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France – Algérie : 2025, une année noire pour la relation franco-algérienne

L’année 2025 restera celle de tous les dérapages entre la France et l’Algérie dont la relation risque de ne jamais se relever. Retour sur une année noire pour les liens franco-algériens.

France – Algérie : 2025, une année noire pour la relation franco-algérienne
Crise France – Algérie : 20025, une année noire pour la relation bilatérale. / Par irishmaster / Adobe Stock pour TSA
Karim Kebir
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L’adoption par l’Assemblée populaire nationale (APN) de la loi criminalisant le colonialisme françaismarque, sans aucun doute, un tournant majeur dans l’histoire tumultueuse des relations entre l’Algérie et la France. 

Jamais on n’aurait pu imaginer, il y a encore quelques mois, que la relation entre les deux pays, malgré les nombreux contentieux pendants, allait emprunter une trajectoire qui présage d’une difficile, sinon impossible, réconciliation.

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Longtemps mis sous le boisseau, le texte cristallise plusieurs mois d’une crise sans précédent, dont le principal déclencheur reste la reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara occidental.

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Casus belli

Depuis, la relation bilatérale n’a cessé d’être rythmée par une succession d’incidents diplomatiques, sur fond d’escalade verbale. Tout commence le 30 juillet 2024, lorsque le président français Emmanuel Macron provoque un véritable séisme diplomatique en affirmant, dans une lettre adressée au Roi Mohammed VI, que le plan d’autonomie marocain constitue « la seule base » pour régler le conflit du Sahara occidental.

Pour l’Algérie, soutien historique du Front Polisario, ce positionnement est vécu comme un « camouflet », une rupture nette et un alignement assumé de Paris sur les thèses de Rabat.

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Arrestation et incarcération de Boualem Sansal 

La réaction d’Alger ne se fait pas attendre : l’ambassadeur algérien à Paris est immédiatement rappelé. À ce jour, aucun successeur n’a été désigné. 

Quelques semaines plus tard, le 16 novembre 2024, l’arrestation et l’emprisonnement de l’écrivain Boualem Sansal, qui avait remis en cause les frontières de l’Algérie, ajoutent une nouvelle couche à une crise déjà bien installée.

Exploitée à outrance par l’extrême droite française, qui multiplie via ses relais médiatiques sa croisade contre l’Algérie, l’affaire prend rapidement des proportions inattendues. C’est le début d’un interminable chassé-croisé entre les deux capitales. Loin de s’atténuer, la crise s’aggrave davantage.  

Le rôle de Bruno Retailleau 

L’année 2025 accentue encore les fractures. Dès le début de l’année, plusieurs influenceurs algériens vivant en France sont interpellés par les autorités françaises pour des contenus diffusés sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, accusés d’incitation à la haine, à la violence, voire à des actes criminels contre des opposants politiques. Censée être interne, l’affaire se transforme rapidement en point de friction diplomatique.

La France place certains de ces influenceurs en centre de rétention et tente de les expulser vers l’Algérie, notamment dans Doualemn. Mais Alger refuse de l’admettre sur son territoire, entraînant son renvoi immédiat vers la France.

Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, juge la situation « inacceptable » et accuse l’Algérie de tenter d’« humilier la France ».

En février, un incident violent à Mulhouse impliquant un ressortissant algérien, accusé d’homicide et visé par une OQTF, est immédiatement récupéré par l’extrême droite pour attiser les tensions autour de l’immigration et de l’accord migratoire de 1968. Plusieurs voix réclament alors son réexamen.  

S’ensuivent des échanges virulents et des critiques d’Alger concernant les obligations de réadmission de ses ressortissants.

Courte reprise du dialogue

Face à la détérioration rapide de la relation, alors que les milieux économiques et du renseignement français s’inquiètent de la paralysie des canaux de communication, Emmanuel Macron appelle son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, le 31 mars 2025.

Les deux présidents conviennent de la reprise du dialogue sur les questions sécuritaires et migratoires. Cette volonté de renouer se matérialise le 6 avril par la visite à Alger du chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, qui exprime le souhait de Paris de « tourner la page des tensions actuelles » afin de « reconstruire un partenariat d’égal à égal serein et apaisé ».

Mais la détente est de courte durée. Quelques jours après cette visite, l’Algérie expulse douze agents de l’ambassade de France, en réponse à l’incarcération d’un agent consulaire algérien soupçonné d’être impliqué dans l’enlèvement présumé, un an plus tôt, de l’influenceur Amir Boukhors dit Amir DZ.

Paris réplique en expliquant des agents consulaires algériens et en rappelant son ambassadeur à Alger Stéphane Romatet qui n’est toujours pas revenu.

La coopération sécuritaire entre les deux pays est quasiment à l’arrêt après cet épisode.

Les tensions atteignent une nouvelle fois un pic début août quand Paris décide d’actionner le levier des visas, dans le cadre de la « réponse graduée » prônée par Bruno Retailleau, désormais adoptée par le président Maroc. 

En août, les autorités françaises suspendent l’accord bilatéral de 2013 permettant aux détenteurs de passeports diplomatiques algériens d’entrer en France sans visa. La décision est officialisée par une lettre d’Emmanuel Macron à son Premier ministre.

La mesure était en réalité déjà appliquée, selon une note révélée par Le Figaro, plusieurs mois auparavant : la femme de l’ambassadeur d’Algérie au Mali et l’ex-chef de cabinet du président Tebboune avaient été refoulés. Dans cette même lettre, Emmanuel Macron demande également d’activer le mécanisme « visa-réadmission », permettant de suspendre les visas de long séjour pour les pays jugés insuffisamment coopératifs.

La rupture consommée

En réaction, Alger dénonce purement et simplement l’accord de 2013. Il faut attendre l’automne pour voir émerger les premiers signes d’apaisement côté français : la mise à l’écart de Bruno Retailleau, tenu pour responsable par Alger de la détérioration des relations, l’adoption d’une nouvelle rhétorique par son successeur Laurent Nuñez, et surtout la libération de Boualem Sansal grâce à l’intercession du président allemand.

Des contacts reprennent en coulisses, et l’éventualité d’une visite du ministre de l’Intérieur est évoquée. L’idée d’une relance progressive du dialogue politique et sécuritaire semble reprendre corps, malgré la pression persistante de l’extrême droite. 

Cette dynamique fragile semble toutefois brutalement remise en cause par deux évènements. L’adoption par l’Assemblée nationale en France d’une proposition de loi dénonçant l’accord de 1968 le 30 octobre sur proposition de l’extrême droite, une première pour ce courant nostalgique de l’Algérie française. Puis, le 24 décembre, l’adoption par l’Assemblée populaire nationale en Algérie de la loi criminalisant la colonisation par le Parlement algérien. 

La réaction de Paris est dans ce cadre symptomatique : le Quai d’Orsay dénonce « une initiative manifestement hostile », contraire à la reprise du dialogue et à un « travail serein sur les enjeux mémoriels ».

Même si, de l’avis des spécialistes, cette loi revêt avant tout une portée symbolique et politique, son impact sur la relation bilatérale s’annonce durable. 

Comment évoluera désormais la relation franco-algérienne ? Une reconfiguration semble inéluctable. En tous cas, la suite dépendra de la capacité des deux capitales à dissocier le contentieux mémoriel des impératifs stratégiques, sécuritaires et économiques qui continuent de les lier. 

Une chose demeure cependant certaine : après cette année 2025 où de nombreux ressorts de la relation franco-algérien ont été cassés, rien ne sera plus tout à fait comme avant entre Alger et Paris.

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