fait de commerçants informels mais d’entreprises qui ont une existence tout ce qu’il y a de plus légal.

« Facture de la route », de quoi s’agit-il ?

La question qui se pose est pourquoi agissent-elles ainsi ? Certains expliquent cette pratique par le poids pesant de la fiscalité en Algérie.

 « Il y a trop taxes et la tentation de ne pas les payer est grande chez de nombreux opérateurs économiques », explique un économiste qui plaide pour une réforme fiscale profonde et une criminalisation de l’évasion fiscale. « Il faut réduire les impôts et obliger l’ensemble des opérateurs à les payer, de cette façon, on augmentera l’assiette fiscale. Ce qu’on perdra avec la réduction des impôts, on le gagnera avec la hausse des contributeurs », explique-t-il.

Pour la facture de la route, il s’agit évidemment d’une entente tacite entre deux maillons de la chaîne, un producteur et un grossiste par exemple, pour cacher une partie de leur chiffre d’affaires respectif aux services des impôts. Autrement dit, de l’évasion fiscale.

Cette pratique, dit-on, est l’une des raisons qui ont amené le gouvernement en juillet 2025 à imposer le programme prévisionnel d’importation (PPI) pour les entreprises qui importent pour leur propre compte.

Le dispositif vient d’être reconduit pour le premier semestre de l’année 2026. Visiblement, des entreprises importent, notamment des matières premières, soi-disant pour leurs propres besoins, mais les revendent en l’état à d’autres entreprises qui les utilisent pour produire au noir, évidemment sans facture, ou avec la fameuse “facture de la route”.

Décidément, pour certains, tous les moyens sont bons pour tromper la vigilance de l’Etat et optimiser leurs gains.

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